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Covid-19. L’État Big Mother

Covid-19. L’État Big Mother

Par Andrea Massari ♦ L’épidémie de coronavirus a montré d’abord les défaillances du gouvernement et de l’État : réactions tardives, non-fermeture des frontières, incapacité à répondre aux besoins matériels en gel, en masques, en tests, en médicaments. Défaillance de l’État régalien certes, mais aussi surréaction de l’État maternant : Emmanuel Macron et Édouard Philippe exposant les « gestes barrières » aux Français et relayant le tutoriel de la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, expliquant comment… se laver les mains ! C’est l’État Big Mother, en référence à un livre de Michel Schneider paru en 2002, Big Mother – Psychopathologie de la vie politique. Nous reprenons ici la critique qu’en avait faite Andréa Massari en 2004.
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Dans la lignée de 1984, l’ouvrage d’Orwell, ou de sa version contemporaine par Jean-Christophe Ruffin, Globalia, les Français craignent l’État Big Brother. Et si, « en même temps », c’était l’avènement de « Big Mother » qui s’annonçait ? C’est en tout cas la thèse de l’énarque et psychanalyste Michel Schneider ; son ouvrage Big Mother – Psychopathologie de la vie politique paru en 2002 chez Odile Jacob apparaît plus que jamais d’actualité.

C’est à l’échelon de l’État la philosophie de la mère abusive qui s’impose : « Couvre-toi », « Mets ton sweat », « Ne sors pas, tu vas attraper froid ».

C’est très exactement ce que condamne Michel Schneider dans Big Mother : « Écoute, proximité, caresses, urgence, amour. Les hommes politiques jouent à la mère. Dirigeants n’osant plus diriger, citoyens infantilisés attendant tout de l’État : la France est malade de sa politique comme certains enfants le sont de leur mère » !

L’État Big Mother, c’est ainsi une psychopathologie de la politique.

1/ De la protection à la contestation : l’infantilisation des citoyens

L’État Big Mother veut tout protéger : « La surenchère des demandes entraîne une dépendance des individus et des groupes vis-à-vis de l’assistance et de l’assurance » (P. 58) ; et cela débouche sur une dépendance croissante vis-à-vis de l’État et donc vers des revendications sans fin et aussi vers une volonté violente de s’émanciper : « … les sociétés où domine la mère sont les plus violentes, les fils s’arrachant ainsi à l’emprise et à la fusion » (p. 84). Big Mother est condamnée à être « mal aimée, et même haïe, comme sont souvent les mères trop aimantes » (p. 164). Et avec « l’État maternant », la société est en crise d’adolescence permanente !

2/ De la proximité à l’absence d’enracinement dans la durée

Confrontée en permanence à l’exigence de « proximité » et à l’« urgence » de la réponse médiatique aux faits du quotidien, la politique perd son sens : alors qu’elle devrait être dépositaire de l’intérêt des générations futures et inscrire son action dans le temps long, elle cède à l’illusion de l’immédiateté. Comme si l’agitation était l’action !

3/ Big Mother, c’est aussi l’effacement de l’État souverain

Omniprésent dans l’assistance et le maternage, absorbé par ses tâches maternelles et maternantes, l’État Big Mother sacrifie ses fonctions souveraines. Il a de plus en plus de mal à remplir ses fonctions régaliennes, celles où il importe d’être obéi pour assurer la continuité de la nation ; or justice, armée, police, diplomatie, qui relèvent des fonctions paternelles, sont de plus en plus mal remplies. Reste à savoir si c’est ainsi que la France fera face à la concurrence mondiale et aux risques terroristes !

4/ Féminisation des professions et maternisation du pouvoir

Michel Schneider, l’auteur de Big Mother, établit un lien entre la maternisation du pouvoir et la présence croissante des femmes dans « toutes les professions sociales pour la reproduction des individus et de la société : l’école, la justice (des affaires familiales), la médecine » (p. 53).

Michel Schneider met ainsi en perspective l’importance prise par les femmes dans l’éducation nationale et la justice : importance d’autant plus grande d’ailleurs que, d’une part, l’école tend à se substituer à la famille dans le rôle d’éducation et de formation, et que, d’autre part, la révolution judiciaire qui s’est opérée tend à faire du pouvoir judiciaire le premier pouvoir avant même le législatif et l’exécutif. Ajoutons qu’en marge de l’éducation et de la justice on trouve aussi tous ceux qu’on appelle des acteurs sociaux et qui sont souvent les assistantes sociales.

Il résulte de tout cela « la substitution d’un mode donné de contrôle social à l’ancien mode autoritaire, le traitement du déviant en malade, le remplacement de la punition par la réhabilitation médicale, l’emprise des professions d’assistance sur la famille et la société, tous ces traits s’inscrivent dans la croyance que tous les conflits peuvent se résoudre par une assistance maternelle publique qui absout l’individu de toute responsabilité amorale et le traite comme une victime des conditions sociales » (p. 63).

5/ La rupture du symbolique

Michel Schneider insiste beaucoup sur ce qu’il appelle la « rupture du symbolique » et qu’on pourrait aussi appeler le refus de la condition tragique de la vie ; de ce qui nous borne mais aussi de ce qui nous construit en nous bornant : la part de hasard ayant présidé à notre naissance, la différence de sexes, les règles de la filiation, le langage, la mort. Tout cela tend à être marginalisé et ringardisé par le politiquement et le médiatiquement corrects.

Andréa Massari
26/04/202

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