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Le franc CFA, clef de voûte du mythe d’une France néocoloniale

Le franc CFA, clef de voûte du mythe d’une France néocoloniale

Loup Viallet est un ancien cadre du Front national. Il est spécialiste de l’économie et de la géopolitique de l’Afrique. Il a récemment publié La fin du franc CFA chez VA Éditions. La promesse de ce livre est ambitieuse : mettre à jour « les conséquences d’un abandon collectif du franc CFA sur les pays africains, sur leurs relations avec la France et avec le reste du monde. » Et dévoiler « la vision mythologique des relations franco-africaines sur laquelle repose le discours décolonial et propose des solutions politiques réalistes afin de sortir la coopération monétaire franco-africaine de l’impasse dans laquelle elle se trouve. »
Jean-Yves Le Gallou s’est entretenu avec Loup Viallet.
Polémia

Le franc CFA, clef de voûte d’une France néocoloniale ?

Jean-Yves Le Gallou : Pourquoi avoir écrit ce livre ?

Loup Viallet : Parce que crois qu’il existe dans le camp national des espaces intellectuels et politiques inexplorés ou quasiment vierges, qu’il est temps de défricher.

Je ne me reconnais ni dans le souverainisme humanitaire, qui néglige les rapports de force au profit d’une vision systématique, tiers-mondiste et idéaliste, et qui nie les questions identitaires au profit d’une stricte lecture économique des rapports sociaux. Ni dans les envolées littéraires et mystiques des romantiques de droite, focalisés uniquement sur l’identité, pour lesquels le monde extérieur existe à peine hormis à travers l’idolâtrie d’autocrates exotiques.

C’est parce que je rejette ce moralisme et ce mysticisme que j’ai voulu m’attaquer à un des derniers grands bastions de l’extrême gauche, bien gardé par les décoloniaux et les panafricanistes, mais aussi par les souverainistes et par l’ensemble de la classe politique française, de gauche à droite : la thématique intouchable de l’Afrique et des relations franco-africaines. Celle-ci, sans surprise, n’intéresse pas les romantiques de droite. Ou plus précisément, elle suscite leur rejet. On pourra toujours continuer à ignorer ces questions, ou préférer monologuer sur la volonté de puissance, mais cela n’affectera en rien la domination de la vision gauchiste sur les relations franco-africaines et n’enrayera jamais le plus puissant moteur de la haine anti-française.

Pour un Européen, les questions africaines ne datent pas d’hier. 150 ans avant Jésus-Christ, déjà, les guerres puniques avaient amené les stratèges romains à intégrer l’Afrique dans leurs priorités. Le nom « Afrique » lui-même est une dénomination attribuée par les Romains aux territoires qu’ils avaient conquis sur la rive Sud de la Méditerranée. De nos jours, le continent le plus proche du nôtre est porteur de menaces vertigineuses, non seulement pour lui-même, mais aussi pour la sécurité des Français et de l’Europe toute entière. Si nous ne voulons pas subir les conséquences des faiblesses africaines nous devons les penser froidement, en dehors de toute considération morale, de tout sentimentalisme béat.

Jean-Yves Le Gallou : Pourquoi ce monopole des idées d’extrême gauche sur les relations franco-africaines vous semble-t-il dangereux ? En en quoi la question du franc CFA vous a-t-elle semblé importante ?

Loup Viallet : De concert avec une certaine frange des élites africaines francophones, l’extrême gauche française a imposé auprès d’une large partie des publics français et africains l’idée que la France serait une puissance néocoloniale, dont la prospérité proviendrait du racket organisé de ses anciennes colonies à travers un système de corruption nommé la Françafrique. Le franc CFA serait la clé de voûte de ce système de prédation. Il est devenu le symbole de cette Françafrique et, pour beaucoup d’Africains et de Français, d’origine africaine ou non, sa permanence dans les relations franco-africaines serait la preuve d’une oppression abjecte, dont la France serait coupable. C’est une source intarissable de haine, de ressentiments, de divisions. Et un instrument de propagande très efficace pour toutes les puissances qui ont intérêt à la détérioration des liens entre la France, l’Europe et l’Afrique. Pour contrôler l’Afrique d’une part, pour faire pression, intimider, puis contrôler  l’Europe d’autre part.

Quelles conséquences ?

Jean-Yves Le Gallou : Que provoquerait la fin du franc CFA ?

Loup Viallet : Ce serait d’abord le triomphe du mensonge et du révisionnisme décolonial. La France ne détient aucun monopole politique ou économique dans la zone franc et celle-ci ne représente que 0,6% de notre commerce extérieur.

Ensuite, la fin du franc CFA amplifierait durablement le chaos économique, social, politique en Afrique subsaharienne. Cette monnaie, garantie par la France, lie un pays africain sur trois à la monnaie européenne et aux dix-neuf pays européens qui la partagent. Elle sert de socle à deux marchés communs africains qui comptent parmi les plus dynamique en Afrique. C’est la devise la plus stable et la plus crédible du continent, mais sa qualité ne détermine pas la réussite économique des pays qui la partagent. Sur ce point, les gouvernements africains ont été beaucoup déresponsabilisés par le discours dominant, car ils sont en partie responsables de leurs échecs économiques et le double-discours de certains d’entre eux, qui renouvellent leur adhésion au franc CFA tout en l’attaquant comme s’ils en étaient victimes, n’est dénoncé par personne, ni ici, ni là-bas.

La Françafrique qui fait délirer les décoloniaux et les panafricanistes, celle qu’ont condamné tous nos présidents et nos candidats à la magistrature suprême, n’existe pas. C’est un « vaste écran de fumée » comme dirait Pierre Péan. Quant au néocolonialisme, ce n’est pas un terme sérieux pour décrire l’attitude de la France en Afrique. Nous n’avons pas intérêt à l’effondrement en chaîne des pays de ce continent et il n’est pas notre vache à lait : la stabilité de notre voisinage concerne directement notre sécurité nationale et régionale. En finir avec le franc CFA, c’est condamner le seul instrument de sortie aux faillites africaines. J’ai écrit ce livre pour mettre chacune des parties face à ses responsabilités. Mon travail invalide le cœur du discours décolonial et de la vision gauchiste des relations franco-africaines. Quant à ce lien monétaire, nous pouvons travailler à améliorer son fonctionnement et redéfinir clairement ses objectifs ainsi que je le propose, cependant cette entreprise serait vouée à l’échec sans une prise de conscience à la fois européenne et africaine. Ou alors nous devrons nous préparer aux conséquences vertigineuses du délitement de l’Afrique.

Entretien avec Loup Viallet
29/11/2020

La fin du franc CFA, VA Éditions, Versailles, octobre 2020

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