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Forum du 18 novembre : réponse à un « dissident »

Forum du 18 novembre : réponse à un « dissident »

Par Michel Geoffroy, essayiste, chargé de l’Introduction au Forum ♦ Ce jour, 23 novembre, paraît sur le site Boulevard Voltaire un article de Bruno Riondel, docteur en histoire, qui a pour titre : « Forum de la dissidence : tout le monde n’est pas Soljenitsyne/La vraie question est celle de la révolution mondialiste en cours » qui qualifie de manière plutôt négative notre Forum de la dissidence du 18 novembre. Dans « Polémia » il y a la notion de « polémique » et c’est pourquoi nous acceptons bien volontiers de polémiquer sur la dissidence telle que la conçoit M. Riondel. On trouvera donc ci-après la réponse adressée par Michel Geoffroy à ce « dissident » suivie de l’article qui a ouvert la polémique.
Polémia


Cher dissident,

J’ai pris connaissance avec intérêt de la façon, assez négative me semble-t-il, dont vous avez perçu le Forum organisé par la Fondation Polémia, samedi 18 novembre dernier. Citant implicitement Mao, vous déplorez donc que les travaux auraient été « sots » au motif qu’ils n’aient pas porté sur ce que vous appelez « la révolution mondialiste ».

Il me semble d’abord qu’il y a un malentendu. Le Forum portait en effet sur un tout autre sujet : la reconstruction d’une véritable alternative de droite, après le double suicide de la droite de gouvernement et de la droite nationale. Vous auriez aimé que les orateurs « s’expriment sur le mondialisme » ? Dont acte : ce n’était pas leur sujet. Pas plus que d’aborder l’élevage des poissons en Chine ou les agissements de George Soros.

Vous écrivez aussi que le dissident devrait selon vous « dépasser le clivage gauche/droite », ce que, si je comprends bien, nous n’aurions donc pas fait. Je suis désolé de ne pas partager cette affirmation, du moins sous cette forme.

Comme je l’ai en effet indiqué dans mon propos introductif, le clivage gauche/droite ne peut être « dépassé » car il est inhérent à l’affrontement politique : il peut seulement changer de contenu. François Bousquet, dans son analyse de l’anthropologie de la droite, est parvenu à la même conclusion.

Et justement je crois avoir aussi montré que ce clivage opposait désormais, non plus les collectivistes aux défenseurs de la propriété privée des moyens de production comme autrefois, mais les mondialistes, les libre-échangistes, les déconstructeurs et les immigrationnistes -qui constituent la Nouvelle Gauche- aux défenseurs de l’identité, de la liberté des peuples et de la diversité des cultures, ce qui correspond au nouveau positionnement de droite.

Le mondialisme est bien sûr un sujet important. Je vais d’ailleurs y consacrer un ouvrage qui paraîtra prochainement : La Superclasse mondiale contre les peuples. Nous avons en outre souvent dénoncé les agissements de l’oligarchie mondialiste, ses pompes et ses œuvres : je vous invite d’ailleurs à vous reporter aux nombreux textes mis en ligne en ce sens sur le site de la Fondation Polémia.

Vous déplorez que « l’audace dissidente resta très sage » lors de ce forum. C’est une question de point de vue, mais, dans notre civilisation, la sagesse reste une vertu cardinale.

Et il me semble d’ailleurs que les différentes interventions ont apporté un éclairage novateur. Comme par exemple l’intervention de Bruno Mégret -pour ne citer qu’elle- sur l’Europe puissance. Ou bien la conclusion opérationnelle de Jean-Yves Le Gallou sur l’attitude à adopter face au politiquement correct. Et l’ampleur de l’assistance tout au long de cette journée dense témoigne de l’intérêt de nos travaux.

Vous déplorez que le forum n’ait pas été assez subversif à votre goût. Dommage mais nous avions, nous, une autre ambition : celle d’être constructifs d’une Droite Nouvelle. Comme vous aimez manifestement citer les auteurs chinois, je vous invite donc à relire Sun Tzu qui écrit qu’un bon général s’attaque d’abord à la stratégie de l’ennemi.

Le véritable moyen de subvertir le Système consiste donc de nos jours, non pas à jouer les imprécateurs devant des publics acquis d’avance -ce qui est facile- mais à construire au milieu des ruines une véritable alternative politique au chaos mondialiste contemporain –ce qui est nettement plus ambitieux. Il est dommage que vous ne l’ayez pas compris.

Je vous prie de croire, cher dissident, à l’assurance de mes meilleurs sentiments polémiques.

Michel Geoffroy
23/11/2017

Article de Bruno Riondel :

Ce dimanche [le Forum a eu lieu samedi dernier et non dimanche… note de Polémia], à Paris, se tenait le Forum de la dissidence organisé par Polémia.
Curieusement, la rencontre porta sur la nécessité de renforcer la droite face à une gauche en situation d’hégémonie culturelle. Le dissident ne devrait-il pas plutôt dépasser ce clivage droite/gauche ?

Car la vraie question est celle de la révolution mondialiste en cours. « Le sot regarde le doigt du sage qui lui montre la lune », dit un proverbe chinois. Pour éviter d’être les « idiots utiles » du mondialisme, il est nécessaire de prendre en compte la réalité double de l’histoire en train de s’écrire : celle des événements visibles et celle des causes cachées qui déterminent ceux-ci. C’est pourquoi l’on aurait aimé que les intervenants s’expriment sur le mondialisme, point focal autour duquel auraient dû s’agencer toutes les réflexions.

Etre dissident, c’est résister à ce projet internationaliste initié par l’oligarchie financière qui surplombe les souverainetés nationales, les dépolitise et les réduit à de simples instances de gestion, transformant les élus en fidéicommis serviles. C’est refuser la subversion permanente libérale-libertaire des trotskistes reconvertis en néoconservateurs. C’est rejeter la domination d’une technocratie toute-puissante, avant-garde de type léniniste de la promotion du nouveau messianisme.

C’est aussi se rebeller contre le primat imposé de l’idéologie sur le réel, contre la tyrannie judiciaire plus soucieuse de défendre le droit du plus fort que la justice, contre les médias propagandistes et le dévoiement des institutions par une subversion de type gramscien. C’est encore rejeter les effets d’une subtile ingénierie sociale qui utilise les peurs pour imposer des mesures sécuritaires et la subversion migratoire pour affaiblir les peuples historiques.

L’organisateur de la rencontre, Jean-Yves Le Gallou, estimait nécessaire de faire sauter le verrou du politiquement correct. On aurait aimé qu’il en fût ainsi. Mais l’audace dissidente resta très sage. Le représentant de Defend Europe n’évoqua pas les réseaux Soros, soupçonnés de financer les flux migratoires, ni l’inertie complice de pouvoirs publics appliquant le projet migratoire de l’ONU. L’élu des Républicains, Charles Beigbeder, incarnait bien peu l’esprit de dissidence. On aurait voulu du subversif. Pierre Cassen, de Riposte laïque, plus réaliste, souligna la nécessité de dépasser les clivages.
« Le poisson ne sait pas qu’il est mouillé »
, dit un autre proverbe chinois. On eut l’impression que nombre d’intervenants ignoraient la nouvelle réalité paradigmatique.

Le public semblait plus lucide : « Il est moins cinq », dit une femme consciente du risque d’explosion sociale. Une autre proposa judicieusement de déplacer le débat sur un plan plus anthropologique. Car la vraie question porte sur ce que sera l’homme, demain : libre ou aliéné par le néo-totalitarisme qui monte ?

Dimanche [non : samedi, note de Polémia], l’esprit dissident manquait de vigueur. Tout le monde n’est pas Soljenitsyne.

Crédit photo : © Polémia / envato elements

Michel Geoffroy

Michel Geoffroy, ENA. Essayiste, contributeur régulier à la Fondation Polémia ; a publié en collaboration avec Jean-Yves Le Gallou différentes éditions du “Dictionnaire de Novlangue”.