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Roman Polanski Portrait W858

Haro sur Berlusconi, pitié pour Polanski !

Le 6 avril, les médias européens en général trépignaient d’indignation. Pensez donc, venait d’être renvoyé au 31 mai le procès du Premier ministre italien, accusé à 74 ans d’avoir « payé les prestations sexuelles d’une mineure » au printemps 2010 mais…


Peu importe que l’excuse avancée par le délinquant pour expliquer son absence à l’audience, soit « un agenda actuellement trop chargé » pour répondre en justice des faits qui lui sont reprochés, soit parfaitement fondée : les événements de Libye et surtout de Lampedusa submergée par un tsunami non marin mais migratoire, qui laisse hagards les habitants de cette île minuscule (20 km2), requièrent évidemment tous les soins de Silvio Berlusconi.

Peu importe que sa victime, la Marocaine Karima El Mahroug ait toujours nié avoir eu des relations sexuelles avec le Premier ministre, et qu’elle ait d’ailleurs refusé de se constituer partie civile contre le vil suborneur (présumé).

Peu importe enfin que cette plantureuse jeune femme, née le 1er novembre 1992, ait donc eu 17 ans et quatre mois à l’époque des faits et que, surnommée Ruby la voleuse de cœurs par ses clients, elle ait eu l’expérience et le physique d’une fille de vingt ans au moins. Mis en examen par un juge italien pour « recours à la prostitution de mineure », délit passible de six mois à trois ans de prison, le satyre Berlusconi doit payer.

En cul-de-basse-fosse, et subito ! exigent nos vertueux media.

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Par un de ces clins d’œil dont l’actualité est coutumière, la veille avait eu lieu la cérémonie des Bobards d’Or organisée par la fondation Polémia, qui avait remis pour la première fois le prix de la désinformation « Strass et paillettes » aux « amis de Roman Polanski ». Celui-ci rattrapé par la justice états-unienne qui avait demandé son extradition à la Suisse pour le viol (avec sodomisation, faut-il préciser) d’une très gamine de 13 ans, Samantha Geimer, qu’il avait préalablement droguée.

Or, à peine la nouvelle connue le 26 septembre 2009, toute l’Intelliguentsia hexagonale se mobilisait contre cette « chasse à l’homme ». Le tout nouveau ministre de la Culture Frédéric Mitterrand (*) estimait ainsi « absolument épouvantable » de voir le réalisateur « jeté en pâture pour une histoire ancienne qui n’a pas vraiment de sens » et « pris au piège » — dans son luxueux chalet de Gstadt. Bien entendu, les médias suivaient, offrant généreusement leurs antennes aux champions de Polanski, parmi lesquels, comme les adhérents de Polémia le savent, devaient se distinguer Claude Lelouch flétrissant « un véritable retour au maccarthysme, des méthodes de la Gestapo » et le philosophe Alain Finkielkraut qui, souvent mieux inspiré, déplorait qu’un « rescapé du ghetto de Varsovie » se retrouvât en butte à « une véritable fureur de la persécution ». « Et il n’y a pas que la France. C’est toute la planète Internet qui est devenue comme une immense foule lyncheuse », se désespérait « Finkie ».

Mais le pire devait venir de Pierre Bénichou. Directeur délégué puis conseiller de la direction du distingué Nouvel Observateur, le chroniqueur d’Europe 1 et de France 2 s’employa en effet à salir la proie de Polanski : « C’est une fille qui avait 14 ans, elle n’a pas été violée, c’est une fille qui est venue pour faire des photos à poil, amenée par sa mère, alors, au détour d’une photo, ils ont fait des trucs, … elle faisait des photos à poil, quand même, … et avec la bénédiction de sa famille, elle touchait des dollars ; c’est vrai que c’est un crime abominable de mettre la main sur une fille… mais rien ne ressemble plus à une fille de 18 ans qu’une jeune fille de 13 ans. »

A fortiori, rien ne ressemble plus à une fille de 18 ans qu’une jeune fille de 17 ans bien tassés, l’âge de Karima El Mahroug quand elle serait tombée dans les griffes du pédomane Berlusconi, mais cela, nos média qui ont décidément la mémoire courte ne veulent pas le savoir. A bas, Il Cavaliere !

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Il n’est évidemment pas question de défendre ici Berlusconi, ploutocrate dont tant de choses nous séparent, mais on remarquera que la médiaklatura française, révulsée par les frasques sexuelles de l’Italien, sur lesquelles elle est intarissable, se distingua toujours par un assourdissant silence sur les aventures extra-conjugales de François Mitterrand et notamment sur sa liaison avec Anne Pingeot qui avait pourtant à peine 18 ans quand le futur chef de l’Etat la remarqua en 1961 et la fit aussitôt monter à Paris où il devait en 1974 lui donner une fille, Mazazine. L’un des secrets les mieux gardés de la République, y compris par l’élite de la Gendarmerie détournée de ses devoirs pour assurer la clandestinité du second foyer du président. Il est vrai qu’au contraire de Berlusconi, Mitterrand était socialiste. Comme quoi le plus sourcilleux moralisme peut-être sélectif.

Claude Lorne
6/04/2011

(*) Nommé à l’instigation de Carla Bruni-Sarkozy, qui devait confier (dans Le Parisien du 30 janvier 2011) : « Je n’ai jamais voté pour la gauche en France, et je vais vous dire, ce n’est pas maintenant que je vais m’y mettre. Je ne me sens plus vraiment de gauche… Il y a eu certains faits, certains commentaires, notamment à la suite de l’affaire Polanski-Mitterrand. J’ai entendu des responsables socialistes dire la même chose que ceux du Front national. Ça m’a vraiment choquée. »

Correspondance Polémia : 8/04/2011

Image : Roman Polanski va connaître son sort