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« Espèce d’animal ! » La réponse d’Alain de Benoist aux folies antispécistes

« Espèce d’animal ! » La réponse d’Alain de Benoist aux folies antispécistes

Par Michel Geoffroy, auteur de Immigration de masse. L’assimilation impossible, La Super-classe mondiale contre les peuples et La Nouvelle guerre des mondes ♦ Le philosophe Alain de Benoist a publié en fin d’année dernière, aux éditions de La Nouvelle Librairie, un court essai, La Place de l’homme dans la nature [1], qui mérite que l’on revienne dessus.

 

L’essai se voulait d’abord en effet une réponse critique, aimable mais argumentée, au livre publié par le biologiste Yves Christen en 2009 sous le titre L’Animal est-il une personne [2].
Mais, comme l’écrit Alain de Benoist lui-même, « je me suis vite aperçu que le sujet s’inscrivait dans une problématique beaucoup plus vaste [3] » : la place de l’homme dans la nature, la relation entre nature et culture, l’anthropologie, justement.
C’est donc un parcours philosophique qu’Alain de Benoist nous invite, en réalité, à emprunter.

L’animal serait-il sujet de droit ?

En 1978, l’Unesco a adopté une déclaration universelle des droits de l’animal. L’animal serait-il donc une personne ?

Alain de Benoist répond par la négative : l’animal n’est pas un sujet de droit mais à la rigueur un objet du droit ; dans la mesure où il ne dispose pas de libre arbitre, il ne peut adopter un comportement moral. Quel serait d’ailleurs le « droit » des gazelles face au « droit » des lions ?

Que l’animal ne puisse être un sujet de droit ne signifie pas pour autant, cependant, que nous ne puissions pas avoir des devoirs à son égard, comme le reconnaissait déjà Jean-Jacques Rousseau. Alain de Benoist rappelle opportunément que des devoirs envers autrui peuvent exister sans s’associer nécessairement à des droits. C’est bien la civilisation européenne qui a inventé le respect de l’animal et la volonté d’alléger ses souffrances : que l’on compare l’abattage hallal et celui que l’on pratiquait en Europe jusqu’à l’arrivée de l’immigration de masse !

Dès lors, prétendre que les animaux – ou les robots ! – auraient des droits comparables à ceux des hommes ne repose que sur une fiction et trahit surtout la volonté d’effacer ce qui constitue justement la dignité de l’homme. Comme l’écrit Alain de Benoist, « le droit vise à régler les rapports de l’homme en société. Il ne peut avoir de sens qu’entre membres d’une même espèce, sur la base de leur appartenance commune [4] ».

Différence de degré ou de nature ?

Dans son analyse critique du livre d’Yves Christen, Alain de Benoist reconnaît que le biologiste ne nie pas la singularité humaine. Mais ce dernier nie que cette singularité soit telle qu’on puisse y voir une « différence non de degré mais de nature [5] ». Là réside, pour Alain de Benoist, l’essentiel de la disputation : « Il y a incontestablement continuité de l’homme à l’animal sur de nombreux plans, écrit-il, mais n’y a-t-il pas aussi discontinuité ? Et si oui, comment faut-il la comprendre ? [6] »

L’homme et le chimpanzé partagent l’essentiel du même patrimoine génétique : pourtant ils ne sont pas interchangeables et aucun chimpanzé ne composera jamais de symphonie !

La folie de l’antispécisme consiste justement à nier l’existence des barrières d’espèces, tout comme l’antiracisme dogmatique en vient à nier la diversité humaine et l’existence de races humaines. Il s’agit du même mouvement consistant à nier la nature des choses, pour détruire l’homme.

Le progressisme contre la nature

Alors que l’Antiquité admettait « une échelle continue allant de l’inanimé jusqu’aux dieux [7] », une unité hiérarchisée du monde, le christianisme, en affirmant que seul l’homme est doté d’une âme d’essence divine, va le faire au contraire transcender toutes les autres créatures et se séparer radicalement de l’animal et du reste de la nature. Même si Dieu a aussi créé la nature, cependant.

Le mouvement des Lumières et le progressisme vont pousser à l’extrême le principe d’une séparation entre l’homme et la nature. Désormais, « la nature elle-même est posée comme un objet inerte, totalement étrangère à la conscience qui se pose face à elle pour l’étudier [8] ». C’est le sens de la révolution intellectuelle introduite par Descartes de croire que l’essence de l’homme résiderait « précisément dans le pouvoir de se déterminer soi-même [9] », en se libérant de toute fatalité naturelle par le seul usage de sa raison.

Cette croyance réside au cœur de la modernité occidentale et se traduit par exemple de nos jours par l’idéologie du genre et le transsexualisme : le comble de la « liberté » occidentale se réduisant à la capacité de « choisir » son sexe ou, pour la femme, de s’affranchir de la maternité.

Le paradoxe de la modernité

C’est pourquoi le penseur Yvan Blot affirmait que la gauche, héritière de la modernité des Lumières, n’avait pas vraiment de conception de l’homme, pas de véritable humanisme car elle refusait de prendre en considération l’existence d’une nature humaine : elle ne définissait l’homme que comme le produit des normes arbitraires d’une société.

Il y a donc un certain paradoxe à voir la modernité, fondée sur la volonté de néantiser la nature humaine, se rallier de nos jours à un écologisme fanatique qui divinise… la nature ou qui fait de l’homme [10] l’ennemi de la planète.

Par nature un être de culture

L’intérêt de l’essai d’Alain de Benoist est de nous inviter à retrouver une plus juste conception de la nature humaine que celle que nous avons héritée du progressisme des Lumières, frappé de réductionnisme.

Alain de Benoist nous invite à reconnaître, comme Arnold Gehlen, que « la position singulière de l’homme est d’être par nature un être de culture [11] ». À reconnaître que la culture est la seconde nature de l’homme, donc.

Car, à la différence de l’animal, l’homme n’est pas protégé par ses instincts spécialisés – même si on sait aujourd’hui que l’animal ne se réduit pas à une machine dénuée de toute capacité d’apprentissage ou de fantaisie – ni par son adaptation à un milieu spécifique : c’est justement sa culture qui fournit à l’homme ce dont sa nature ne l’a pas pourvu ou dont elle l’a pourvu en excès.

Retour aux sources de la pensée européenne

Pour cette raison, l’homme est bien un être politique, comme le savaient les Grecs, un animal social : il ne saurait exister en dehors d’une culture donnée.

Les Lumières s’égarent donc quand elles prétendent que l’homme serait antérieur à tout ordre social. Comme elles oublient que pour pouvoir passer un contrat fondateur, il faut que les hommes parlent une même langue et donc vivent déjà dans une même société ! Comme le libéralisme provoque des catastrophes en prétendant créer une société d’individus, c’est-à-dire une contradiction dans les termes.

L’animal n’est pas une personne mais cela ne nous empêche pas d’avoir des devoirs à son égard, « non parce que nous sommes à égalité avec tout ce qui est, mais parce que nous sommes tous pris dans un rapport de coappartenance qui renvoie directement à l’idée de kosmos [12] », conclut Alain de Benoist dans sa postface.

Il faut donc lire La Place de l’homme dans la nature, d’Alain de Benoist, un essai qui invite le lecteur à penser : une chose rare de nos jours !

 

Michel Geoffroy
27/07/2021

[1] Benoist (Alain de), La Place de l’homme dans la nature – Réponse aux antispécistes, éditions de La Nouvelle Librairie, 2020, 14,90 euros.
[2] Chez Flammarion.
[3] Benoist (Alain de), op. cit., note liminaire.
[4] Ibid., p. 169.
[5] Ibid., p. 74.
[6] Loc. cit.
[7] Ibid., p. 19.
[8] Ibid., p. 29.
[9] Ibid., p. 30.
[10] Du seul homme blanc, hétérosexuel et de religion chrétienne, s’entend…
[11] Benoist (Alain de), op.cit., p. 160.
[12] Ibid., p. 178.

Michel Geoffroy

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