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Xavier Bertrand, l’homme qui veut cocufier la droite

Xavier Bertrand, l’homme qui veut cocufier la droite

Par Camille Galic, journaliste et essayiste ♦ Soutenir ou non Xavier Bertrand dans la course à L’Élysée ? Débat fratricide chez Les Républicains dont le bureau politique s’est déchiré le 6 juillet avant de renvoyer la patate chaude au 25 septembre.

 

Dans une tribune publiée par le Figaro, le président des sénateurs LR, le Vendéen Bruno Retailleau, et trois présidents de région confortablement reconduits le 27 juin — Valérie Pécresse en Ile-de-France, Laurent Wauquiez en Auvergne-Rhône-Alpes et Hervé Morin en Normandie — avaient en effet appelé la direction du parti à organiser, comme en 2016, «un vote populaire […] ouvert à tous les sympathisants de la droite et du centre», estimant que «la confrontation des arguments et des personnalités de la droite et du centre est non seulement inévitable mais souhaitable ». Mais à peine cette tribune avait-elle paru que Guillaume Peltier, vice-président du parti (poste dont il vient d’être débarqué), récusait dans Le Parisien toute idée de primaire, et exhortait le peuple LR à « soutenir avec force, dès aujourd’hui, le mieux placé d’entre nous, le seul capable de battre Emmanuel Macron et de faire gagner la droite », avant de conclure : « J’apporte mon soutien à Xavier Bertrand » et à « l’équipe de France » qu’il constituera autour de lui.

Pour Xavier Bertrand : plutôt les communistes que les Identitaires !

Issu du Front national puis du MNR et ancien villiériste réputé proche du maire de Béziers Robert Ménard, Peltier est classé à la droite de LR. Ne déclarait-il pas avant les régionales qu’« [il ne se] lève pas le matin contre le Rassemblement national » ? Il qualifiait le front républicain d’« imposture » et affirmait que, en cas de duel Macron-Le Pen à la présidentielle, il voterait blanc. On comprend donc mal que, quelques semaines plus tard, il se soit aligné sur un politicien qui ne fait pas mystère de ses sympathies pour la gauche et qui, du reste, claqua la porte des Républicains en 2017, trouvant leur président d’alors, Laurent Wauquiez, « trop droitier ».

« Il vaut mieux être avec les communistes qu’avec les Identitaires », déclarait même Xavier Bertrand le 27 juin à L’Express après avoir tacitement invité ses partisans à voter aux élections départementales pour les binômes communistes quand ceux-ci étaient opposés à des candidats du Rassemblement national.

C’est sans doute son droit mais, en ce centième anniversaire du Parti communiste chinois qui a profité de cet anniversaire glorieux pour renforcer sa tyrannie (et arrondir encore le butin accumulé par sa nomenklatura), le président réélu des Hauts-de-France oublie-t-il le sinistre bilan — cent millions de morts — du marxisme-léninisme ? Bilan détaillé par Stéphane Courtois, documents et preuves à l’appui dans le monumental Livre noir du communisme (éd. Robert Laffont, 930 pages, 27 euros), qui causa un choc en 1998, puis dans La Terreur rouge, publié en mai 2021 par Jean-Gilles Malliarakis et Charles Culbert aux éditions du Trident (230 pages, 20 euros franco), sans parler du hors-série 100 ans d’inhumanité, 100 millions de morts, édité par le quotidien Présent en janvier dernier (à commander à la « boutique » de Présent).

En fait, Xavier Bertrand n’ignore rien de ce lourd passif mais cela n’empêche pas les sentiments. Secrétaire général de l’UMP, il signa ainsi le 22 octobre 2009, à l’occasion d’une visite à Pékin, un accord entre son parti et le Parti communiste chinois, accord censé renforcer les relations entre les deux partis. Ce texte fit bien grincer quelques dents chez les gaullistes mais permit à Bertrand d’enrichir son carnet d’adresses et de s’assurer quelques solides amitiés ; chose toujours utile quand on brigue un destin plus prestigieux que celui de maire de Saint-Quentin.

Virage sur l’Europe

Poursuivant son panégyrique du président des Hauts-de-France, ancien agent d’assurances devenu à l’en croire le « candidat naturel » des Républicains, le « droitier » Peltier s’émerveille : « Il n’appartient pas au microcosme parisien, il n’a pas fait l’ENA, n’est pas haut fonctionnaire, il est le président d’une grande région populaire depuis six ans. » A ces qualités, le courtisan aurait pu en ajouter une (qu’il partage) : sa virtuosité à tourner casaque.

Ainsi, farouchement opposé en 1993 au traité de Maastricht, Bertrand se fit en mai 2005 l’avocat du oui lors du référendum sur la Constitution européenne — rejetée par 54,6% des Français dont le vote, tenu pour nul et non avenu par Nicolas Sarkozy élu à l’Élysée, sera annulé par une révision de la Constitution française autorisée le 4 février 2008, par le Parlement réuni en Congrès. Tout de passe-passe constituant une insulte au peuple souverain.

La volte-face de Bertrand s’expliquait-elle par le fait que, ministre (de la Santé et des Solidarités en 2005 sous Chirac-Villepin puis du Travail, des Relations sociales et de la Solidarité sous Sarkozy-Fillon), l’intraitable Bertrand voulait complaire à ceux qui lui avaient offert ces portefeuilles prestigieux ? Ou suivait-il les injonctions du Grand Orient dont, initié à la Loge d’Iris, il était membre depuis 1995 avant, prétend-il, de prendre ses distances en 2012 ?

On retiendra en tout cas de son passé ministériel à des postes ô combien stratégiques s’agissant de la défense des Français et de leurs intérêts les plus légitimes, il ne fit rien, bien au contraire, pour rétablir un semblant de préférence nationale et alléger le poids de l’immigration-invasion (cf. Giscard) sur les chiffres du chômage et le déficit des régimes sociaux. Au contraire, il ne cessa de flétrir toute initiative ou prise de position dans ce sens, aussitôt disqualifiées comme racistes. D’ailleurs, officialisant au soir du second tour des régionales sa candidature à la présidentielle, Bertrand ne se vantait-il pas d’avoir dans son fief « brisé les mâchoires du Front national » (lapsus volontaire), avec l’aide d’une certaine gauche grâce à laquelle il est passé de 41,42% des suffrages le 20 juin à 52,37% une semaine plus tard ?

Face à Macron, où est donc passée la Droite ?

La tardive découverte de l’« insécurité » par Xavier Bertrand

Mais, lors de cette allocution du 27 juin décrite comme « historique » par ses partisans, c’est le même homme qui, estimant que sa victoire lui « donnait la force d’aller à la rencontre de tous les Français », leur tenait un discours martial. « Pour redresser notre pays, psalmodia donc le président des Hauts-de-France, il y a un préalable : le rétablissement de l’ordre et du respect. L’insécurité mine la République et la défigure, et ce sont les plus modestes les premières victimes. ». En commençant par ceux qui, en s’abstenant de voter, auraient émis un cri : « C’est le cri de la France qui compte chaque euro pour boucler ses fins de mois. C’est le cri de la France à qui on demande toujours plus d’efforts et qui ne reçoit en retour que mépris ou indifférence. C’est le cri de la France qui respecte les règles et qui voit que partout on piétine impunément la loi ! »

C’est beau comme l’antique ou, plutôt, comme du Jean-Marie Le Pen, qui répéta si longtemps, clamant dans le désert — peut-être trop tôt — que « la sécurité est la première des libertés ». Mais avec le Grand Remplacement, les temps ont changé.

L’ami des communistes a bien lu le géographe Christophe Guilluy et le sociologue québécois Mathieu Bock-Côté et il a compris, mieux que la direction du Rassemblement national, que « les thèmes qu’on associe traditionnellement à la droite reviennent à l’avant-scène, parce que le pays se décompose et qu’il n’est plus possible de chanter le récit de la diversité heureuse ».

Bruno Mégret : « La droite doit en finir avec le politiquement correct »

Il change donc radicalement de langage et il semble que pas mal de nos compatriotes y soient sensibles puisque, crédité le 20 juin de 14 % des intentions de vote pour le premier tour de 2022, Bertrand est désormais le candidat de droite le mieux placé avec 18 %, derrière Emmanuel Macron (24 %) et Marine Le Pen (26 %) qu’il serait cependant susceptible d’éliminer au printemps prochain pour affronter le président sortant… qu’il battrait aisément, avec 52 % des suffrages — obtenant même 61 % des voix en cas d’élimination de Macron et de duel subséquent avec la président du Rassemblement national. Du moins selon le baromètre IFOP Fiducial pour LCI et Le Figaro publié le 4 juillet, et ne tenant pas compte d’une éventuelle candidature Zemmour.

Après le plantage des instituts de sondages sur les régionales, en particulier concernant la région PACA, de tels chiffres sont évidemment à prendre avec des pincettes. Mais l’histoire de la Ve République nous a appris qu’après un chef de l’Etat flamboyant, les électeurs privilégiaient souvent un président « normal », au physique de monsieur tout le monde, comme l’est Bertrand, pot à tabac de 1,69 mètre.

De plus, comme le confiait au Figaro du 2 juillet l’un de ses proches, le « candidat naturel » a un « jeu de jambes assez large » : « il peut mordre sur l’électorat du Rassemblement national, et convaincre jusqu’à des électeurs de gauche. » D’autant que si la cote monte encore à mesure que le candidat occupera — le temps d’une campagne, exclusivement — les positions nationalistes, souverainistes et en un mot « viriles » abandonnées par Marine Le Pen, cela encouragera les ralliements au vainqueur putatif, tel celui de Guillaume Peltier se voyant déjà à la tête d’un important ministère, voire à Matignon.

Et la France qui souffre, celle des Gilets jaunes qui « comptent chaque euro » ? La présidentielle passée, elle ne recueillera « que mépris ou indifférence ». Une fois de plus. Une fois de trop.

Camille Gallic
11/07/2021

Source : Correspondance Polémia

Crédit photo : Thomas Bresson [CC BY 3.0]

Camille Galic

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