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« L’Ère de l’égoïsme. Comment le néolibéralisme l’a emporté »

« L’Ère de l’égoïsme. Comment le néolibéralisme l’a emporté »

par | 7 mai 2022 | Économie, Politique, Société

Par Johan Hardoy ♦ L’Ère de l’égoïsme. Comment le néolibéralisme l’a emporté, voilà le titre d’une bande dessinée réalisée en 2014 par Darryl Cunningham (Éditions Ça et Là, 237 pages, 22 euros). Ce dernier est un dessinateur, sculpteur et photographe anglais qui a exercé comme aide-soignant dans un hôpital psychiatrique. Il est l’auteur d’une bande dessinée dont le contenu très documenté paraît tout à fait pertinent pour rendre compte de façon pédagogique de la mentalité néolibérale dans le monde anglo-saxon, ce qui nous concerne également car elle peut permettre de comprendre le cadre de référence d’un certain Emmanuel Macron.

 

Une intellectuelle méconnue : Ayn Rand

Pour comprendre l’état d’esprit qui règne depuis le triomphe des politiques néolibérales il y a une trentaine d’années, avec la promotion du libre-échange, de l’ouverture des marchés et de la dérégulation sociale, Darryl Cunningham met en exergue les idées d’Ayn Rand, une intellectuelle américaine d’origine russe quasiment ignorée en Europe, dont les romans se vendent à plusieurs centaines de milliers d’exemplaires par an aux États-Unis bien qu’ils soient « truffés de mauvais mélo, d’émotions hystériques et de personnages superficiels ».

De son vrai nom Alisa Rosenbaum, celle-ci est née en 1905 dans une famille bourgeoise de Saint-Pétersbourg. Après la Révolution de 1917, la pharmacie de son père est saisie par les bolcheviques tandis que l’appartement familial, désormais sans eau ni électricité, est partagé avec un autre couple.

En 1926, la jeune femme part pour l’Amérique où elle change immédiatement de nom. Contrairement à ses affirmations, sa réussite n’est pas liée uniquement à sa seule détermination individuelle car elle bénéficie de l’aide de sa famille, installée à Chicago, qui l’héberge durant plusieurs mois et la recommande auprès de la société de Cecil B. Demille à Hollywood.

Ayn Rand écrit ensuite plusieurs romans qui font l’apologie d’un individualisme exacerbé, où l’égoïsme est érigé en vertu et l’altruisme décrit comme une faillite morale. Les partisans du collectivisme sont considérés comme des sous-hommes qui cherchent à donner un sens à leur vie sans prendre en compte leur propre identité. Apôtre d’un marché entièrement libre, elle ne concède que trois fonctions à l’État, à savoir l’armée, la police et la justice, tout en prônant la fin des aides sociales et du financement des projets scientifiques sans applications militaires.

Par ailleurs, Ayn Rand exerce une influence intellectuelle déterminante sur un petit groupe qu’elle dirige de façon autoritaire. Alan Greenspan, le futur président de la Réserve fédérale américaine, en fait partie. Plus tard, il reconnaîtra publiquement l’influence d’Ayn Rand sur sa pensée.

À la fin de sa vie, des détracteurs l’accusent d’hypocrisie lorsqu’elle est soignée par le système de santé public à l’instar des pauvres qu’elle méprise tant.

« Capitalisme moderne et société de marché » : un nouvel essai éclairant de Guillaume Travers

La bulle financière de 2008

Jadis, le métier de banquier consistait essentiellement à évaluer la solvabilité des clients, à s’assurer de la destination des sommes empruntées et à récupérer le capital avec les intérêts. Il existait alors une séparation entre les banques de dépôt et les banques d’affaires (devenues banques d’investissement) qui résultait d’une loi votée en 1933, après la crise de Wall Street, visant à éviter qu’une banque utilise l’argent de ses clients pour spéculer en bourse.

En 1987, Ronald Reagan nomme Alan Greespan à la tête de la Réserve fédérale. Durant trois décennies, l’intéressé exerce un pouvoir et une influence considérables aux États-Unis en favorisant une érosion progressive des réglementations bancaires. Sous son règne, toutes les tentatives de réglementation du marché des produits dérivés (dans lequel chaque partie de la transaction fait un pari sur le prix à terme d’un bien) sont contrecarrées au nom du principe de non-intervention.

En 1994, lors d’un week-end émaillé de nombreuses beuveries, une équipe de jeunes traders de la banque J.P. Morgan imagine un produit dérivé du nom de Credit Default Swap (CDS). Valable pour n’importe quelle forme de prêt, le CDS vise à réduire pour l’acquéreur le risque de cessation de paiement d’un emprunteur en le vendant à un tiers.

En 1996, la Réserve fédérale autorise les banques de dépôt à pratiquer les activités des banques d’investissement à hauteur de 25 % de leurs revenus. Trois ans plus tard, sous la présidence Clinton, une loi de modernisation des services financiers porte un coup fatal à la loi de 1933 en autorisant le secteur banquier à s’enraciner dans l’économie réelle.

En 2002, le montant global des CDS équivaut à 4,5 fois le PIB des États-Unis !

La même année, la décision d’Alan Greespan de baisser les taux d’intérêt permet de relancer le marché de l’immobilier qui devient attractif pour les investisseurs.

En 2005, un rapport du FBI révèle qu’une fraction considérable du secteur du crédit immobilier est dépourvue de tout rapport obligatoire de fraude alors que les analyses montrent que celle-ci est largement répandue et en pleine croissance chez les professionnels.

Durant cette période, les banques américaines accordant un crédit ne s’inquiètent pas de la solvabilité de l’emprunteur puisqu’elles revendent aussitôt ce prêt sur les marchés financiers. Ceux-ci le compilent avec d’autres produits sous la forme d’obligations adossées à des créances avant de revendre ces lots, potentiellement toxiques, à des investisseurs. Près de la moitié de la croissance des prêts accordés présentent ainsi un fort risque de cessation de paiement.

En outre, de nombreux produits dérivés notés « AAA » par les agences de notation se révéleront bientôt véreux.

En septembre 2008, le prix moyen de l’immobilier aux États-Unis baisse de plus de 20 % par rapport au pic atteint en 2006. De nombreux emprunteurs entrent alors en cessation de paiement parce qu’ils se retrouvent dans l’incapacité de renégocier leurs prêts pour éviter des paiements plus élevés liés aux taux d’intérêt croissants. Une première banque new-yorkaise fait faillite, suivie par d’autres établissements dont Lehman Brothers, la quatrième banque d’investissement américaine. Sur les marchés, les prêts se tarissent, ce qui entraîne un resserrement du crédit.

Hank Paulson, le secrétaire au Trésor, fervent défenseur des marchés libres et sans entrave, considère que seule une intervention massive du gouvernement peut mettre fin à la crise. Le Congrès accepte l’injection de 700 milliards de dollars dans le système bancaire en vue de racheter les actifs toxiques, au moment même où les banques continuent de verser primes et dividendes à leurs actionnaires.

Le plan Paulson échoue pourtant à relancer le crédit et à restaurer la confiance. La crise gagne l’Europe, où les dirigeants mettent en œuvre la même solution de protection des banques par le biais du transfert de la dette à la population.

 

Moralité néolibérale

Au cours des audiences du Congrès qui suivent la crise, Alan Greespan reconnaît avoir décelé un défaut dans sa pensée économique en supposant que l’intérêt propre des entreprises, en particulier des banques, était tel qu’elles étaient les plus à même de protéger leurs actionnaires et leurs fonds propres.

Le dogme néolibéral selon lequel une industrie financière non régulée peut naturellement orienter les flux d’argent vers le meilleur usage possible, ou que le souci des banquiers de leur réputation les empêcherait de mettre leurs établissements ou leurs clients en danger se retrouve fort ébranlé !

En Europe comme aux États-Unis, c’est le contribuable qui fait les frais de l’incompétence et de la malhonnêteté colossales des milieux financiers…

Johan Hardoy
07/05/2022

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