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Quelle Amérique après l’élection de Donald Trump

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Le Monde est un journal français fondé par Hubert Beuve-Méry en 1944. ♦  C’est l’un des derniers quotidiens français dits « du soir », rangé parmi les quotidiens français « de référence ». (Source Wikipédia)

Ecrivains et historiens américains et français expriment leur inquiétude après la victoire de Donald Trump, le Sénat, la Chambre des représentants et la présidence se retrouvant dans les mains d’un seul parti.


Des intellectuels américains et français manifestent leur inquiétude après la victoire de Donald Trump à l’élection présidentielle américaine. L’écrivain et essayiste américain Paul Berman parle « d’effondrement » de toutes les institutions américaines. « Aucune crapule ni aucun charlatan ne s’est jamais hissé à la tête de l’un des principaux partis, ni ne s’est frayé un chemin jusqu’à la Maison Blanche. Des idiots, oui – il y en a qui sont parvenus à la Maison Blanche (…). Trump est sans précédent, et c’est pour cela que personne dans la classe politique n’a prédit qu’il réussirait. » Ce qui le conduit à s’interroger, sans trouver de réponse, sur l’avenir des Etats-Unis et des conséquences pour le monde.

Vient le temps des explications. Pour l’écrivain Thomas Chatterton Williams, le « ralliement désastreux à un représentant de commerce incompétent » est « une réaction de rejet des huit années de présidence Obama, comme si un grand nombre d’Américains blancs des deux sexes, après avoir vu la Maison Blanche occupée par une famille noire, cherchait à dévaloriser la fonction présidentielle jusqu’à la réduire à néant ».

Pour l’historien Denis Lacorne, M. Trump a bénéficié de la faible mobilisation d’une partie de l’électorat, en particulier hispanique et afro-américain. Il a su canaliser la colère, les angoisses et les peurs « des ouvriers blancs, peu éduqués, du Sud et surtout de la « Rust Belt » (« ceinture de la rouille »), et de toutes les victimes de la mondialisation en leur promettant d’édifier une Amérique forteresse, fondée sur la renégociation de tous les grands accords de libre-échange signés par les Etats-Unis ». Denis Lacorne insiste sur le levier du racisme utilisé par M. Trump relevant dans ses attaques « d’évidents relents d’antisémitisme » dans ses derniers spots publicitaires.

Parallèle avec la France

Dressant un parallèle avec la France, pour lui, cette victoire – qui « s’inscrit dans le mouvement plus vaste et plus puissant qui se propage à tout l’Occident et que l’on a vu à l’œuvre cet été avec le Brexit » – rend possible celle de Marine Le Pen à l’Elysée en 2017. Il est rejoint sur ce point par Seyla Benhabib, professeure de sciences politiques et de philosophie à l’université Yale (Connecticut) – inquiète de voir le Sénat, la Chambre des représentants et la présidence dans les mains d’un seul parti – qui ne serait pas surprise de possibles effets sur l’élection en France, avec Marine Le Pen.

L’historien spécialiste des Etats-Unis Jean-Christian Vinel estime que « la collaboration avec le nouveau titulaire de l’exécutif pourrait être plus facile à envisager qu’une difficile traversée du désert. Par nature, le conservatisme américain a toujours fabriqué des compromis visant à contenir les tensions importantes entre ses différentes factions ».

De plus, l’abrogation de l’Affordable Care Act [loi sur la protection des patients et les soins abordables, promulguée par Barack Obama en 2010], ou les questions concernant la législation sur l’immigration pourraient rapprocher, pour un temps, M. Trump des élites républicaines.

Le Monde.fr
10/11/2016

http://www.lemonde.fr/idees/article/2016/11/10/quelle-amerique-apres-l-election-de-donald-trump_5028858_3232.html – VYsXV36VGtC31S4b.99

Sur ce même thème, lire aussi les articles : « Un effondrement sans précédent de toutes les institutions américaines » de Paul Berman, traduit de l’anglais par Gilles Berton ; « Demain la France », de Thomas Chatterton Williams, traduit de l’anglais par Juliette Kopecka » ; «  Un compromis envisageable avec l’appareil du Parti Républicain », de Jean-Christophe Vinel.(Le Monde du 11/11/2016 p.23)

Correspondance Polémia – 11/11/2016

Image : Pour l’historien Jean-Christian Vinel, « par nature, le conservatisme américain a toujours fabriqué des compromis visant à contenir les tensions importantes entre ses différentes factions » (Photo: Donald Trump sur l’écran video géant de la Convention Nationale Républicaine de Cleveland, Ohio). Darcy Padilla/ VU pour Le Monde