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La grande misère du syndicalisme à la française

La grande misère du syndicalisme à la française

par | 30 septembre 2013 | Société

« Les hommes et les femmes sincères qui cherchent des solutions avec leurs directions pour sauver des emplois […] méritent mieux. »

Le 17 septembre, les médias annonçaient fort discrètement la mise en examen puis l’incarcération du secrétaire général de la CFTC de la SNCM, dans le cadre de l’enquête sur un trafic d’armes et de stupéfiants entre le continent et la Corse.


Tout en rappelant que chacun doit bénéficier de la présomption d’innocence, on ne peut que rapprocher cette affaire de celle qui avait frappé, quasiment de la même manière, un autre élu syndical dans une autre compagnie de ferries, opérant cette fois-ci depuis les côtes de la Manche et particulièrement médiatisée lors d’une procédure de dépôt de bilan.

Au-delà du fait divers, cette actualité malheureuse nous enseigne à quel point le syndicalisme français est bien malade. Dans les deux exemples évoqués, les sièges confédéraux des centrales syndicales concernées se sont mal comportés.

D’abord parce qu’elles n’ont rien vu venir. Et que n’importe qui peut donc exciper d’un mandat et d’une représentation sans contrôle fort de la part d’un échelon régional ou national. On sait bien qu’il est difficile, par exemple, pour un délégué syndical central, de maîtriser l’ensemble des délégués des établissements d’un même groupe. Mais là, un cap a été franchi.

Ensuite parce que, dans les deux cas et sauf erreur, ces centrales n’ont pas souhaité symboliquement ou publiquement retirer l’affiliation syndicale à la personne incriminée, ce que fait par exemple tout parti politique lorsqu’un de ses membres est pris dans une affaire crapuleuse (tout au moins lorsqu’il s’agit de grand banditisme).

On connait la pyramide des âges désastreuse du syndicalisme français

On mesure la crise des vocations. On sait que les centrales, pour survivre et garder la présomption de représentativité, sont poussées à être indulgentes envers leurs représentants dans telle ou telle entreprise.

Il n’empêche que le dialogue social, en France, mérite mieux. Sans rénovation de ce dialogue social ; sans capacité à le rendre crédible sur des sujets réellement importants pour les salariés, nous continuerons à subir les rigidités et les blocages corporatistes.

Les hommes et les femmes sincères qui cherchent des solutions avec leurs directions pour sauver des emplois, saisir des opportunités ou tout simplement améliorer les conditions de travail ou de sécurité, méritent mieux.

Les centrales traditionnelles aussi y ont intérêt

Qu’il s’agisse de celles dites réformistes ou même de la CGT. Car leur affaiblissement, loin de profiter au « patron » de toute façon cadré, voire entravé par un droit du travail très contraignant, fait les beaux jours des radicaux, des jusqu’au-boutistes et des idéologues qu’on a vu à l’œuvre sur les dossiers Continental, Goodyear et autres. Et je ne connais pas beaucoup de vieux syndicalistes, éprouvés par les glorieux combats des décennies précédentes, qui, de gaieté de cœur, passe le flambeau de sa génération à des « jeunes turcs » un peu fous et surtout moins respectueux des consignes confédérales.

Le micro-événement de la SNCM est aussi révélateur car il ne révèle pas d’erreurs que chez les syndicats. Car les médias, pourtant prompts à utiliser l’expression de « patron voyou » mais qui ont mis plus de 24 heures pour révéler l’appartenance syndicale du mis en examen, n’ont pas fait preuve d’une grande transparence, en tout cas pas davantage que les centrales syndicales concernées.

Tous ont ainsi donné l’impression de préserver à tout prix une image d’Epinal du syndicalisme, alors qu’on la sait déjà largement condamnée par l’immense majorité des salariés du privé qui ne votent plus aux élections professionnelles.

Chacun, dans son rôle, doit avoir le courage de la transparence pour séduire à nouveau les salariés et offrir aux entreprises, pour le bien de tous, les conditions d’un dialogue social crédible et constructif. Une partie de la survie de notre modèle social est aussi à ce prix.

Philippe Christele
économie  matin.fr
26/09/2013

Correspondance Polémia  – 30/09/2013

Image : Le coût des syndicats est estimé à 1 milliard d’euros par an en France. cc/flickr/damien

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