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La rémanence d’un totalitarisme très discret : «Citoyens, qu’est-ce que vous croyez ?»

Julius Muzart, ancien haut fonctionnaire (ER), enseignant en droit public, essayiste…

♦ Comme nous en avons reçu mission hier, en conclusion de la cérémonie roborative des « Bobards d’Or », nous devons produire de l’information. Alors, produisons, en rendant visible ce qui est caché.

La réinformation ce n’est pas toujours sur les thèmes les plus « spectaculaires » qu’elle est importante. Il y a des évènements qui passent inaperçus du grand public mais qui devraient mettre en alerte les analystes de la vie publique bien plus que nombre de ces éclats qui font les « Unes ».


Alerte ? Parlons-en, justement !

Il existe – le saviez-vous ? – un « Collectif Alerte » qui, selon ses propres termes, regroupe « les plus grandes associations de solidarité ». Traduction : toute la bien-pensance de gauche et d’ultra-gauche qui « fait dans le social ».

Pensez donc : ils sont tous là ! Association service social familial migrants (ASSFAM), la Cimade, Droits d’urgence, Emmaüs, Fédération nationale des associations d’accueil et de réinsertion sociale (FNARS), Fondation Abbé Pierre, Ligue des droits de l’homme, Médecins du monde, Solidarités nouvelles face au chômage (SNC), Union nationale interfédérale des œuvres et organismes privés sanitaires et sociaux (UNIOPSS). J’en passe, et des meilleurs. 36 en tout.

Toutes ces structures d’influence sont dirigées par le PS ou ses séides, et sont à sa dévotion et à son service sous couvert de social et d’humanitaire, aidées par leurs idiots utiles habituels.

Et le « Collectif  Alerte », nous dit la presse, vient « d’interpeller les candidats à la présidentielle » parce qu’ils ne les trouvent « pas assez ambitieux pour la lutte contre la pauvreté ». Jusque-là rien d’autre que la démagogie usuelle.

Mais, « les candidats ». Tous ? Non !

Car, nous dit François Soulage, président du collectif, il les rencontrera tous, sauf une : « Nous ne rencontrerons pas Madame Le Pen pour une raison simple. C’est que nous connaissons leur manière de faire. Après, elle racontera ce qu’elle voudra. Elle est capable de reprendre la totalité de nos propositions ! Elle s’en fout, puisque son problème n’est pas aujourd’hui de gouverner, mais de pouvoir grimper dans les sondages, en reprenant les thèmes qui sont les thèmes porteurs. Donc je ne veux pas la rencontrer. »

Voilà un homme qui en sait long en matière d’écoute : c’est pas la peine de lui parler, elle n’écoutera pas. « Je le sais, je le sens ! » comme dirait l’homme de la publicité télé pour un site de « comparaison en ligne » avant de recevoir le tampon « crétynx ».

Mais, au fait, qui est François Soulage ?

Ancien conseiller PS de Nanterre, ancien conseiller technique de Michel Rocard, ancien président de l’UNAT (avant la sénatrice PC Demessine). Beaucoup « d’ancienneté », donc, dans les honneurs juteux et socialistes. Aujourd’hui, recyclé au Secours catholique.

Mais autour de ce président, qui sont-ils tous ?

Eh bien il n’est que de regarder la liste : on y trouve la FNARS dont le directeur général, Florent Gueguen, un des porte-parole du collectif, est l’ancien dircab PS d’une non moins PS adjointe de Delanoë, nommé à la FNARS pour bons et loyaux services. On trouve l’association Emmaüs avec son doublon la fondation Abbé Pierre ; « Droits d’urgence », avatar de DAL l’association des squatteurs, la CIMADE, c’est-à-dire la pointe des associations gaucho-immigrationnistes ; l’association service social migrants ; la Ligue des droits de l’homme qu’on ne présente plus ; Médecins du monde : un peu de médecine beaucoup d’agit’ prop’.

Tout cela, c’est facile à vérifier, « tenu » d’une main ferme par le PS et ses auxiliaires d’ultra-gauche.

Arrivé à ce stade de notre constat, on a envie de dire à nos concitoyens tentés de se bercer d’illusions : « Mais qu’est-ce que vous croyez ? »

Que, parce que le parti et ses dirigeants ont démontré leur nullité, que, parce qu’aujourd’hui – merci aux médias de réinformation, aux David contre Goliath – vous avez compris leur degré de nuisance, de mépris pour l’intérêt général (et pour vous), d’asservissement à des intérêts qui ne sont pas les nôtres, que, disons-le, ils vont être débarqués par la prochaine élection, vous croyez, dis-je, que vous allez en être débarrassés ?

Réveillez-vous ! Quittez cette illusion funeste !

Ils ne seront plus au gouvernement ? Mais ils sont partout ailleurs à vous enserrer dans leur totalitarisme mou, à vous asphyxier mentalement, à vous observer comme Big Brother, à vous instiller leur novlangue :

-Ils tiennent la presse de propagande.

-Ils tiennent l’éducation, et la para-éducation (ce qu’on appelle le péri-scolaire).

-Ils tiennent les syndicats qui ne représentent rien mais savent bloquer tout.

-Et, surtout, ils tiennent d’une main de fer le monde des associations, ce monde qui vous environne sans bruit, et pour votre plus grande satisfaction à très court terme.

Revenons à notre point de départ.

Le Collectif Alerte, très sérieusement « interpelle les candidats ».

Très sérieusement, la presse fait écho à cette interpellation, comme si c’était « pour de vrai » : La Croix, Le Figaro, L’Express, La Gazette des communes (ne riez pas : c’est un vrai média d’influence qui touche les 36.000 communes), pour le profit de la gauche socio-libérale).

Tout ce petit monde sait que l’opinion de ce « collectif » est déjà faite, et que « l’interpellation » n’est qu’une affiche de plus. Mais c’est ainsi, par une multitude de petits événements, qu’on formate l’opinion : faire sentir qu’on est là, qu’on est partout. Ne pas lâcher le client d’une semelle. Lui occuper l’esprit sans relâche et l’entourer dans toutes les facettes de son activité.

Et c’est là le tour de force réussi par la « nébuleuse PS » : le collectif n’est qu’un exemple de la mainmise à peu près totale du PS et de ses séides sur le monde associatif français.

Fantasme ? Complotisme ?

Tapez donc sur un moteur de recherche les mots « Mouvement associatif ». Vous comprendrez.

Vous comprendrez une des plus belles impostures réalisées par la gauche française : en créant une association dénommée (fallait y penser) « le mouvement associatif », le PS a privatisé à son profit un nom commun ! « Le mouvement associatif », c’est nous ! en quelque sorte. Et ça fait illusion.

Or, quelle est la mission que s’est assignée l’association ? Rien moins que de coordonner toutes les associations françaises. Et le pire, c’est que ça a marché ! (avec la complicité de Lionel Jospin, au tout début).

Si vous regardez la composition de cette association, vous y trouvez des représentants de TOUTES les grandes fédérations. Il y en a 17. Eh bien, devinez quoi ? Sur les 17 grandes fédérations, 10 sont tenues par des membres du PS ou apparentés ! Et – couronnement logique du dispositif – l’association qui les « coordonne » est présidée par la vice-présidente PS de la Ligue de l’enseignement.

Mais qu’en savent les citoyens usagers des quelque 500.000 associations « coordonnées » par ce monstre ? Rien.

En revanche, les participants du Collectif Alerte, eux, sont parfaitement au courant de « qui est qui » : ils sont TOUS membres de l’association « mouvement associatif ». Et tout ce petit monde passe son temps à se retrouver, bien entre soi, de colloque en congrès, de symposium en conférence. Ils ne font que ça et sont d’ailleurs payés pour (quoiqu’ils disent le contraire). Et le « grand public » n’en sait, bien sûr, pas davantage (il ne manquerait plus que ça !) sur les avantages individuels et collectifs retirés par les escouades de responsables et d’animateurs divers de ce fabuleux fromage.

Machine d’influence et de propagande indolore, ce dispositif est aussi la corne d’abondance plantureuse de toute la gauche des copains, fief à prébendes et pompe à fric, aux frais d’un contribuable « subventionneur » munificent mais qui ignore tout de sa propre munificence.

Résumons : peut-être que dans peu de mois nous serons débarrassés de la gauche de gouvernement. Mais nous resterons englués dans l’influence omniprésente de ce totalitarisme si doux.

Et s’il y a un domaine où une réinformation sérieuse a un rôle à jouer, c’est bien celui-là… avant que l’opiomanie passive de l’opinion ne devienne létale…

Julius Muzart
8/02/2017

Correspondance Polémia – 12/02/2017

Image : La Cimade

Julius Muzart

Julius Muzart, ENA ; DES de Droit public. Ancien haut fonctionnaire (ER), enseignant en droit public. Essayiste, auteur des ouvrages « Le quatrième complice (ou : je vous mets en examen parce que je ne comprends pas…) », « Associations, subventions, compromissions », « Chroniques de la principauté de Grande Gabegie ». Contributeur régulier de Polemia.