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Du Courage politique : de la théorie à la pratique

Du Courage politique : de la théorie à la pratique

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Par Michel Geoffroy, auteur de La Super-classe mondiale contre les peuples ♦ On recommandera la lecture successive de deux ouvrages qui viennent de paraître : Courage ! Manuel de Guérilla Culturelle de François Bousquet [1] et Ordre Nouveau raconté par ses militants d’André Chanclu et Jacques Mayadoux[2].
A priori ces deux essais ne se ressemblent pas : des réflexions politiques et métapolitiques pour le premier, une suite de témoignages personnels dans le second. La plume polémique et enlevée de François Bousquet, rédacteur en chef de la revue Eléments, directeur de la Nouvelle Librairie, d’un côté… Une succession de souvenirs personnels plus ou moins cursifs et quelques photographies, de l’autre.
Pourtant, ces deux essais se complètent parfaitement car ils traitent finalement du même sujet : de la valeur décisive du courage et de l’engagement personnel en politique.


Malheur aux lâches, ils seront vaincus !

François Bousquet dresse un diagnostic sans appel : sans courage, sans engagement personnel avec tous les risques que cela peut comporter, la dissidence n’arrivera à rien. « Sans lui notre sort est scellé d’avance. Sans lui notre épitaphe est connue de toute éternité : mort de trouille quelque part entre le 20e et le 21e siècle ». Le ton de l’essai, viril et direct, est donné.

En une vingtaine de chapitres, courts mais frappants dans tous les sens du terme, l’auteur nous montre que le courage se cultive, à l’instar d’une pratique sportive ou guerrière, même s’il y a en lui « quelque chose qui outrepasse le raisonnable [3]».

Mais François Bousquet nous avertit aussi : « Malheur aux lâches, ils seront vaincus ! » L’appel au courage s’adresse d’abord aux nôtres, nous dit-il.

Un avertissement qui nous emmène rejoindre Homère, éducateur de l’Europe, Antonio Gramsci – qui déclarait haïr les indifférents -, Alexandre Soljenitsyne – qui recommandait de refuser de participer personnellement au mensonge -, Dominique Venner – le samouraï d’Occident qui a mis fin à ses jours pour nous réveiller – et même Confucius, celui qui estimait qu’avant toute chose il fallait « rectifier les dénominations », c’est-à-dire rétablir le vrai sens des mots. Un conseil toujours actuel parce que « le Système n’est plus qu’un gros mensonge [4]». Et plein d’autres encore.

Les cons disent toujours amen !

Si nous ne réagissons pas, explique François Bousquet, le Système nous condamne non seulement au remplacement mais à l’effacement pur et simple : par invisibilisation – qui transforme les dissidents en fantômes politiques à qui on ne donne jamais la parole -, par infériorisation – les dissidents en Gilets Jaunes sont des loosers de la mondialisation -, par diabolisation – par la reductio ad hitlerum – et enfin par pathologisation comme en URSS : ceux qu’inquiète l’islamisation seraient ainsi des islamophobes, etc…

Car le Système qui se prétend inclusif « ne fonctionne qu’au prix de notre exclusion. Et ça marche ! Oui ça marche ![5] » .Parce qu’un tel Système produit de l’autocensure – la spirale du silence – et du conformisme à la chaîne. Et qui débouche sur la « société de la vigilance » qu’appelle Emmanuel Macron de ses vœux ?

François Bousquet nous invite justement à briser cette chaîne, en termes virils, dignes des Tontons Flingeurs : « Les cons disent toujours amen. Le conformisme est leur patrie. La nôtre est un royaume à construire [6]».

Faire son coming-out politique

Briser la chaîne, c’est d’abord prendre parti et cesser de se cacher : c’est faire son « coming out » politique en quelque sorte et réapprendre à dire nous. Car « on ne peut vivre à rebours de ses croyances, sauf à s’enfermer dans le mensonge. Vivre dans le mensonge nous oblige ou bien à changer de vie ou bien à changer d’idées[7] ». Or ce ne sont pas ceux qui entrent dans le Système qui changent les choses, ce sont ceux qui en sortent, ceux qui disent non.

En sortir signifie notamment refuser personnellement le mensonge sur lequel se fonde un Système qui a transformé toute la société en territoire ennemi de la vérité. Comme aimait à dire George Orwell « dans des temps de tromperie généralisée, le seul fait de dire la vérité est un acte révolutionnaire ».

Tuer les mouchards !

Cela implique aussi de dénoncer les menteurs, incarnés aujourd’hui par la médiacratie – les censeurs et les informateurs, au sens policier du terme, dotés d’une carte de presse – comme hier dans le Goulag les zeks avaient décidé de « tuer les mouchards » pour redevenir des hommes et détruire la peur.

Et comme le Système n’est finalement qu’une immense fake news, ne plus être dupe de ses mensonges, de ses bobards, comme ne plus se mentir à soi-même, revient à le détruire en s’attaquant à sa stratégie, comme le recommandait Sun Tsu.

Briser la chaîne c’est aussi partir à la conquête de la société civile pour y diffuser, comme l’a théorisé Gramsci, ses analyses, ses mots d’ordre et une vue du monde alternative, en menant au sens propre une guerrilla – une petite guerre en espagnol – contre le Système, ses pompes, ses œuvres et ses suppôts. Une guerre en effet puisqu’il ne faut attendre aucune compassion de sa part et qu’il faut s’attendre à recevoir des coups. Mais une guerre aussi dans laquelle il n’y a pas de petits gestes, car tout compte parce que tout se tient. Les islamistes l’ont bien compris !

Les travaux pratiques

Le livre de témoignages Ordre Nouveau raconté par ses militants d’André Chanclu et Jacques Mayadoux constitue justement une belle illustration concrète de la pertinence de l’appel au courage lancé par François Bousquet. Il en constitue en quelque sorte les travaux pratiques.

Car que nous racontent ces témoignages ? Que des jeunes gens, voire des lycéens, issus de tous les milieux et souvent dénués de tout passé militant, ont décidé de s’engager dans le mouvement Ordre Nouveau pour faire barrage à la chienlit gauchiste qui prospérait en France depuis mai 68 et singulièrement dans l’enseignement, pendant que les bien-pensants se taisaient ou rasaient les murs.

Or du courage, il en fallait pour porter la contradiction dans la rue, dans les lycées ou les universités face une extrême-gauche déjà très bien établie car profitant d’une administration lâche ou complice !

Du courage, il en fallait pour se lever tôt afin de préparer le matériel de propagande ou pour aménager et sécuriser le local du siège d’Ordre Nouveau !

Du courage, il en fallait pour affronter physiquement les groupes gauchistes, en général dans un rapport de 1 à 10, pour protéger les réunions du mouvement, ses colleurs d’affiches ou tout simplement pour franchir les piquets d’extrême-gauche pour aller suivre ses cours ! Du courage il en fallait pour manifester, bravant la police, devant l’agence de l’Aéroflot ou contre la venue de Brejnev à Paris !

Il fallait apprendre à se faire respecter, à parer les coups, mais aussi à venir en aide aux camarades quand il le fallait.

La rude école du courage politique

Crée en 1969 et dissout par le gouvernement en juin 1973, Ordre Nouveau n’eut qu’une existence météoritique mais il laissa pourtant une empreinte profonde.

Tous les témoignages recueillis par André Chanclu et Jacques Mayadoux convergent : militer à Ordre Nouveau constituait une rude école qui forgeait le caractère mais aussi l’amitié et la solidarité entre ses militants, au sein d’un mouvement doté d’une direction jeune et collégiale qui ne céda jamais au culte du chef.

Ordre Nouveau laissa une empreinte profonde chez ses militants mais aussi à l’extrême-gauche qui appris assez vite à compter avec le courage, la discipline et la détermination des membres d’Ordre Nouveau.

Alors qu’aujourd’hui Blacks Blocs et autres antifas font la loi dans la rue, on mesure rétrospectivement ce qu’apportait la dissidence d’Ordre Nouveau à la liberté d’expression ! Car les militants d’Ordre Nouveau n’étaient pas des intellectuels en chaise longue : ils agissaient à leurs risques et périls dans le monde réel.

Petites causes, grands effets

Mais Ordre Nouveau fut aussi un mouvement politique novateur, ne serait-ce que par son graphisme inoubliable, son style et ses modalités d’action spectaculaires.

Même si certains de ses combats nous paraissent aujourd’hui lointains (la guerre du Vietnam, la menace soviétique), Ordre Nouveau a ouvert la voie à des problématiques toujours actuelles : l’Europe, le pouvoir médiatique, la corruption politique, la catastrophe migratoire, l’injustice sociale notamment.

Enfin, on ne doit pas oublier qu’Ordre Nouveau, qui souhaitait devenir une force politique à part entière, fut à l’origine de la création du Front National et du nouveau départ politique de Jean-Marie Le Pen. Donc à l’origine d’une dynamique politique qui allait rassembler deux fois de suite des millions de Français au second tour de l’élection présidentielle !

Ainsi le courage individuel de quelques jeunes militants d’Ordre Nouveau , « le courage de trois heures du matin » comme aimait à dire Napoléon 1er, eut-il de grands effets politiques.

Alors, soyons courageux à notre tour !

Michel Geoffroy
30/10/2019

[1] Editions La Nouvelle Librairie, 2019

[2] Synthèse Editions, 2019

[3] François Bousquet « Courage » op.cit page 31

[4] François Bousquet, « Courage » op.cit ; page 143

[5] François Bousquet, « Courage » op.cit ; page 55

[6] François Bousquet, « Courage » op.cit ; page 67

[7] François Bousquet, « Courage » op.cit ; page 84

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Michel Geoffroy

Michel Geoffroy, ENA. Essayiste, contributeur régulier à la Fondation Polémia ; a publié en collaboration avec Jean-Yves Le Gallou différentes éditions du “Dictionnaire de Novlangue”.

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