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Ukraine. La désinformation n’est jamais à sens unique

Ukraine. La désinformation n’est jamais à sens unique

par | 1 mars 2022 | Europe, Géopolitique, Société

Par Pierre Boisguilbert ♦ La guerre en Ukraine passionne et les analyses se multiplient, sur Polémia comme ailleurs. Rappelons bien que des points de vue différents sur ce conflit doivent pouvoir s’exprimer et que la publication par nos soins d’un texte ne vaut pas accord plein et entier. Nous partageons aujourd’hui avec nos lecteurs le texte de Pierre Boisguilbert qui évoque la désinformation qui fait rage de tous les côtés.
Polémia

 

L’emballement médiatique est incontrôlable. L’enthousiasme de l’idéologie du bien peut désinformer, comme les mensonges des totalitaires.

Hilter et Otan

Il y a un point commun entre Poutine et nos médias : ils voient des nazis partout. C’est vrai de Poutine qui veut dénazifier l’Ukraine. Il est dans la suite du récit historique soviétique sur la grande guerre patriotique. Qui peut croire que l’Ukraine soit un pays nazi au cœur de l’Europe avec un président ancien acteur juif ? Il n’en reste pas moins que des ultranationalistes aux racines historiques favorables aux Allemands d’Hitler participent à l’actuelle gouvernance ukrainienne. Il est certain que Poutine est psychorigide et dans une autre vision du monde. Mais le réduire à un dictateur fou, déstabilisé par la Covid et capable d’appuyer à tout moment sur le bouton nucléaire est bien sûr se condamner à se couper de toute rationalité. C’est Hitler et donc on ne discute pas avec Hitler. C’est très dangereux et sans autre issue que la guerre. Et pourtant il faut revenir à la paix. Cela ne se fera qu’en analysant les causes d’une guerre issue d’un conflit de plus de huit ans, qui a fait 14 000 morts. Qui se soucie des souffrances des Ukrainiens pro-Russes du Donbass ? Qui remet en cause l’irresponsabilité de l’OTAN dans sa volonté d’extension à l’est. Il y a peut-être un coupable, mais plusieurs responsables ; au fil des jours, nos médias l’oublient ou l’occultent.

Excès de triomphalisme

Dangereux aussi l’enthousiasme va-t-en-guerre démocratique. Présenter la résistance de Kiev comme victorieuse des Russes avant même que la bataille de Kiev n’ait commencé en est un exemple. On pourrait se souvenir de « la route du fer est coupée » de Paul Reynaud. La compassion légitime pour les réfugiés occupe dans nos médias une place qui empêche l’analyse au profit de l’émotion permanente et instrumentalisée. La présentation de mercenaires de Wagner payés pour tuer le président russe fait penser au Viagra pour les soldats violeurs de Kadhafi ou aux sauvages irakiens tuant des prématurés dans les couveuses koweïtiennes. Il semble qu’au niveau de la prudence face au sensationnalisme on ne tire décidément leçon de rien.

Que penser de ces journalistes français qui ne se cachent pas qu’ils voudraient que l’on bombarde la Russie comme hier la Serbie pour sauver l’Ukraine à l’égal du Kosovo. Le tout sans rappeler que l’Otan a donc déjà fait la guerre contre un pays européen qui voulait conserver son intégrité territoriale et sa terre historique d’origine. La Russie n’est pas la Serbie, elle a l’arme atomique. L’hystérie provoquée par l’allusion de Poutine à son arsenal stratégique aura été à grand-peine relativisée au fil des heures. Les médias depuis la pandémie ont bien compris que la peur était bonne pour l’audience. Ils font peur au risque de désinformer, comme pour le début de la vague Omicron dont plus personne ne parle. Poutine n’a pas terrassé l’Ukraine mais il a terrassé la médiatisation de l’épidémie.

Propagande tchétchène

On n’a vu qu’une fois une image terrifiante, celle de la mobilisation de combattants tchétchènes pour marcher sur l’Ukraine. L’homme fort de cette petite République du Caucase, Ramzan Kadyrov, proche de Vladimir Poutine, a décidé l’envoi de troupes en Ukraine pour venir en aide à l’armée russe. L’annonce a été faite dans la capitale de la Tchétchénie, Grozny. Ramzan Kadyrov s’est adonné à une grande mise en scène, avec des milliers de combattants. « Je saisis l’occasion pour conseiller au président Zelensky, jusqu’à ce qu’il soit l’ancien président de l’Ukraine, d’appeler notre président, le commandant en chef Vladimir Vladimirovitch Poutine, et de lui présenter ses excuses », a-t-il notamment déclaré à la tribune. Cette image aurait mérité mieux. Et l’annonce que les combattants ukrainiens ont enduit de graisse de porc leurs balles pour dissuader les Tchétchènes musulmans de se battre montre bien le poids de la propagande dans chaque camp.

Nous avons le droit et même le devoir de ne pas croire Poutine, mais nous avons le droit aussi de nous méfier de nos propres médias qui ne sont jamais avares en désinformation pour le bien naturellement, mais désinformation tout de même.

Pierre Boisguilbert
01/03/2022

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