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Le FN est-il réformable ? (3/3)

Philippe Christèle, consultant international, essayiste…

♦ Voici le troisième volet d’une étude en 3 volets, rédigée par Philippe Christèle, qui analyse le bilan de la séquence présidentielle et de la performance de la candidate du FN, et pose clairement les points de débat autour de l’annonce de « transformation » du parti annoncée par Marine Le Pen dès le soir de sa défaite.

L’intérêt du texte est à la fois qu’il dépasse l’analyse purement politique et stratégique pour ajouter un regard technique et managérial ; mais aussi qu’il propose un fil rouge pour la grande recomposition promise.
Nous le proposons en 3 parties :

– La nouvelle donne idéologique, l’état des lieux des forces en présence et un bilan de la stratégie présidentielle ;
– Une méthode pour la remise en cause ; analyse de la capacité du FN à se transformer ;
– Une Analyse de la capacité du FN à se transformer (suite) et des scénarios possibles pour l’avenir.

Les lecteurs qui le souhaiteront pourront lire l’intégralité de l’article en PDF ICI

Polémia


Troisième partie :
Sur la capacité du FN à se transformer
Scénarios possibles pour l’avenir

  • Un fonctionnement de parti politique à revoir

L’état du parti n’est pas brillant. Pour des raisons que l’on peut comprendre et même excuser, comme la diabolisation et le harcèlement médiatiques permanents, les cadres et permanents qui font tourner le FN d’aujourd’hui ont une lourde tendance à la bunkerisation, à l’entre-soi, à l’endogamie intellectuelle, et plus si affinités.

La faible attractivité du FN évoquée plus haut et les normalisations successives ont produit un parti dont les principaux barons sont vieillis, fatigués, usés et profondément émoussés. Aucun d’entre eux n’a plus la volonté de remettre en cause les fonctionnements ou les erreurs, car les moins avisés sont dans le caporalisme béat et les plus malins ont déjà une mentalité de survivants : survivants de la scission mégrétiste ; survivants de la purge des amis et soutiens de Bruno Gollnish, survivants enfin des successions de réflexes claniques du clan Philippot, qui utilise une méthode rigoureuse de contention, voire d’éradication des bonnes volontés et des potentiels qui ne rentrent pas dans ses cases.

La réalité, c’est qu’à de rares exceptions près la technostructure du parti (grands élus, principaux responsables techniques, petites mains de l’ombre) n’est ni au niveau politique, ni au niveau technique attendu par la crise de croissance de ces dernières années et par celle escomptée pour les années à venir.

La réalité, c’est que ces hommes et ces femmes qui sont en poste – et dans l’incapacité totale de retrouver une activité « normale », sans même parler de revenus équivalents, dans la vraie vie des vrais gens – n’ont absolument aucun intérêt personnel à la transformation que nous appelons de nos vœux.

Trop de vieilles habitudes, trop de rancœurs, trop de facilités, trop d’argent et de confort aussi, mettent bon nombre de ces personnes en situation de freiner la constitution d’un mouvement dextro-centré, souple, en réseau, ouvert et en attraction de nouveaux talents.

Quelles que soient à l’avenir les décisions de Marine Le Pen, elle devra mener un combat contre sa propre technostructure, combat qui viendra renchérir pour elle le coût personnel et humain de cette transformation déjà pas gagnée d’avance.

6- Quels scénarios pour demain ?

Après avoir exposé les enjeux et, en toute lucidité, listé les difficultés de mise en œuvre, projetons-nous sur les différentes options possibles pour le FN et sa candidate. Nous voyons trois scénarios crédibles.

  • Scénario 1 : le lifting cosmétique

Autour de décisions symboliques et médiatiques comme, par exemple, un changement de nom et quelques ajustements d’organisation, le FN prétend avoir changé. Mais ni la ligne politique de fond, par l’expression d’un vrai projet politique assis sur l’identité, ni les réflexes de base de l’organisation, depuis Marine Le Pen jusqu’à son premier cercle, n’ont été transformés. Ce résultat d’apparence pourrait d’ailleurs très bien aboutir contre une Marine Le Pen qui n’aurait plus la force ni le pouvoir réel de changer son parti, entravée tel Gulliver par les réseaux Philippot, qui viennent tout juste de s’enhardir en lançant, ce 15 mai, une association « fractionniste » intitulée Les Patriotes.

  • Scénario 2 : la refondation réussie

C’est le scénario inverse. En 5 ans, les dirigeants du FN arrivent à bâtir un mouvement politique profondément rénové, autour d’un projet politique en phase avec les attentes des Français sur les questions d’identité, doté d’une tactique souple sachant envisager des alliances, avec enfin un fonctionnement profondément rénové, qui en fait un mouvement attractif, sachant recruter des talents et au fonctionnement professionnalisé.

  • Scénario 3 : l’émergence d’une nouvelle force

Le FN ne parvenant pas à se transformer significativement, il cesse d’être un espoir pour tous ceux qui, après 2017, ne voient ni le FN ni sa présidente en capacité de faire mieux en 2022. Le FN décline progressivement.

Parallèlement à ce déclin, les autres forces de droite, encouragées à la fois par l’échec de Macron et par la recomposition à droite qui a fait exploser Les Républicains, s’organisent pour l’échéance 2022, pour laquelle le FN deviendrait la composante souverainiste de gauche d’un arc de coalition de plus grande ampleur. Toute politique n’étant qu’incarnation, cette coalition pourrait se retrouver conduite par une Marion Maréchal de retour après trois ans d’absence…

7- Conclusion

En politique, rien n’est jamais écrit.

Une des raisons qui pourraient modifier ces scénarios tient au calendrier judiciaire particulièrement chargé qui attend Marine Le Pen en sortie de la parenthèse des élections présidentielles et législatives. Une fois Marion écartée, si Marine devait être inéligible, ce qui est une donnée à ne pas écarter, qui prendrait les rênes d’une candidature en 2022 ? Sûr que Florian Philippot doit avoir son idée…

Marine Le Pen dispose des principales clés pour débloquer la situation. Saura-t-elle, voudra-t-elle remettre l’ouvrage sur le métier, faire le considérable travail sur elle-même et sur son parti, tout en cherchant à reconquérir une stature durablement abîmée suite à l’apocalyptique débat ?

Elle dispose aussi, dans son mouvement, de quelques figures – rares – qui conjuguent à la fois une ligne politique de fond irréprochable, une capacité de discussion au-delà du FN et une vraie capacité de travail, d’organisation et de leadership. A elle de les mettre en avant.

Il reste tout de même singulier que le camp identitaire, qui va s’accroître sur les 5 prochaines années du fait des résultats attendus de la nouvelle majorité Macron, n’ait pas de candidat naturel.

L’échec cruel de Marine Le Pen, durement ressenti par les militants, a au moins le mérite de mettre au centre de la table, sans contestation aucune désormais, que le FN et Marine ne peuvent plus prétendre être les seuls sauveurs de la France ni réellement capables de l’emporter en 2022.

C’est une conclusion par défaut, mais elle est riche de tous les possibles.

Philippe Christèle
16/05/2017

Les lecteurs qui le souhaiteront pourront lire l’intégralité de l’article en PDF ICI

 

NB : L’auteur de ces lignes tient à préciser qu’il s’est fortement investi, à des niveaux divers, dans la campagne présidentielle 2017 et qu’il a voté pour Marine Le Pen aux deux tours du scrutin. Il ne fait pas partie de la cohorte des observateurs extérieurs. Ses observations en sont peut-être plus grinçantes, mais elles ont l’avantage de la réalité.

Correspondance Polémia – 17/05/2017

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