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Quelle politique migratoire pour la France ? – De l’abandon de l’assimilation à l’échec de l’intégration

Quelle politique migratoire pour la France ? – De l’abandon de l’assimilation à l’échec de l’intégration

Par André-Victor Robert, haut fonctionnaire ♦ Dans une étude précieuse – que Polémia publie en 6 parties tant elle est importante et complète – André-Victor Robert analyse en profondeur la politique migratoire que devrait adopter la France. Dans cette quatrième partie, ce haut fonctionnaire s’attaque à une question complexe, celle de l’échec de l’intégration. Retrouvez l’intégralité de l’étude au format PDF en cliquant sur ce lien.
Polémia

1. Délinquance et criminalité

Les immigrés et les étrangers – en particulier ceux originaires d’Afrique – sont très nettement sur-représentés parmi les auteurs d’actes délictueux ou criminels (ce qui bien sûr ne signifie pas que tous les immigrés sont des délinquants, ni que les français nés en France sont tous exempts de reproches !). On dispose de plusieurs sources statistiques pour rendre compte de ce phénomène.

Les statistiques de la police et de la gendarmerie permettent de distinguer les personnes mises en cause selon leur nationalité (mais pas selon leur lieu de naissance, et ne permettent donc pas de distinguer immigrés et non immigrés). En 2019, les ressortissants de pays africains représentent 3 % de la population résidant en France, mais ils représentent 8 % des mis en cause pour homicide, 9 % des mis en cause pour coups et blessures volontaires, 9 % des mis en cause pour violences sexuelles, et 7 % des mis en cause pour vol violent sans arme. De manière analogue, les ressortissants étrangers représentent en avril 2020 près d’un quart des détenus, ce qui est bien davantage que la part des ressortissants étrangers dans l’ensemble de la population (7,4 % en 2019, 7,7 % en 2021).

Tableau : répartition par nationalité des personnes mises en cause en 2021, en %

  France UE28 hors France Europe hors UE28 Afrique Asie Autre
Ensemble de la population : 92% 2  % 0  % 3% 1% 1%
Personnes mises en cause :            
Homicides 79  % 4  % 1  % 8  % 2  % 7  %
Coups et blessures volontaires 85  % 3  % 1  % 9  % 2  % 1  %
Violences sexuelles 87  % 2  % 1  % 8  % 2  % 1  %
Vols avec armes 83  % 3  % 1  % 7  % 3  % 4  %
Vols violents sans arme 83  % 3  % 1  % 6  % 4  % 4  %
Vols sans violence contre des personnes 87  % 3  % 1  % 6  % 2  % 1  %
Cambriolages 93  % 2  % 0  % 2  % 1  % 1  %
Vols de véhicules 91  % 2  % 0  % 4  % 1  % 1  %
Vols d’accessoires et dans les véhicules 91  % 4  % 1  % 4  % 1  % 1  %
Destructions et dégradations 92  % 2  % 0  % 3  % 1  % 2  %
Trafic de stupéfiants 88  % 2  % 1  % 7  % 1  % 1  %
  %Escroqueries 92  % 2  % 0  % 4  % 1  % 2  %

Source : Ministère de l’intérieur – SSMSI (2022) (et Insee pour les chiffres relatifs à l’ensemble de la population).

Nota : chiffres non disponibles pour la catégorie « Destructions et dégradations volontaires ».

Si l’on s’intéresse maintenant aux immigrés et non plus aux étrangers, on dispose de données ponctuelles, plus anciennes, mais qui vont dans le même sens. En 1999, les personnes nées hors de France représentaient 23 % des détenus, alors que la part de ces personnes dans la population en France était de 12,5 % (Cassan et alii, 2000). 11,6 % des détenus à cette date sont nés au Maghreb, alors que la part des natifs du Maghreb dans la population française n’est que de 5,4 %. Un point intéressant : Hugues Lagrange (2007) montre que la sur-délinquance des personnes originaires du Maghreb et d’Afrique sub-saharienne persiste, à milieu social et taille de la fratrie donnés : autrement dit, ce n’est donc pas seulement parce que les individus originaires du Maghreb et d’Afrique sub-saharienne sont issus de familles plus pauvres et de plus grande taille que la moyenne qu’ils sont davantage impliqués dans les crimes et délits, les conditions sociales n’expliquent pas tout.

Il serait également intéressant de connaître la part des enfants d’immigrés[1] – au sein de la population carcérale ou au sein des personnes mises en cause pour crimes ou délits – mais nous n’avons pas trouvé de statistiques officielles à ce sujet. Il y a là incontestablement une marge de progression pour la statistique publique. Patrick Stefanini (2021) explique bien – dans le cas du terrorisme – pourquoi on ne peut se contenter de distinguer entre Français et étrangers, puisque la majeure partie des Français impliqués dans des affaires terroristes sont issus de l’immigration.

2. École et emploi

Les enquêtes PIAAC, menées par l’OCDE, permettent – notamment – de mesurer les compétences comparées des natifs et des immigrés en « numéracie » et « littéracie ». En France comme dans les autres pays de l’OCDE, les performances des immigrés sont significativement inférieures à celles des natifs. Encore conviendrait-il sans doute de distinguer les immigrés selon leur pays ou région d’origine, ce détail n’est pas fourni par la publication en ligne sur le site de l’OCDE que nous avons pu consulter[2].

La réussite scolaire des enfants d’immigrés est très liée au niveau culturel de la famille ainsi qu’au pays d’origine des parents (Caille et alii, 2016) : les enfants des immigrés d’Asie sud-est réussissent très bien (mieux même que les natifs, comme quoi l’idée que les migrants seraient discriminés en la matière ne tient guère la route…), tandis qu’à l’autre extrême du spectre de la réussite scolaire on trouve les enfants des immigrés originaires de Turquie et des pays d’Afrique sub-saharienne, particulièrement ceux du Sahel.

Les immigrés, en particulier ceux originaires de Turquie et d’Afrique, entretiennent en outre un rapport plus distant avec le marché du travail que les non-immigrés, ainsi que l’illustre le tableau ci-dessous : parmi les personnes immigrées âgées de 15 à 64 ans, en 2019, 31,8 % sont inactives (la proportion correspondante chez les non-immigrés est de 27,9 %), et parmi celles d’entre elles qui sont actives, 13,8 % d’entre elles sont au chômage chez les immigrés à comparer avec 7,9 % chez les non-immigrés (groupe qui inclut – on le rappelle – les enfants d’immigrés nés en France). Si l’on concentre l’attention sur les 25-54 ans, tranche d’âge où l’activité professionnelle est censée être maximale, 64,8 % des immigrés sont en emploi à comparer avec 82,8 % des non immigrés.

S’agissant des descendants d’immigrés, on dispose de chiffres un peu plus anciens mais qui vont dans le même sens (Minni et Okba, 2014) : en 2012, au sein des hommes âgés de 30 à 54 ans, seuls 73 % des immigrés et 72 % des descendants d’immigrés originaires d’Afrique sont en emploi, alors que la proportion est de 89 % chez les personnes non issues de l’immigration.

41 % des immigrés ont aucun diplôme ou un faible niveau de diplôme alors que la proportion correspondante n’est en moyenne que de 29 % dans les autres pays de l’OCDE[3].

Le taux de chômage plus élevé des immigrés est-il le résultat d’une discrimination qui s’exercerait à l’encontre des immigrés ? On ne peut l’exclure a priori, toutefois les expériences de testing menées en la matière, analysées en détail par Obertone (2018), n’aboutissent pas toujours aux résultats « attendus » : ainsi dans l’étude de testing menée par L’horty et alii (2017) relative à l’accès à l’assurance automobile, c’est le profil « jeune d’origine française mais résidant en quartier prioritaire de la politique de la ville » qui se trouve discriminé par rapport à des profils issus de l’immigration !

Tableau : Inactivité, chômage et emploi des immigrés par origine géographique en 2019, en %

Pays Inactifs Actifs  
étudiants Autres inactifs Total Chômeurs Actifs occupés taux de chômage
Europe 4,9 21,9 26,8 6,4 66,8 8,7
   Espagne 7,2 31,9 39,2 4,3 56,5 7,1
   Italie 7,7 27,0 34,6 5,8 59,6 8,8
   Portugal 1,5 18,9 20,4 4,6 75,0 5,8
   Royaume-Uni 10,4 19,1 29,6 6,4 64,0 9,1
   Autres pays de l’UE à 28 4,1 19,3 23,4 7,6 69,0 9,9
   Autres pays d’Europe 9,0 25,3 34,3 8,6 57,1 13,1
Afrique 4,2 28,9 33,1 11,3 55,6 16,9
   Algérie 3,3 31,1 34,4 11,0 54,6 16,8
   Maroc 3,7 34,1 37,8 11,2 51,1 18,0
   Tunisie 2,5 31,3 33,9 11,4 54,8 17,2
   Autres pays d’Afrique 5,8 22,4 28,1 11,6 60,3 16,1
Asie 7,5 28,3 35,9 8,1 56,0 12,6
   Turquie 4,6 35,9 40,5 9,7 49,9 16,2
   Cambodge, Laos, Viêt Nam 4,1 22,4 26,5 5,9 67,5 8,1
   Chine 24,8 15,1 39,9 3,4 56,7 5,7
   Autres pays d’Asie 7,1 28,4 35,5 9,0 55,5 14,0
Amérique, Océanie 6,5 28,5 35,1 10,5 54,4 16,2
Ensemble des immigrés 5,0 26,8 31,8 9,4 58,8 13,8
Ensemble des non-immigrés 11,5 16,5 27,9 5,7 66,4 7,9

Lecture : parmi les immigrés originaires d’Europe de 15 à 64 ans, 26,8 % sont inactifs (dont 4,9% sont étudiants), 6,4 % sont au chômage et 66,8 % sont en emploi.

Champ : France hors Mayotte, personnes âgées de 15 à 64 ans et vivant en ménage ordinaire.

Source : Insee, enquêtes Emploi 2019.

3. Assimilation : pourquoi l’islam et l’islamisme compliquent singulièrement les choses

Nous l’avons vu supra, l’origine géographique des immigrants s’est progressivement déformée au cours des soixante dernières années, faisant la part de plus en plus belle aux individus originaires des pays d’Afrique, or une part importante des pays de ce continent est à majorité musulmane. Les flux en provenance des pays musulmans d’Asie (pays du golfe, Turquie, Afghanistan, Pakistan, Indonésie…) se sont également accrus.

L’islam – au sens où l’entendent les islamistes – n’est pas seulement une spiritualité, ce n’est pas seulement une croyance en un être supérieur, c’est aussi – si l’on s’en tient à une appréciation littérale du coran – une doctrine politique (cf. Poisson, 2018), une idéologie, qui prétend régler les rapports de pouvoir dans les pays à majorité musulmane et à terme sur l’ensemble de la terre. L’idéologie islamiste est totalitaire, suprémaciste, hégémoniste, violente, outrageusement sexiste, et explicitement esclavagiste :

  • c’est une idéologie totalitaire, car elle entend régler jusqu’à la fin des temps tous les aspects de la vie du musulman, y compris ceux qui peuvent paraître les plus anodins. Le coran traite ainsi – entre autres sujets – du droit pénal, du mariage, des transactions commerciales, des conditions du culte, des règles de l’usure, de la vente des esclaves, des ablutions, etc…
  • c’est une idéologie suprémaciste[4], car elle ne reconnaît aucune valeur aux autres civilisations et religions, elle considère la communauté des croyants (la oumma) comme la seule communauté digne d’estime. En terre d’islam, seuls les musulmans ont des droits (les non-musulmans sont des dhimmis, des citoyens de dernier rang, qui ne sont tolérés que pour autant qu’ils se soumettent et qu’ils s’acquittent de la djizia, l’impôt qui met à leur charge une part démesurée des dépenses de la cité). Une conséquence de ce suprémacisme, est que l’idéologie islamiste autorise un musulman de mentir à des non-musulmans quasiment en toute circonstance dès lors qu’il y trouve son intérêt : cela s’appelle la taqyia;
  • c’est une idéologie hégémoniste et violente[5], car elle affirme sa vocation à s’étendre à la terre entière au besoin par la force. Les expansions de l’islam – par exemple la conquête du sous-continent indien au 8e siècle – se sont traduites au bas mot par des dizaines de millions de morts ;
  • c’est une idéologie outrageusement sexiste[6], et explicitement esclavagiste[7].

Les musulmans qui souhaitent limiter leur pratique de l’islam à une pratique purement spirituelle doivent évidemment être accueillis sans réserve au sein de la communauté nationale, au même titre que les pratiquants d’autres religions (ainsi que les athées). La façon dont le coran est rédigé rend toutefois parfois difficile la prise de distance vis-à-vis des aspects politiques de ce texte, surtout pour le musulman qui baigne au sein d’une communauté musulmane prédominante comme c’est le cas dans beaucoup de nos banlieues :

  • le coran est censé être la parole d’Allah, il y est écrit qu’il a été purement et simplement dicté au prophète et non rédigé par celui-ci sous simple inspiration divine (comme c’est le cas pour la Bible), le coran ne peut donc pas – en principe – donner lieu à interprétation[8],
  • et en cas de contradiction entre deux versets du coran, c’est le dernier verset révélé qui fait foi. Or les derniers versets révélés, ceux de la période médinoise de la vie du prophète, sont sensiblement plus guerriers que ceux de sa période mecquoise[9].

Le dogme islamiste est un problème en France parce que la population musulmane y est tout à la fois nombreuse, en expansion rapide, et très mal répartie sur l’ensemble du territoire.

L’enquête Trajectoires et Origines (TeO) réalisée par l’Insee et l’Ined en 2008[10] apporte un éclairage particulièrement précieux sur les pratiques et les valeurs des populations musulmanes et d’origine musulmane dans notre pays[11]. S’appuyant sur les résultats de cette enquête, Michèle Tribalat (2013) montre en quoi la montée de l’immigration musulmane change considérablement la donne en matière d’assimilation et d’intégration :

  • Il y a d’abord la question du nombre. Michèle Tribalat évalue à environ 5 à 6 millions (en 2013) le nombre de musulmans sur le sol français, le nombre de musulmans a ainsi été multiplié par 9 en l’espace de cinquante ans. Parmi ces musulmans figurent seulement 5 % de convertis, les 95 autres pourcents ont hérité l’islam de leurs parents ;
  • Les questions d’endogamie (religieuse), de fécondité, et de transmission familiale de l’islam par l’éducation revêtent dans ces conditions une importance essentielle pour comprendre les dynamiques à l’œuvre. Or concernant l’endogamie, les musulmans se marient entre eux à 90 %. Le coran permet à un homme musulman de prendre pour épouse une femme non musulmane, mais ne permet pas à une femme musulmane de prendre pour époux un homme non musulman. On n’observe pas de tels niveaux d’endogamie chez les protestants ou chez les juifs, ni même chez les catholiques…
  • Même les mariages prétendument mixtes (i.e. les mariages entre un français et un ressortissant étranger), dont on pourrait penser qu’ils constituent a priori un modèle d’assimilation, sont en réalité dans une très large proportion des mariages endogames sur le plan ethnique et religieux (Tribalat, 2009), un individu français d’origine immigrée (par exemple : d’origine algérienne) allant prendre un conjoint étranger dans son village d’origine[12]. L’immigration musulmane passée nourrit ainsi l’immigration musulmane et future par le biais du regroupement familial ;
  • Concernant l’éducation, là aussi l’enquête TeO fournit des informations précieuses. 90 % des individus interrogés dont les deux parents sont musulmans se déclarent eux-mêmes musulmans, c’est vingt points de plus que chez les catholiques;
  • Toujours selon l’enquête TeO de 2008, la fécondité des femmes musulmanes s’élève à cette date à 2,8 enfants par femme, là où celle des femmes se déclarant catholiques se situe à 1,9 et celle des femmes se déclarant sans religion à 1,7.

En exploitant le fichier des prénoms donnés aux nouveaux-nés livré par l’Insee, Jérôme Fourquet (2018) apporte un éclairage complémentaire. En 2016, 18,8 % des nouveaux-nés ont reçu un prénom arabo-musulman, une proportion sensiblement plus élevée que celle des musulmans dans la population en France. La proportion de prénoms arabo-musulmans, quasiment nulle jusqu’au début des années cinquante, a connu une première phase de croissance de 1950 à 1984, avant de stagner de 1985 à la fin des années quatre-vingt-dix, pour repartir à la hausse au tournant du millénaire :

Tout concourt donc à une forte croissance du nombre de musulmans, sous l’effet d’une dynamique à la fois endogène (endogamie, éducation, fécondité) et exogène (droit au regroupement familial), ainsi qu’à une forte cohésion religieuse de la population musulmane en France.

Michèle Tribalat constate que dans le même temps, la capacité de la France à assimiler ses immigrés s’est érodée pour plusieurs raisons :

  • la France a perdu confiance en elle-même, en ses valeurs, comment dès lors vouloir les transmettre à d’autres si on a cessé de croire à ces valeurs ?
  • Les classes populaires (autochtones), au contact desquelles s’opère l’assimilation des immigrés, sont déconsidérées par les élites: comment dans ces conditions, pourraient-elles continuer à servir de modèle pour les populations récemment immigrées ?
  • Le cadre européen est peu propice à l’assimilation puisque l’art. 79 du TFUE prône l’intégration plutôt que l’assimilation. Les écrits de la Commission européenne, par ailleurs, jugent les migrations tout à la fois inéluctables et bénéfiques.

Enfin, la concentration des populations musulmanes dans certaines fractions bien précises du territoire limite la possibilité pour les individus musulmans résidant sur le sol français de côtoyer des individus non musulmans, tout en facilitant leur mise sous l’emprise des islamistes. Ainsi, la proportion de prénoms arabo-musulmans donnés aux nouveaux-nés connaît des variations importantes entre départements, dépassant les 40 % en Seine-Saint-Denis (et même davantage dans certaines communes de ce département) comme en témoigne la carte ci-dessous extraite de l’ouvrage de Jérôme Fourquet (2018). La vie des musulmans est dans ces conditions de plus en plus caractérisée par un entre-soi peu propice à l’assimilation ou même simplement à l’intégration.

C’est ainsi qu’au sein de la communauté musulmane en France, le groupe  – et en particulier ses fers de lance islamistes – exerce de plus en plus d’emprise sur l’individu. Jérôme Fourquet fournit plusieurs indices du raidissement idéologique de la communauté musulmane : 35 % des femmes musulmanes déclarent porter le voile en 2016, alors qu’elles n’étaient que 24 % en 2003 ; 70 % des musulmans observent le ramadan à la fin des années 2010, à comparer à 60 % en 1990. Les sondages de l’Institut Montaigne indiquent dans le même temps que plus de la moitié des jeunes musulmans (ceux qui ont moins de 25 ans) considèrent que la charia à une valeur supérieure aux lois de la République. Ce raidissement idéologique n’est pas propre aux musulmans français, on l’observe dans les autres pays européens : Douglas Murray (2017) indique ainsi qu’au Royaume-Uni, 78 % des musulmans interrogés dans le cadre d’un sondage d’opinion se déclaraient favorables à ce que les caricaturistes de Mahomet soient poursuivis devant les tribunaux.

Dans ces conditions, au total l’assimilation est compromise, faute d’une part de volonté pour les populations nouvellement immigrées de se fondre dans la nation française et faute pour celle-ci de leur offrir un modèle qui les fasse rêver. Naturellement, les autochtones ne sont pas tous exposés de la même manière et avec la même intensité à la non intégration des populations non immigrées : les natifs non qualifiés ne peuvent s’épargner le voisinage des populations immigrées non intégrées qu’en s’installant dans les zones péri-urbaines et les petites villes offrant moins de perspectives d’emploi et de progression professionnelle, la croissance de l’emploi étant concentrée pour l’essentiel dans les grandes métropoles, plus à même de tirer parti de la mondialisation (Guilluy, 2018).

André-Victor Robert
02/11/2022

[1] On rappelle que les enfants d’immigrés – nés en France – acquièrent a nationalité française de manière automatique à l’âge de 18 ans mais peuvent l’acquérir par déclaration dès l’âge de 13 ans.
[2] https://www.oecd-ilibrary.org/fr/education/l-importance-des-competences_e8fb005d-fr
[3] cf. Stefanini, 2020.
[4] cf. coran, par exemple les versets (3,110) et (5,51)
[5] cf. coran, par exemple (9,29), (2,193), (5,54), (9,123), (4,74), (5,33), (8,59-60), (48,29).
[6] cf. coran, par exemple (2,223), (4,34).
[7] cf. coran, par exemple (9,29).
[8] cf. coran, (11,1) et (57,9).
[9] cf. coran (2,106) et (16,101). C’est ainsi – par exemple – que le verset (2,256) (« Nulle contrainte en matière de religion »), révélé au prophète pendant sa période mecquoise, se trouve de fait abrogé par le verset (9,29) de la période médinoise.
[10] Pour accéder au questionnaire de l’enquête et à ses résultats : https://teo1.site.ined.fr/ . L’enquête TeO a donné lieu récemment à une deuxième édition, mais dont les résultats sur ces questions ne sont pas encore disponibles.
[11] Contrairement à une croyance répandue, la collecte à des fins statistiques et le traitement de données personnelles « sensibles » comme des données relatives aux opinions politiques et religieuses ou encore les données relatives à la santé ou aux comportements sexuels ne sont pas interdites en toute rigueur par la loi : aux termes de la loi 78-17 (dite Loi informatique et libertés), un tel traitement de données à caractère personnel doit être autorisé par un décret en Conseil d’état. Depuis le début des années 2000, l’Insee collecte du reste, dans le cadre des enquêtes auprès des ménages, les informations sur la nationalité et le pays de naissance des individus interrogés, de sorte qu’il est possible par ce biais de connaître les conditions de vie et comportements des immigrés et celles des enfants d’immigrés. Sur la question des statistiques ethniques, voir aussi Tribalat (2016 et 2021).
[12] Todd (2017) notait du reste la proportion importante de mariages issus de formes exacerbées d’endogamie – entre cousins au 2e et même au 1er degré – dans les pays du Maghreb et dans d’autres pays musulmans comme le Pakistan et l’Afghanistan.

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