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Macron : de l’itinérance mémorielle à l’errance présidentielle

Macron : de l’itinérance mémorielle à l’errance présidentielle

Par Michel Geoffroy, auteur de La Super-classe mondiale contre les peuples ♦ L’Elysée avait pourtant tout prévu : « l’itinérance mémorielle et territoriale » d’Emmanuel Macron devait lui permettre de regagner la confiance des Français à l’occasion de l’anniversaire du 11 novembre 1918. Une bonne opération, dans la perspective des élections européennes de 2019 ! C’est en tout cas ce que les médias mainstream nous répétaient en boucle, pour nous en persuader.
Las ! rien ne se passe comme prévu : l’itinérance mémorielle et territoriale tourne à l’errance présidentielle.


Évitons le peuple !

L’Elysée avait exclu un grand défilé militaire pour commémorer la victoire à Paris. Pour ne pas faire de peine aux Allemands ? Pour bien marquer ses distances vis-à-vis de la « lèpre nationaliste » ? Pour marquer sa volonté de « changement » ? En réalité Emmanuel Macron, en chute libre dans les sondages, ne voulait certainement pas renouveler la mésaventure de François Hollande, copieusement sifflé sur les Champs Elysées.

On lui avait donc concocté des déplacements nombreux , rendant difficile toute mobilisation partisane, sur différents champs de bataille de la Grande Guerre, mais surtout sans bain de foule.

Le Président ne devait rencontrer que des anciens combattants, des élus, des officiels, des militaires, des papys et mamies ou des enfants triés sur le volet.

L’itinérance mémorielle devait mettre Jupiter à l’abri de tout contact avec cette France périphérique qui vote si mal et qui n’est jamais contente !

Itinérance : un voyage bobo

Malheureusement « l’itinérance », dès le début, prend la mauvaise direction.

D’abord, la volonté affichée de ne pas évoquer la victoire française de 1918[1], a créé un malaise, que des propos présidentiels maladroits sur les soldats de la Grande Guerre[2], ne feront que renforcer. Le Président a manifestement du mal avec l’histoire de France !

Le choix du terme itinérance, emprunté au vocabulaire de la téléphonie, sonne mal en outre.
Il fleure bon la novlangue des bobos et le parler abscons des cultureux. Ou le voyage sentimental, version Emmanuel et Brigitte.

C’est un déplacement de chef d’Etat ? Non Sire, c’est une itinérance répliquent les nouveaux muscadins de la communication présidentielle !

Sans voir que l’emploi du terme itinérance scelle une première incompréhension entre la France réelle et son Président.

L’itinérance percute le ras-le-bol fiscal

Le calendrier de l’itinérance tombe mal en outre car il se télescope avec la montée de la protestation contre la hausse des taxes sur les carburants, dans la perspective d’une journée nationale le 17 novembre. Quel dommage que les combats aient cessé le 11 novembre 2018 !

Mais cette protestation vise d’une façon plus générale la politique fiscale du gouvernement qui frappe d’abord les classes moyennes actives ou retraitées. Pas de chance ! Elle touche justement le rare public admis à assister à l’itinérance présidentielle.

Emmanuel Macron attendait les selfies et les applaudissements de circonstance, sous l’œil attendri des médias, tout en inaugurant les chrysanthèmes. Un exercice sans grand risque.

Las ! Voici qu’il se fait interpeller par ceux-là même qu’il rencontre ou qu’il ne peut éviter.

Verdun, morne plaine présidentielle

A Verdun, on l’interpelle sur les taxes sur le carburant et sur sa politique sociale. On lui demande : « Vous ne sentez pas le malaise en France qui monte ?» On lui jette : « Il y a des milliers et des milliers de Français qui sont en colère. Vous ne faites qu’aggraver la situation de la France », « Vous écrasez les gens », etc.

Un ancien combattant lance, alors qu’Emmanuel Macron le salue : « Quand mettez-vous les sans-papiers hors de chez nous ? » Le Président répond « On va continuer le travail » mais l’homme reprend, dubitatif « Vous le ferez ? »….  Et à Charleville-Mézières on lui crie même « Vous ne ferez pas vos 5 ans ! »

Verdun morne plaine… L’itinérance se transforme en chemin de croix présidentiel.

Et il suffit de voir la mine consternée des Préfets de l’escorte – songeant sans doute déjà à la position hors cadre qui les attend à titre de sanction – pour se rendre compte que personne n’avait prévu un tel accueil. Avec la circonstance aggravante que les interpellations populaires franchissent la censure des médias officiels et se diffusent sur les réseaux sociaux.

Manifestement, la rue du Faubourg Saint-Honoré et la place Beauvau sont assez éloignées de la France réelle.

C’est pas bibi !

Attaqué sinon acculé, Emmanuel Macron patauge en outre dans ses réponses et perd de sa superbe. Parler avec des Français, c’est nettement plus dur que de s’entretenir avec des journalistes complices, en effet !

Jupiter « assumait » hier les taxes sur les carburants, droit dans ses bottes. Aujourd’hui il répond, dans un style qu’il veut sans doute, populaire : « Le carburant, c’est pas bibi »[3].

Tout en répétant le crédo méprisant des bobos pour les gens : « Quand on change les choses, on bouscule les habitudes, les gens ne sont pas forcément contents ».

A l’évidence, Emmanuel Macron, comme tous les oligarques, n’a toujours pas compris que les gens, justement, ne veulent plus être bousculés ! Et que ce refus sonne la fin de la révolte des élites contre les peuples.

L’itinérance démontre l’errance

Croyant sans doute séduire la France patriote, ou peut-être parce qu’il le pense, Emmanuel Macron célèbre à sa façon le maréchal Pétain : « Le maréchal Pétain a été pendant la Grande Guerre aussi un grand soldat ».

Un éloge pour le moins sobre, mais qui met pourtant en fureur les professionnels de la repentance nationale et une partie de l’opposition. L’Elysée corrige alors : Pétain étant aussi un traître, il ne sera donc pas honoré aux Invalides. Encore raté, Emmanuel !

L’itinérance continue, mais de plus en plus en mode rétropédalage.

Ce qui fait que l’en-même-temps présidentiel apparaît sous son vrai jour : Emmanuel Macron dit tout et son contraire, comme s’il errait au gré des circonstances ou des interlocuteurs. Malheureusement, cela se voit de plus en plus.

La Grande Guerre vient de faire une nouvelle victime : bibi

Michel Geoffroy
13/11/2014

[1]  « Le sens de cette commémoration, ce n’est pas de célébrer la victoire de 1918. Il n’y aura pas de défilé ou de parade militaires  »

[2]«  les combattants, qui seront au cœur des commémorations, étaient pour l’essentiel des civils que l’on avait armés  ».

[3] Le   6 novembre 2018

Source : Correspondance Polémia

Crédit photo : presidenciaperu via Flickr (cc)

Michel Geoffroy

Michel Geoffroy, ENA. Essayiste, contributeur régulier à la Fondation Polémia ; a publié en collaboration avec Jean-Yves Le Gallou différentes éditions du “Dictionnaire de Novlangue”.

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