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Affaire Benalla. Résumé de l'audition des syndicats de police

Affaire Benalla. Résumé de l’audition des syndicats de police

4ème Forum de la Dissidence le 17/11 à Paris : la billetterie est ouverte !

Par André Posokhow, consultant ♦ En complément à son analyse en profondeur des auditions des syndicats de police, André Posokhow livre aux lecteurs de Polémia un résumé complet de ces auditions éclairantes. Ce document est une annexe à un article principal. Sa mise en page est donc nécessairement plus brute que la normale.
Polémia


Les syndicats de police tirent à boulets rouges sur Alexandre Benalla

Première audition

Les principaux intervenants relèvent de Alliance police nationale et du syndicat indépendant des commissaires de police et leurs propos peuvent se résumer de la manière suivante.

La situation actuelle est scandaleuse et inadmissible et un communiqué a été fait dans ce sens.

On a encore terni et sali l’image de la police nationale en parlant de bavures et de violences policières alors que c’était Alexandre Benalla, conseiller du président de la République, qui est en cause, caché derrière son casque et déguisé en policier.

Pourquoi Benalla a-t-il commis ce genre de choses ? C’est la première fois qu’une telle affaire se produit et nous voudrions savoir qui l’a autorisé, qui a amené l’individu sur les lieux et qui lui a donné le brassard de police. Nous ne voudrions pas que nos collègues CRS qui agissent toujours en unités constituées et, ce jour-là, recevaient plein de projectiles, servent de boucs émissaires

Aujourd’hui, il est important de connaitre les missions et les fonctions de Alexandre Benalla et de Vincent Crase. Il semblerait qu’à l’Elysée il avait le titre de chef de cabinet et qu’il s’occupait de la sécurité rapprochée du Président, et était en fait son garde du corps.

Au sein de l’Elysée, il existe un service issu du Ministère de l’Intérieur dédié à la sécurité du président au quotidien et dans ses déplacements (SDLP et GSPR). Ce sont plusieurs dizaines de professionnels de la sécurité formés et aguerris. Or il y a des personnes qui ont des prérogatives difficiles à identifier et qui, de par leur positionnement et la voix qu’ils portent, ont une autorité naturelle sur des forces de sécurité intérieure qui devraient avoir, elles, cette autorité naturelle. La question a été posée dans un communiqué de presse  de savoir si ces gens doivent exister ou non alors qu’il y a des personnels payés pour cela.

Y a-t-il une défiance du président envers le service chargé de sa sécurité ?
La confusion des rôles et des missions de Benalla, l’ambiguïté de ses fonctions nous posent de graves problèmes sur la lisibilité des missions qu’ils donnent à nos collègues.
Des collègues policiers ont été suspendus et sont mis en examen pour avoir communiqué des informations à Benalla. Mais quand quelqu’un se présente comme émanant de l’autorité suprême et qu’il procède à des sollicitations auprès de policiers, il leur est extrêmement difficile de résister à ce genre de sollicitations.

En réponse à une question du président de la commission sur le projet de réorganisation des services de la présidence et de fusion du commandement militaire et du GSPR : il s’agit d’un « fait accompli » même s’il n’est pas abouti et qu’il n’y a rien d’écrit et comme souvent les projets présidentiels, il est « non négociable ». Il s’agit de couper le cordon avec le Ministère de l’Intérieur et de procurer une plus grande souplesse de recrutement des profils : contractuels, ex DGSE, ex militaires, personnels en disponibilité. Nous n’avons pas notre mot à dire alors que le GSPR n’a commis aucune faute.
On voulait créer une unité élyséenne en tant que structure interne à l’Elysée et ne dépendant plus des structures nationales. Il ne faudrait pas que ce projet serve de contrefeu à la crise en cours.

Enfin les relations de Benalla avec la CGE (Compagnie de Garde de l’Elysée) étaient très, très mauvaises. « Sans donner dans la caricature » il était exécrable et faisait état de ses fonctions et de son identité.

Il apparaît indispensable qu’il existe une doctrine concernant les observateurs.

Deuxième  audition : confédération CFDT

Présence du représentant des gardiens de la paix pour alternative police et du représentant du syndicat des cadres de la sécurité intérieure des officiers et commissaires de police.

Il est temps que le Ministère de l’Intérieur soit réformé. Il y a des bizarreries qui se sont produites et qu’on a laissé faire.

L’image de la police est touchée et des collègues ont été suspendus. Pendant deux mois et demi, ça a été considéré comme une bavure policière puisque l’individu était considéré comme un policier.

On ne voudrait pas que  l’extraction de la vidéo qui n’est qu’une « extrapolation » prenne le pas sur la vraie question de fond.
La présidence de la République dispose d’un corps de professionnels formés et aguerris pour sa sécurité. Pourquoi engager un conseil sécurité qui est opérationnel sur le terrain ?

Il ne doit pas y avoir de confusion des genres. Or, dans le cadre de CAP 22, on envisage de recruter des contractuels sur ces postes de sécurité. Ce qui pose des questions sur le respect des règles déontologiques qui sont le principe de base des policiers et à l’origine de 70 % des sanctions.

Si un tel incident avait concerné un gardien de la paix, une procédure administrative de sanction disciplinaire et pénale de l’article 40 du Code pénal aurait été immédiatement engagée. Pour Benalla cela n’a pas été fait. Pourquoi ? Il y a deux poids deux mesures.

Alexandre Benalla avait-il une fiche de poste ?
Pourquoi une  voiture de fonction Talisman équipée police alors que des collègues travaillent sur des voitures affichant 200 000 ou 300 000 km au compteur en mauvais état ?
Pourquoi un brassard de police qui engage la police ce qui donne une image négative de celle-ci ?
Pourquoi un badge d’accès à l’Assemblée nationale ?
Comment a-t-on pu nommer lieutenant- colonel un réserviste de la gendarmerie à 26 ans ? A cet âge on est expert de quoi ? C’est au bout de plusieurs années d’expérience que des collègues sont affectés dans de tels services. Dans cette affaire ce sont les membres de la réserve citoyenne qui sont salis.
En revanche on interdit aux officiers de police de porter leurs galons. Deux poids deux mesures.

Existe-t-il un problème de confiance à l’égard des forces de sécurité  qui regroupent 250 000 policiers et gendarmes? Sinon pourquoi aller chercher des agents de la sécurité privée pour intégrer la sécurité du président de la République. ? Il y a suffisamment d’experts dans la gendarmerie et la police nationale.

Jusqu’à aujourd’hui il n’y a jamais eu de problème avec les observateurs.

Il faut que la liste des membres de la réserve citoyenne soit transparente et publique. Pour l’instant c’est opaque. Pourquoi ? Nous avons saisi toutes les autorités et la CADA. Il n’y a pas de réponse. Combien y-a-t-il de Benalla ?

Des policiers ont été mis en cause et on n’a pas attendu deux mois et demi pourfaire une enquête et prendre des sanctions. Ce ne sont pas les hauts fonctionnaires qui ont été mis en cause. Il y a deux poids deux mesures.

Selon les règles des observateurs qui sont définies et qui n’ont jamais posé de problème, Benalla n’avait pas à bouger dans tous les sens et à intervenir. Il devait rester près de son référent. Qui était son référent ? C’était à lui d’intervenir.

La sécurité du président de la République est hautement régalienne. Pour assurer cette tâche, il existe des personnes formées et sélectionnées. Or Benalla faisait un peu ce qu’il voulait au ministère de l’Intérieur où il était comme un poisson dans l’eau. Il intervenait y compris quand il y avait de hauts responsables Si tel a été le cas au SDLP et au GSPR y-a-t-il eu des remontées au ministère de l’Intérieur pour dénoncer ces agissements ? Il a participé au debriefing du 1er mai. Cela pose des questions. Deux poids deux mesures

Selon les remontées des collègues il se comportait comme un « cador ». Tout devait lui être ouvert. Il « reprenait » les gens. Il intervenait sur les dispositifs

Nous avons eu des remontées sur son comportement. On l’a vu sur plusieurs opérations – comme à Roissy au pied des bus où il y a eu des incidents avec les forces de sécurité lorsque notamment un officier de gendarmerie a refusé d’obéir et lui a dit que c’était lui qui commandait et pas Benalla ou encore sur les Champs Elysées. Lorsqu’on est affecté à des tâches administratives on n’est pas sur le terrain.

Sur sa carte de visite, il y avait qu’il était adjoint au chef de cabinet. Cela ouvre des portes et forcément un policier se demande ce qui va lui arriver s’il s’oppose à un individu dont on ne connait pas la capacité de nuisance.

Il ne faudrait pas créer des choses nouvelles et des usines à gaz pour des épiphénomènes exceptionnels.

Troisième audition : Fédération UNSA

Présentation de la situation tendue et fragile au plan général de l’institution policière.

Reconnaissance du travail de haute qualité du Sénat sur la situation de l’institution policière.

Affirmation avec exemples à l’appui du bon fonctionnement du dispositif de mise en place des observateurs.

Les CRS  ignoraient la qualité de non-policier  de Benalla sinon ils ne lui auraient pas remis la personne arrêtée.

Les CRS n’étaient absolument pas débordés.

Alexandre Benalla a été perçu comme un agitateur courant partout  avec un comportement de nature à faire dégénérer une situation déjà tendue.

Les cadres de la Préfecture de police ne pouvaient pas ne pas connaitre Benalla qui était présent dans le paysage de la Préfecture d’une manière récurrente et où il venait très souvent pour des préparations de service d’ordre ou des débriefings. Les cadres de la préfecture le connaissaient comme une autorité  autoproclamée et non en tant que conseiller du président de la République et ne pouvaient s’opposer à sa présence.

Alexandre Benalla était présent lors de manifestations et services d’ordre même si cela ne concernait pas la présidence de la République alors qu’il existe un service spécifiquement dédié : exemple la panthéonisation de Simone Weil.

Dans ces conditions et dans cette affaire Benalla, dont la personne était connue de tous les cadres de la préfecture de police et ne pouvait pas être inconnu de la haute hiérarchie, on ne peut pas s’arrêter au niveau de Simonin, chef d’état-major adjoint de la préfecture de police et grand professionnel qui n’était pas au sommet de la hiérarchie.

Il y a eu des incidents, notamment lors du retour du car de l’équipe de France de football quand il s’est immiscé dans le dispositif de manière autoritaire et déplacée ce qui a provoqué des conflits avec les gendarmes et la police des frontières qui nous en a fait part. Il y a donc eu remontée. Avant, personne ne parlait car c’était une personnalité institutionnalisée.

On peut se poser des questions sur la question du grade de lieutenant-colonel attribué à un individu de 26 ans.

Quatrième audition : Force ouvrière

Intervenants : le secrétaire général et le secrétaire général délégué

Cette affaire, qui défraye la chronique auprès des policiers des policiers de terrain et des gardiens de la paix, a introduit une suspicion dans nos rangs et une rupture de confiance avec la hiérarchie policière, déjà palpable depuis trop longtemps.

Les policiers de terrain qui sont soumis à des contraintes effrénées ne comprennent pas qu’il ait fallu l’article du Monde et l’apparition de la vidéo pour qu’apparaissent les agissements ô combien condamnables de cet individu.

Les gardiens de la paix se posent des questions. On a l’impression d’être confrontés à une police parallèle dictée par certains et « j’utilise des mots très forts dont j’assume la pleine responsabilité» ni plus ni moins à des barbouzes.

Les policiers ne comprennent pas les passages de témoins qui ont eu lieu entre les responsables de la Préfecture de police. Ils ont du mal à comprendre comment la haute hiérarchie n’était pas au courant des agissements de Benalla et de ses comparses.

Il n’y a pas de statut d’observateur. Ils ont un casque pour seul équipement et ils n’ont  à intervenir dans aucun cas.

Concernant les relations entre Alexandre Benalla et ses collègues,(question posée par le rapporteur, Monsieur Sueur), le secrétaire général F.O. indique que depuis la fin de la semaine dernière les langues commencent à se délier. Alexandre Benalla faisait régner la terreur au sein du GSPR. Il semblerait d’après les propos rapportés, « car nous syndicalistes n’étions pas sur le terrain », que cette personne allait jusqu’à l’insulte envers les gardiens de la paix, les gradés et peut-être les officiers.

Normalement un policier n’a pas à obéir à quelqu’un qui ne relève pas de la hiérarchie policière. Il est inconcevable que l’on soit dans une situation pour le moins opaque où une personne peut s’imposer par une intimidation constante et récurrente pour réformer le système de sécurité de la présidence de la République notamment au fort de Brégançon. Benalla jouait de sa relation.

FO n’a pas été associée à ce débat d’une réforme. Une autre organisation syndicale s’est opposée légitimement à cette tentative de restructuration.

Des policiers ont accepté des ordres de cet individu ainsi que des quolibets et des insultes car ils étaient dans une chaine hiérarchique et cette personne qui faisait régner la terreurse présentait comme chef adjoint du cabinet de la présidence.

Pour des raisons compréhensibles, un policier qui a en face de lui une personne qui affirme qu’il a une relation constante et récurrente avec le président de la République s’opposera rarement.

A une question du sénateur Richard, il est répondu qu’il semblerait, selon les éléments en la possession du secrétaire général, qu’au sein du GSPR il y ait un groupe hors police et gendarmerie hors du champ régalien qui sont des civils et des privés. Ce sont des « vigiles » employés par la Présidence de la République.
Le président de la commission, Monsieur Bas, souligne que c’est une information importante et demande si le secrétaire général du syndicat FO peut sourcer ses dires.
Il lui est répondu que ces informations proviennent de représentants locaux et de délégués qui ont affirmé qu’il y avait un groupe    à l’origine de tensions.

Le président de la commission demande que lui soit indiqué le nombre de vigiles. Le secrétaire général ne peut donner le nombre précis s’engage à  répondre et à collecter les renseignements sans délai.

Il est demandé par un membre de la commission depuis quand existent ces agissements. Le secrétaire général ne peut le dire. Mais, depuis la semaine dernière, les langues se délient. Il y avait auparavant une chape de plomb et des refus de répondre liés au devoir de réserve.

Alexandre Benballa montrait sa carte à tout le monde, ce qui entravait les comptes-rendus. Dans toutes les manifestations où il était autorisé à aller, il essayait de prendre la main systématiquement auprès des gradés et des officiers. Il y a eu des tensions et il est arrivé qu’il ait été écarté. Il y a eu des couacs et des altercations avec la police et la gendarmerie.

A une question de la sénatrice Benbassa de savoir pourquoi une sécurité privée et pour quels objectifs, il est répondu que c’est au président de la République, à Benballa et au directeur de cabinet de répondre.

A une question posée par un sénateur de savoir si le secrétaire général avait rencontré A.Benballa, il a répondu oui une fois près de l’Elysée en janvier 2018 et qu’il avait cru que c’était un policier.

Y –a-t-eu précédemment des cas semblables d’usurpation d’autorité de la part d’un membre de la présidence de la République ? Non, a répondu le secrétaire général, jamais, jamais, jamais, jamais, jamais, jamais, jamais, il n’a été confronté à de pareils agissements.

La nomination au grade de lieutenant-colonel est une insulte pour les gendarmes. Le secrétaire général de FO insiste sur le fait qu’en moyenne pour passer de brigadier à brigadier-chef il faut au minimum 15 à 20 ans et dans la Creuse ou les Landes 35 à 40 ans Cette nomination est scandaleuse. L’expertise invoquée est irrecevable.

Enfin concernant la Contrescarpe, les effectifs des CRS étaient bien dimensionnés et ceux-ci, dont la compétence est reconnue dans le monde entier, maîtrisaient parfaitement la situation. Invoquer l’utilisation du Code pénal pour intervenir, comme le fait Alexandre Benalla, est un argumentaire à l’eau de rose.

Au terme de cette audition le président Bas a remercié FO pour la franchise et le courage de leurs propos.

André Posokhow
01/08/2018

Source : Correspondance Polémia

Crédit photo : Commission d’enquête du Sénat


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