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L'Autriche en guerre contre l'islam politique

L’Autriche en guerre contre l’islam politique

Par Michel Lhomme, philosophe, politologue ♦ Le gouvernement conservateur autrichien a récemment annoncé son intention de fermer sept mosquées et d’expulser près de 60 imams dans le cadre de mesures contre l’islam politique et le financement étranger de groupes religieux.


L’annonce a été faite par le chancelier Sebastian Kurz dans la foulée d’un scandale suscité par la reconstitution, dans une des principales mosquées de Vienne affiliée à la communauté turque, d’une bataille emblématique de l’histoire ottomane jouée par des enfants habillés en soldats. « Des sociétés parallèles, l’islam politique et la radicalisation n’ont pas leur place dans notre pays », a argumenté le chef du gouvernement autrichien lors d’une conférence de presse. Ankara a rapidement et vivement réagi : ces annonces sont « le résultat de la vague populiste, islamophobe, raciste et discriminatoire dans ce pays », a dénoncé sur Twitter le porte-parole du président-dictateur Recep Tayyip Erdogan. « Le cercle de personnes qui pourraient être affectées par ces mesures comprend environ 60 imams », a précisé le ministre de l’Intérieur, Herbert Kickl (FPÖ). «Leurs familles sont également concernées et 150 personnes au total pourraient perdre leur droit de résidence en Autriche», a-t-il indiqué, ajoutant que dans certains cas, le processus d’expulsion d’imams financés par la Turquie a d’ores et déjà commencé.

Reconstitution de la bataille de Gallipoli

Les photos de la reconstitution de la bataille de Gallipoli, durant la Première Guerre mondiale, jouée par des enfants dans les locaux de la mosquée, ont été publiées récemment par l’hebdomadaire de centre gauche Falter et ont largement ému la classe politique autrichienne, toutes tendances confondues. Les clichés montraient les jeunes garçons en tenue de camouflage alignés en rang, faisant le salut militaire et agitant des drapeaux turcs, devant un public d’enfants.

Sur une autre photo, certains sont allongés pour figurer les victimes de la bataille, leur corps enroulé dans un drapeau turc. Le lieu de culte de l’exposition est géré par l’Union islamique turque d’Autriche (Atib), directement liée à la Direction turque des Affaires religieuses (Diyanet). L’Atib avait qualifié la mise en scène de « hautement regrettable », indiquant dans un communiqué être intervenu auprès de la mosquée avant que la controverse éclate dans les médias et avoir demandé la démission du responsable.

La bataille des Dardanelles a débuté en février 1915 par la tentative d’une flottille franco-britannique de forcer le détroit pour s’emparer d’Istanbul, capitale de l’Empire ottoman. Repoussés, les Alliés ont débarqué le 25 avril à Gallipoli mais ont été défaits après de longs mois d’offensive. L’Empire ottoman a fini la Première Guerre mondiale dans le camp des perdants et été démantelé. Mais la bataille de Gallipoli est devenue un symbole de la résistance qui a abouti à l’avènement de la République turque moderne en 1923.

Des relations de plus en plus compliquées avec la Turquie

Environ 360 000 personnes d’origine turque vivent en Autriche, dont 117 000 de nationalité turque
Les relations entre Ankara et Vienne sont particulièrement tendues depuis la répression qui a suivi la tentative de putsch contre Recep Tayyip Erdogan en juillet 2016.

Le dictateur turc a en tout cas vivement critiqué ce 9 juin la décision du chancelier autrichien de fermer des mosquées dans le cadre d’une offensive contre l’ « islam politique », mettant en garde nommément contre une «guerre entre les Croisés et le Croissant ». En France, la Une du Point a été retirée de nombreux kiosques et la rédaction du journal a été harcelée. Actuellement et en vue des élections anticipées turques du 24 juin, double scrutin présidentiel et législatif, se tiennent des meetings politiques turcs extrémistes sur le territoire français alors qu’ils sont explicitement interdits en Autriche.
Il est vrai que pour les post-historiens organiques à la Patrick Boucheron, Poitiers n’existe pas et l’absence de dialogue inter religieux entre l’Islam et la Chrétienté est de la faute des seuls chrétiens, Pierre le Vénérable, abbé de Cluny, qui commanda en 1143, la première traduction forcément fautive du Coran (p. 146 de L’Histoire mondiale de la France).

Michel Lhomme
20/06/2018

Source : Metamag

Crédit photo : Sebastian Kurz, EU2017EE Estonian Presidency [CC BY 2.0], via Flickr


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