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Les Républicains de Paris dénoncent la novlangue d'Hidalgo

Les Républicains de Paris dénoncent la novlangue d’Hidalgo

Par Michel Geoffroy, auteur de La Super-classe mondiale contre les peuples ♦ Les bonnes idées sont faites pour circuler. Ainsi en va-t-il de la dénonciation de la novlangue dont usent Anne Hidalgo, le Maire de Paris, et son équipe. Une dénonciation réalisée par le groupe Les Républicains (LR) du Conseil de Paris qui publie pour ce faire un petit « Dictionnaire Hors Sol » à l’intention des parisiens pour décrypter le langage de l’édile bobo. Un complément au Dictionnaire de Novlangue en quelque sorte, et il est le bienvenu.


Un sabir ridicule et abscons

« Démarches participatives inclusives », « implantation harmonieuse », « intensité de sollicitation piétonne », « lieux pacifiés et multi-usages »,« pédagogie individualisée en petits groupes », « salle de consommation à moindre risque », « temps de réflexion et de prospective sur l’ouverture des politiques publiques aux Parisiens »
Le groupe Les Républicains de la capitale a ainsi répertorié une soixantaine d’expressions novlangue de la Mairie de Paris. C’est drôle à force de ridicule et cependant significatif.

Car, comme le souligne Florence Berthout, leur présidente, Anne Hidalgo use de « périphrases complexes pour nommer la réalité avec l’objectif qu’on oublie la réalité » comme sur la saleté par exemple. Pardon, la « dynamique naturelle à la salissure »… Donc, si d’aventure la Mairie vous recommande de « développer davantage d’agilité », comprenez que vous devez nettoyer. Et si l’on vous invite à « adopter une attitude positive et solidaire dans la pratique des loisirs nocturnes », comprenez que vous devez éviter de faire trop de bruit la nuit ou qu’il y a trop de fêtards à Paris !

Travestir la réalité

« A coup d’euphémismes et de périphrases, Anne Hidalgo et ses équipes se sont faites une spécialité de travestir la réalité dès qu’elle leur déplaît [1] ».
On appellera donc « modernisation tarifaire » l’augmentation des taxes et redevances à Paris. On peut de moins en moins circuler en automobile et se garer à Paris ? Ayez donc recours aux « déplacements apaisés » : circulez à pied ou à vélo comme dans la Chine de Mao.

En novlangue cela passe quand même mieux, non ?

Orwell à la Mairie de Paris

Nommer la réalité avec l’objectif qu’on l’oublie… Le groupe Les Républicains du Conseil de Paris nous donne une belle définition de la novlangue. Puisque la novlangue de la Mairie de Paris confirme à l’évidence la pertinence des sinistres prévisions de George Orwell.

On pensera aussi à la phrase du journaliste Michel Legris dans son étude critique sur le journal Le Monde [2] dénonçant « une tromperie sur le langage et par le langage ». Un décryptage qui lui coûta sa carrière.

Même s’il est tentant, aujourd’hui, de tirer sur les ambulances – puisque son image de marque se trouve manifestement dépréciée à Paris –  il faut néanmoins reconnaître qu’Anne Hidalgo n’est pas le seul élu à parler novlangue pour tenter de masquer une réalité qui dérange ou qui déplaît aux puissants.

Tous les politiciens du Système font pareil : très incisifs lorsqu’ils sont dans l’opposition, ils deviennent brusquement adeptes de la novlangue, de la langue de coton et de la langue de bois lorsqu’ils sont élus.
Car la novlangue est bien, avec l’anglais globish, la langue des oligarchies qui ont pris le pouvoir en Europe. A Paris comme ailleurs.

Michel Geoffroy
30/05/2018

[1] Florence Bethoutin 20 Minutes du 18 mai 2018

[2] Le Monde Tel qu’Il Est ; Plon ; 1976

Source : Correspondance Polémia

Crédit photo : Remi Jouan [CC BY-SA 3.0], via Wikimedia Commons

Michel Geoffroy

Michel Geoffroy, ENA. Essayiste, contributeur régulier à la Fondation Polémia ; a publié en collaboration avec Jean-Yves Le Gallou différentes éditions du “Dictionnaire de Novlangue”.

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