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Macron et Pécresse, unis par le scandale Alstom ?

Macron et Pécresse, unis par le scandale Alstom ?

Par Johan Hardoy ♦ Emmanuel Macron et Valérie Pécresse sont tous les deux candidats à l’élection présidentielle. Si les différences programmatiques sont déjà très minces, voire inexistantes, entre ces deux clones « progressistes » et immigrationnistes, un lien trouble et infamant semble les unir : l’affaire Alstom. Emmanuel Macron est en effet le ministre de l’Économie qui a signé l’accord de vente de ce fleuron industriel stratégique français au géant américain General Elelectric. Quant à Valérie Pécresse, c’est la femme du seul dirigeant d’Alstom qui a été conservé, et même promu, après le rachat. Retour sur cette sinistre affaire par Johan Hardoy qui revient sur le livre d’un des principaux protagonistes de ce scandale. Un texte édifiant à compléter avec la lecture de l’analyse lumineuse de Frédéric Éparvier, parue en mars 2019.
Polémia

 

Le droit extraterritorial comme arme de guerre économique : Le piège américain de Frédéric Pierucci et Matthieu Aron (Éditions J’Ai Lu, 414 pages, 7,80 euros).

En 2013, Frédéric Pierucci, ex-président de la filière chaudière d’Alstom, est arrêté par le FBI puis emprisonné pendant plus de deux ans pour une affaire de corruption survenue dix ans plus tôt en Asie, alors qu’il ne fait pas partie des instances décisionnaires de sa société et qu’il n’a touché aucune rétrocommission.
Dans un livre très fouillé, il explique que ces poursuites pénales s’inscrivent dans le cadre d’une opération économique visant à conduire les dirigeants français à vendre le groupe à son concurrent américain General Electric.
Ce récit illustre la guerre souterraine que les États-Unis livrent à l’Europe pour déstabiliser nos plus grandes entreprises. La vente des activités énergie et réseaux d’Alstom à l’étranger entraîne une évidente perte de souveraineté pour la France. Les Américains contrôlent désormais les technologies nécessaires au fonctionnement de nos centrales et de nos sous-marins nucléaires.

Seul face à la justice américaine

En avril 2013, Frédéric Pierucci est interpellé lors de sa descente d’avion à l’aéroport JFK de New York. Déféré devant un procureur fédéral, il est accusé d’avoir participé à des actes de corruption visant un parlementaire indonésien dans le cadre d’un contrat souscrit par sa société en 2003. Ce magistrat lui précise que c’est en fait la direction d’Alstom qui est concernée.

Pendant quatorze mois, il est détenu dans une prison de haute sécurité au milieu de criminels et dans des conditions sordides. Il met alors à profit son temps libre en devenant un véritable expert des poursuites initiées au titre du Foreign Corrupt Practices Act (FCPA). Cette loi fédérale, datant de 1977, donne le droit au Department of Justice de poursuivre quiconque, quelle que soit sa nationalité, dès lors qu’il est soupçonné d’avoir commis un délit de corruption d’agents publics étrangers susceptible d’être relié, d’une manière ou d’une autre, au territoire américain.

Le détenu comprend que sa société n’a pas vraiment intérêt à contribuer à l’innocenter car cela équivaudrait à fournir à la justice américaine des preuves de corruption généralisée au sein du groupe, avec à la clef une très lourde condamnation. Très vite, Alstom commence d’ailleurs à couper les ponts avec lui avant de le licencier, après plus de vingt ans de bons et loyaux services, en invoquant notamment son absentéisme !

Ses avocats américains, qui lui inspirent une confiance très limitée, l’informent qu’il est passible d’une peine de 125 ans de prison (!) et qu’il risque d’attendre longtemps son procès en détention s’il ne plaide pas coupable. En effet, son dossier comporte de très nombreux courriers électroniques entre les cadres d’Alstom durant une période de quatorze ans, soit au moins 1,5 million de pièces dont l’examen prendra au moins trois ans et lui coûtera plusieurs millions de dollars, sachant que sa société ne lui remboursera rien en cas de très probable condamnation ! En échange d’un allègement des charges, il est donc contraint de plaider coupable aux conditions voulues par l’accusation, ce qui lui interdit de se défendre sur le fond de l’affaire tout en conduisant son entreprise à ne plus rémunérer ses avocats puisqu’il admet sa culpabilité.

Le dépôt d’une caution dans laquelle il engage son patrimoine et celui de plusieurs amis lui permet de rentrer temporairement en France, où il se retrouve sans emploi.

En septembre 2017, il retourne aux États-Unis pour être jugé et finalement condamné à trente mois de prison car le procureur aggrave l’accusation en lui imputant un rôle de leader dans le mécanisme de corruption organisé par son ancienne société ! Pendant un an, il est donc à nouveau emprisonné avec des criminels avant d’être finalement transféré en France puis placé en libération conditionnelle trois jours plus tard.

Alstom. L’incroyable trahison des « élites » françaises face au chantage américain

Alstom absorbée par son concurrent américain

En avril 2014, alors qu’il regarde la télévision dans une salle commune de la prison, Frédéric Pierucci écoute le présentateur annoncer qu’Alstom va céder 70 % de ses activités à General Electric, ce qui constitue la plus grosse acquisition jamais effectuée par cette société américaine. Il en déduit immédiatement que Patrick Kron, le PDG de l’entreprise française, a négocié une immunité judiciaire pendant que lui-même, en attendant la finalisation de cet accord, reste en détention comme « otage économique ».

Il apprend plus tard que, dans ses tractations avec General Electric, le groupe français est conseillé par un cabinet d’avocats dirigé par le propre frère du patron de l’entreprise américaine !

De sa prison, le détenu, dont la jurisprudence du FCPA est devenue le livre de chevet, remarque que le groupe français est la cinquième société rachetée par General Electric après des poursuites diligentées par la justice américaine pour des affaires de corruption ! De là à penser que ces enquêtes judiciaires seraient aiguillées en vue d’absorber des concurrents de l’entreprise américaine… Par ailleurs, en quarante ans d’application de cette loi, les géants américains du pétrole et de la défense n’ont jamais été poursuivis.

La démission du politique

Alstom est certes une entreprise privée mais elle vit largement de la commande publique. De prime abord, l’opération annoncée reste donc peu envisageable du point de vue stratégique en raison des enjeux majeurs liés aux domaines du nucléaire militaire et civil. En outre, cet accord ne constituerait pas un partenariat à 50/50 puisque le groupe français détiendrait la moitié moins une action. Enfin, pour la partie nucléaire, la société américaine serait majoritaire en termes d’actions (80 %) et de droit de vote.

Le ministre de l’Économie Arnaud Montebourg tente donc de réagir en encourageant un rapprochement avec l’Allemand Siemens puis en faisant adopter un décret protégeant des offres publiques d’achat étrangères les entreprises françaises travaillant dans des secteurs sensibles. Dans le même temps, il sollicite la DGSE en vue de vérifier si la procédure judiciaire américaine a interféré dans la politique industrielle d’Alstom, mais son directeur général lui répond que le service de renseignement extérieur français n’intervient pas en territoire « ami » ! [Johan Hardoy : la CIA et la NSA sont bien évidemment animées des mêmes scrupules…]

Finalement, le gouvernement de François Hollande et Manuel Valls valide l’accord avant que le successeur d’Arnaud Montebourg, un certain Emmanuel Macron, renonce à exercer le droit de veto de l’État. Les activités énergie et réseaux d’Alstom sont donc vendues aux Américains en 2015.

Épilogue

L’entreprise française va plaider coupable auprès de la justice américaine pour une série de dossiers de corruption représentant une somme totale de 75 millions de pots-de-vin, ce qui entraîne une amende de 772 millions de dollars.

En 2016, Patrick Kron se voit octroyer une prime exceptionnelle de quatre millions d’euros pour sa brillante gestion, sans parler d’une retraite-chapeau qui porte le total des sommes perçues lors de son départ à plus de douze millions d’euros ! Par ailleurs, le Parquet national financier ne diligente pas de poursuites à son encontre alors que le plaider-coupable équivaut à reconnaître l’une des plus gigantesques opérations de corruption à l’échelle planétaire !

Devant la Commission des affaires économiques réunie en 2015, Emmanuel Macron évoque pourtant la déloyauté de Patrick Kron en l’accusant d’avoir mené une stratégie non-optimale en termes d’intérêts stratégiques, ce qui a eu pour conséquence de mettre l’État devant le fait accompli et de rendre impossible l’opposition à l’offre américaine (Arnaud Montebourg paraissait mieux informé que son successeur !). Le futur Président se dit même persuadé, sans en avoir la preuve, du lien de cause à effet entre les poursuites américaines et la décision de son PDG de vendre l’entreprise !

En mai 2015, lors d’une visite à Belfort dans l’usine de General Electric, Emmanuel Macron envoie un message fort à la Commission européenne (dont l’accord est indispensable) en défendant publiquement le rachat d’Alstom par la société américaine. Ainsi, le ministre de l’Économie lui-même valide la vente d’un fleuron industriel français à un groupe américain ! (Sans parler des suppressions d’emplois qui vont suivre en Europe…)

Comme l’indique un article de Philippe Carhon diffusé sur le site du Salon Beige le 15 décembre dernier, le bras droit de Patrick Kron, Jérôme Pécresse (marié à une certaine Valérie), est le seul dirigeant qui a gardé son poste lors de cette opération de rachat, en étant même promu PDG de General Electric Renewable Energy.

Macron, Pécresse et consorts, nomenklatura progressiste quand tu nous tiens ! Si nous ne les arrêtons pas très vite, la grande braderie du pays ne fait que commencer…

Johan Hardoy
04/02/2022

 

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