Articles

Transall

Invasion migratoire – Chroniques d’Allemagne : la crise des réfugiés se politise (4e partie)

Print Friendly

Presse Allemande

♦ Face à la crise des réfugiés, la stratégie déployée par le gouvernement allemand et ses relais apparaît clairement et la question que peuvent se poser aujourd’hui les Allemands ne serait-elle pas : « Angela Merkel, toujours chancelière au 31 décembre ? »
Polémia


• Maçonnerie de crise & calinothérapie : préserver le parti, l’Union, la coalition

Le 1er volet consiste à étayer et consolider un parti et une union qui se lézardent, en évitant autant que possible la fuite des électeurs et des élus.

Crise des réfugiés : Merkel appelle l’un des signataires de la lettre de mise en garde. (Frankfurter Allgemeine Zeitung 23 oct.)
La chancelière fédérale a, de manière inattendue, pris contact avec l’un des conseillers territoriaux de Rhénanie du Nord-Westphalie signataires de la lettre de mise en garde qu’elle a reçue sur la crise des réfugiés. Merkel a reçu par ailleurs, en provenance d’un autre Bundesland, du courrier de compagnons du parti, visiblement inquiets.

• Stratégie déclaratoire, la carotte : convaincre le « deutscher Michel » (équivalent de notre Monsieur Dupont).

Le 2e volet consiste à convaincre les simples citoyens que la puissance publique se déploie pour le protéger, et renvoyer au plus vite ceux qui ne peuvent, du fait de leur pays d’origine – pays considérés comme sûrs – ou des crimes ou délits qu’ils auraient commis, prétendre à l’asile politique.

Le coordinateur pour les réfugiés, Peter Altmaier, promet des expulsions plus rapides. (Frankfurter Allgemeine Zeitung 23 oct.)
Peter Altmaier, coordinateur pour les réfugiés de la chancelière fédérale, déclare que les autorités veulent s’améliorer rapidement dans l’exécution des expulsions. C’est pourquoi le nouveau droit d’asile pourrait même entrer en vigueur plus rapidement. [Il sera en vigueur dès le lendemain 24 octobre, soit avec une semaine d’avance – NDT]

Expulsion de réfugiés : le conte de fées des Transall. (Frankfurter Allgemeine Zeitung 23 oct.)
Des réfugiés pourraient être à l’avenir expulsés avec des Transall, rapportent de nombreux journaux. Les Länder et le gouvernement fédéral en auraient discuté. L’histoire d’un plan qui n’en a jamais été un.

Thomas de Maizière : la coalition se met d’accord sur les « zones de transit ». (Handelsblatt 23 oct.)
Les détails sont encore ouverts, mais la coalition s’est mise d’accord : les « zones de transit » vont être mises en place, affirme le ministre de l’Intérieur fédéral Thomas de Maizière. Le vice-chancelier Sigmar Gabriel en reste à son « non ». [Le soir du 23 octobre, on évoquait à la radio un accord a minima sur l’enregistrement des réfugiés à l’entrée sur le territoire allemand ; l’expression « zone de transit » a disparu des discours des ministres de l’Intérieur (CDU) et de la Justice (Maas, SPD) ; la chancelière n’a jamais fait mystère de son scepticisme sur cette disposition, qu’elle a pourtant discutée à Bruxelles – NDT]

• Répression, le bâton : isoler la dissidence, prévenir le ralliement du « deutscher Michel»

 Le 3e volet consiste, par la classique « reductio ad Hitlerum », à rejeter dans les ténèbres extérieures tout ce que l’on peut rattacher, d’une manière ou d’une autre, à la galaxie « xénophobe » : PEGIDA, LEGIDA, AfD, etc., et à avertir, à mots à peine voilés, les simples citoyens – désignés par l’expression « besorgte Bürger », citoyens inquiets – du risque qu’ils encourent à s’associer à certaines manifestations ou activités.

Critique télé Maybrit Illner : La chasse à l’ennemi politique a commencé. (Frankfurter Allgemeine Zeitung 23/10)
Désormais, dans la crise des réfugiés, il n’est plus question des faits. Comme l’a montré l’émission de Maybrit Illner, le 22 octobre, elle est utilisée, bien plus, pour la chasse à l’ennemi politique.

Crise des réfugiés : deux ans de prison pour des appels à la haine sur Facebook. (Frankfurter Allgemeine Zeitung 22 oct.)
Sur son profil Facebook, il appelait à « mettre Merkel au poteau ». Pour cela, un homme de 31 ans est condamné à la prison.

Ministre de la Justice Maas : la violence xénophobe est une honte pour notre pays .(Francfurter Allgemeine Zeitung 21 oct.)
Le ministre de la Justice Heiko Maas appelle à appliquer la loi dans toute sa dureté contre les auteurs d’actes de violence xénophobes. Il réagit ainsi à un rapport de l’Office criminel fédéral (BKA), qui mettait en garde contre des attentats visant réfugiés et hommes politiques.

Selon le spécialiste des extrémismes Funke, « Il y a assez d’éléments matériels à caractère xénophobe pour interdire PEGIDA ». (Frankfurter Allgemeine Zeitung 21 oct.)
Les paroles de haine et l’atmosphère xénophobe lors des manifestations de PEGIDA et sur Internet n’inquiètent pas que le seul ministre de l’Intérieur de Maizière. Dans une interview à la FAZ.NET, le chercheur et spécialiste des extrémismes Funke évoque même la fin de la République de Weimar.

Selon le président de la conférence des ministres de l’Intérieur (IMK) Lewentz, « le Verfassungsschutz [organe de protection de la constitution] doit surveiller PEGIDA ». (Frankfurter Allgemeine Zeitung 21 oct.)
La haine des partisans de PEGIDA pourrait se propager, craint le président de la conférence des ministres de l’Intérieur. Cependant, le ministre de l’Intérieur de Rhénanie-Palatinat voit peu de chance que le mouvement soit  interdit.

Alternative für Deutschland (AfD) : le SPD et Die Linke repoussent l’AfD aux confins des nazis. (Handelsblatt 23 oct.)
Le fait que la tête de l’AfD ait pris ses distances de Höcke, son représentant au Landtag de Thüringe, n’émeut pas beaucoup les partis établis. Le vice-chancelier Gabriel considère d’ailleurs le parti comme « ouvertement de droite radicale ».

Selon Sigmar Gabriel, « L’AfD et le NPD cherchent à soulever les foules ». (Handelsblatt 23 oct.)
La police a déjoué plusieurs attentats de la droite radicale. La pression augmente. Sigmar Gabriel le sait, et parle de l’AfD comme d’une « droite ouvertement radicale ».

• Mais la crise continue

Critique Télé Maybrit Illner : à la recherche des responsables. (Frankfurter Allgemeine Zeitung 16 oct.)
Le débat sur le droit d’asile chez Maybrit Illner montre des réfugiés qui s’ennuient et des responsables politiques communaux dépassés. Compte tenu de la situation, une nouvelle question se fait jour : Angela Merkel sera-t-elle encore chancelière à Noël ?

La CDU dans la crise des réfugiés : les doutes sur la patronne croissent. (Frankfurter Allgemeine Zeitung 22 oct.)
L’assentiment en chute libre pour la politique des réfugiés d’Angela Merkel provoque des tensions au sein de l’Union. De nombreux députés craignent déjà pour leur réélection – et placent leur espoir en Wolfgang Schäuble. A raison ?

Réfugiés des Balkans de l’Ouest : y en aura-t-il bientôt moins ?.(Frankfurter Allgemeine Zeitung 22 oct.)
Il y a quelques semaines, on disait que le nombre des migrants en provenance des Etats de l’ouest des Balkans allait diminuant. Mais les apparences sont trompeuses. Il y a des succès durables dans le seul cas du Kosovo.

What’s Right? Protégez nos frontières ! (Handelsblatt 23 oct.)
La crise des migrants s’épanouit en drame historique. Il arrive des masses toujours plus nombreuses d’immigrants. Ce weekend, un sommet extraordinaire de l’UE doit discuter de mesures d’urgence. Il est grand temps de verrouiller les frontières.

Crise des réfugiés : Palmer remet ça et est courtisé par l’AfD. (Frankfurter Allgemeine Zeitung 22 oct.)
Le maire de Tübingen, Palmer, maintient ses déclarations controversées sur la crise des réfugiés : « La chancelière ne peut pas dire sans arrêt “Wir schaffen das” et ne rien faire », déclare l’homme politique écologiste. L’AfD lui propose l’asile politique.

Crise des réfugiés en Europe : la Suède brûle. (Handelsblatt 23 oct.)
Longtemps, la Suède a accueilli avec générosité des réfugiés. Mais désormais le pays n’en peut plus et l’opinion bascule – avec son lot d’incendies et un attentat à caractère raciste. Le gouvernement en a tiré les conséquences.

Réfugiés en Suède : les limites d’une grande puissance. (Frankfurter Allgemeine Zeitung 23 oct.)
Si l’on se rapporte à sa population, la Suède accueille un bien plus grand nombre de réfugiés que l’Allemagne. Cependant, pour le gouvernement social-démocrate, les limites du possible sont désormais atteintes.

Conseils de Croatie : « Vous brassez de l’air pour rien. Il faut juste les laisser passer ». (Die Welt 23 oct.)
Sans faire de pause, ils cherchent rapidement à gagner l’Allemagne : 14.000 réfugiés, un nouveau record, sont arrivés vendredi en Slovénie. La Croatie recommande à ses voisins « un peu plus de rationalité ».

En conclusion, on constate (mais n’est-ce pas coutumier ?) que, devant une situation difficile, nos voisins d’Outre-Rhin sont énergiques et concrets. Puissions-nous augurer le même comportement chez nos « élites ».

Un contributeur résidant en Allemagne,
grand lecteur de la presse locale.
23/10/2015

Voir :
Invasion migratoire : Polémia vous révèle ce que les médias vous cachent sur l’Allemagne (1re partie)
Invasion migratoire : Polémia vous révèle ce que les médias vous cachent sur l’Allemagne (2e partie)
Invasion migratoire : Polémia relève les grandes tendances dénoncées par la presse allemande. (3e partie)

Correspondance Polémia – 24/10/2015

Image : Décollage d’un Transall. – Le Transall avec ses 60 places assises est à peine adapté pour expulser l’ensemble des « réfugiés » indésirables.