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Charles Beigbeder : « Une nouvelle formation pour incarner l’avenir de la droite sur les ruines fumantes de LR et du FN »

Charles Beigbeder : « Une nouvelle formation pour incarner l’avenir de la droite sur les ruines fumantes de LR et du FN »

Charles Beigbeder, entrepreneur et personnalité engagée à droite, sera présent au 3ème Forum de la Dissidence qui aura lieu le 18 novembre prochain à Paris. A quelques jours de ce grand événement, il répond à trois questions.


Polémia : Qu’est-ce que la droite pour vous ?

Charles Beigbeder : La droite est une famille de pensée aux multiples ramifications. Pour ma part, je représente la droite traditionnelle, héritière du RPR des années 80 et centrée sur les notions d’enracinement, de patrie, de souveraineté et d’identité nationale, malheureusement abandonnées tant par le FN actuel que par Les Républicains. Je souhaite aussi incarner une droite moderne, soucieuse de la transformation de notre économie afin de pouvoir tenir notre rang dans la compétition mondiale. Tradition et progrès, identité et libertés, ou pour reprendre une formule plus connue, des racines et des ailes. C’est à ce titre que je suis heureux de participer au 3e Forum de la Dissidence, organisé par Polémia car il est important que toutes les familles de la droite puissent se parler.

Au-delà de la diversité des droites, ce qui en fait l’unité, c’est probablement l’acceptation d’une certaine humilité devant le réel, le renoncement à vouloir créer un homme nouveau entièrement façonné par une idéologie d’État, la volonté de respecter le mystère de l’homme et la succession des générations, ce qui revient à se définir d’abord comme un héritier. Tout le contraire de la table rase révolutionnaire ou du prométhéisme de Mai 68.

La France et l’Europe semblent engluées dans une crise identitaire sans fin. Comment en sortir ?

Il me semble d’abord indispensable que tous nos contemporains prennent conscience des menaces qui pèsent sur notre civilisation et notre art de vivre, particulièrement du fait de l’islamisme. Un véritable travail de pédagogie est nécessaire, il doit s’effectuer en amont des partis politiques et de manière transversale, afin de toucher toutes les couches de la société. Ensuite, il doit pouvoir trouver un écho favorable dans les médias sans être caricaturé ni diabolisé, ce qui suppose la constitution de médias libres qui puissent s’affranchir de la doxa officielle. Enfin, ce travail doit déboucher, in fine, sur la constitution d’une nouvelle formation politique qui pourrait incarner l’avenir de la droite sur les ruines fumantes des Républicains et du FN.

La génération d’après-guerre croit souvent à tort que la civilisation occidentale est immuable et ne peut sombrer dans le chaos car elle comporterait en elle un pouvoir d’attraction qui finirait tôt ou tard par convaincre de ses bienfaits le plus grand nombre. Je ne partage pas cet optimisme naïf. « L’une des erreurs les plus dangereuses écrivait C.S. Lewis, consiste à croire que la civilisation est automatiquement tenue de grandir et de se répandre. La leçon de l’histoire est le contraire : la civilisation est une rareté, atteinte avec difficulté et facilement perdue. L’état normal de l’humanité est la barbarie, tout comme la surface normale de la planète est l’eau salée ». Cette prise de conscience de la fragilité de notre civilisation hantait aussi Simone Weil qui recommandait à ce titre un « patriotisme de compassion » consistant à aimer la France « comme une chose qui, étant terrestre, peut être détruite, et dont le prix est d’autant plus sensible ».

En quelques mots, quelle sera le teneur de votre intervention à ce 3e Forum de la Dissidence ?

J’aimerais dresser un état de lieux de l’impasse politique dans laquelle nous nous trouvons du fait de la division artificielle de la droite entre plusieurs formations politiques qui polarisent le débat et stérilisent le vote des électeurs. Ensuite, je plaiderai pour la constitution d’une grande formation politique conservatrice qui rassemblerait tous ceux qui souhaitent défendre notre civilisation contre les deux nihilismes qui la menacent : le progressisme sociétal d’un côté, l’islamisme radical de l’autre. Enfin, je tenterai d’esquisser une méthodologie pour parvenir à la constitution de cette nouvelle plateforme.