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Sous les Gilets Jaunes, le bleu-blanc-rouge !

Le mouvement des Gilets jaunes : raisons et réponses

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Par Michel Leblay, patron d’émission à Radio Courtoisie ♦ A l’aube de l’année 2019, les Français, dans leur ensemble, ont pour principale interrogation le futur du mouvement social qui touche le pays depuis le mois de novembre dernier. Si le nombre des manifestants fut moins nombreux entre les fêtes, leurs démonstrations n’ont pas pour autant cessé. En parallèle, l’affaire Benalla qui affecte la présidence de la République a encore connu des rebondissements durant ces jours de l’habituelle trêve des confiseurs. Dans cette période troublée, ces péripéties ne sont pas sans conséquences.


Le samedi 5 janvier, les manifestations ont repris dans plusieurs villes de France dont la capitale avec un public apparemment plus nombreux que le samedi précédent. Les fins de cortèges ont été à nouveau émaillées d’incidents, certes, globalement moins graves que ceux du début du mois de décembre mais pour certains emblématiques du niveau de violence atteint. A cet égard, il faut observer que la violence qui se dissipait comme mode de contestation est redevenue pour certains un mode d’expression, si l’on excepte l’action ces dernières années de groupes particuliers qui en ont fait profession.

L’état des revendications

Parti de revendications matérielles, le mouvement débouche aujourd’hui sur une demande de transformation des institutions à travers l’instauration d’un référendum d’initiative citoyenne.

Si les manifestations ne rassemblent qu’une fraction très limitée de la population, par l’éventail des catégories sociales dont sont issues ceux qui y participent et l’étendue sur tout le territoire, elles reflètent le malaise que ressent une part importante de la population française. Les sondages, qu’il faut toujours analysés avec précaution compte-tenu des libellés des questions posées, montrent un soutien encore majoritaire des Français, lié à la réalité des difficultés mises en évidence par le mouvement.

Face à ces difficultés, il est de bon ton pour certains, comme il apparaît dans les médias, de mettre en exergue la palette des doléances, les contradictions qu’elles porteraient les unes par rapport aux autres et, finalement, le caractère brouillon et incohérent de l’ensemble. Une conclusion réductrice et superficielle tend alors à montrer que les réponses ne sauraient être que restreintes, évitant toute réflexion de fond.

En premier lieu, il faut observer qu’au sein de nos sociétés occidentales où les grandes communautés de travail, paysannes et ouvrières ont dépéri avec le temps, l’emploi est beaucoup plus parcellisé. Il est exercé dans des entités plus réduites avec des statuts plus divers et aussi individuellement notamment avec le développement des autoentrepreneurs. Dans ce contexte, l’hétérogénéité des réclamations ne paraît pas anormale. Néanmoins, elles se rejoignent lorsqu’il s’agit de proposer une réforme de l’expression politique.

Ces protestations, si elles sont diverses, tiennent à quelques aspects essentiels, principalement

Les questions sociales affectées par le contexte économique

La baisse du taux de croissance annuel, moyen depuis quarante-cinq ans a eu pour conséquences, la hausse du taux de chômage et du travail à temps partiel, avec la précarité qui en découle, l’augmentation de la fiscalité directe et indirecte… Ces dernières années, après la crise financière de 2007-2008, le pouvoir d’achat d’une partie de la population a décru à tel point que certains foyers éprouvent les plus grandes difficultés à faire face aux dépenses courantes.

La contrainte normative

Cette dimension est certes moins prégnante que la préoccupation économique. Mais, depuis de nombreuses années, les Français, dans leur vie quotidienne, sont de plus en plus enserrés par des règles ressenties par leur accumulation comme attentatoire à la liberté d’un paisible citoyen. Ce qui est paradoxal est que, parallèlement, l’influence d’une philosophie transgressive a amené à accorder des droits particuliers à des minorités ou à prôner la tolérance vis-à-vis, par exemple, de conduites pour le moins contestables. Ainsi, certains demandent la dépénalisation du cannabis, qui poserait un problème de santé public, en revanche le malheureux automobiliste qui doit faire quelques dizaines de kilomètres pour se rendre à son travail doit abaisser sa vitesse limite de 90km/h à 80 km/h sans que le bénéfice pour la sécurité routière soit réellement prouvé.

La défaillance du politique

Face à la situation économique et à sa dégradation, les promesses électorales n’ont pas manqué qu’il s‘agisse de concourir pour la présidence de la République ou la députation. Cette situation n’étant pas prise pour ce qu’elle était avec ses causes profondes, les échecs n’ont pas manqué. A chaque fois l’insatisfaction a cru, un nombre grandissant d’électeurs s’éloignant du champ politique par l’abstention.

Dans le prolongement, il est apparu aussi une forme de confiscation du pouvoir par une classe dirigeante. Ainsi, le rejet par le peuple français du projet de traité constitutionnel européen, le 29 mai 2005, n’a pas empêché l’adoption par les deux assemblées réunies en congrès d’un traité qui reprenait à quelques détails les dispositions du projet repoussé. Quelques années plus tard, le président de la Commission européenne, Monsieur Juncker, déclara : Il ne peut y avoir de choix démocratique contre les traités européens.

Quelles réponses de l’autorité politique ?

Au fil des années un mécontentement retenu a prospéré dans les esprits de ceux les plus touchés par ces phénomènes et d’abord la dégradation de leurs conditions de vie. Mis à part quelques mouvement sociaux, limités, il s’est avant tout traduit par des changements de majorité lors des échéances électorales et une abstention croissance.

De nouvelles mesures fiscales et la succession de propos maladroits ont réveillé une conscience collective que l’affaiblissement du lien social, entre autres, avait concouru à étouffer.

Depuis le 17 novembre, il n‘est pas de samedi sans manifestations à Paris et en Province et sans que celles-ci aboutissent à des violences. Leur répétition accroît le risque d’incidents graves.

Le 10 décembre dernier, le Président de la République a annoncé des mesures sociales, loin de répondre à toutes les revendications mais néanmoins coûteuses pour les finances du pays vu leur état. De plus, il a annoncé la tenue d’une grande concertation dans les premières semaines de l’année. Pour autant, si les manifestants sont moins nombreux, leur détermination ne paraît pas érodée.

Le gouvernement a maintenant pour préoccupation affichée de rétablir l’ordre public sans qu’à ce jour il y soit parvenu.

La France est face à une crise profonde qui touche au modèle qui prévaut dans les sociétés occidentales depuis la dernière partie du XXè siècle. Aux Etats-Unis ou en Italie, la voie électorale a permis une remise en cause pacifique. Le Président de la République élu en 2007 s’est au contraire fait l’apôtre d’une insertion résolue dans le mondialisme ambiant et d’abord celui représenté par l’Union européenne. La France devait consentir de nouveaux abandons de souveraineté. La logique économique adoptée justifiait le dépeçage du potentiel industriel du pays et l’abaissement des coûts du travail sans s’interroger sur l’équité de la compétition économique entre les pays membres de la zone euro.

Emmanuel Macron est-il aujourd’hui en mesure de rétablir la situation sans une révision substantielle de sa politique ?

Le mouvement des Gilets jaunes ayant pour première origine l’appauvrissement d’une fraction de la population, la réflexion à mener est d’abord d’ordre économique. La valeur ajoutée créée par l’économie française n’est pas suffisante pour assurer des emplois stables et correctement rémunérés. Contrairement à ce qui est avancé dans les débats offerts par les médias, la solution ne réside pas dans la seule justice fiscale qui dans un contexte de croissance faible et qui tend toujours à diminuer ne peut que répartir la pénurie.

Il faut donc imaginer d’autres politiques économiques et élaborer notamment une stratégie industrielle adaptée aux technologies nouvelles et à leur avancée. En outre, l’euro doit au moins être revu dans son fonctionnement très dommageable pour les pays d’Europe du sud.

Une telle orientation ne peut avoir ses premiers effets qu’à moyen terme et elle suppose un changement de politique.

Dans l’immédiat, la solution est donc politique. Elle s’imposera nécessairement si les troubles devaient se poursuivre ce qui paraît probable au vu des manifestations du 5 janvier.

Une première option serait un changement de gouvernement et de Premier ministre adoptant un programme qui poserait les bases d’une autre politique. Une seconde serait la dissolution de l’Assemblée nationale. Compte-tenu de la dispersion des forces politiques, il faut s’interroger sur ce que pourrait être la majorité gouvernementale qui en résulterait. Quant à d’autres possibilités…

Michel Leblay
08/01/2018

Source : Correspondance Polémia

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