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« Petit manuel des valeurs et repères de la France » de Dimitri Casali et Jean-François Chemain

« Petit manuel des valeurs et repères de la France » de Dimitri Casali et Jean-François Chemain

Par Camille Galic, journaliste, essayiste… ♦ « L’enracinement est peut-être le besoin le plus important et le plus méconnu de l’âme humaine », professait Simone Weil (la philosophe, pas la politicienne). Parce que « toutes les valeurs ne se valent pas » et qu’il faut « bannir le relativisme outrancier des nouvelles valeurs compassionnelles qui règnent en maître dans notre société et qui subvertissent l’enseignement dans nos écoles », deux professeurs d’histoire ont choisi de « réhabiliter » dans un Petit Manuel des valeurs et repères de la France (*) les vingt piliers de notre imaginaire collectif et de notre récit national qui participent de nos racines.


Des piliers bien effrités

« Petit manuel des valeurs et repères de la France » de Dimitri Casali et Jean-François Chemain

« Petit manuel des valeurs et repères de la France » de Dimitri Casali et Jean-François Chemain

De la langue française à « la Française, modèle de liberté », en passant par la monarchie, le pavillon tricolore, La Marseillaise, l’ascenseur républicain, l’universalité, la laïcité, l’honneur et la gloire, etc., est donc abordé tout ce qui, à tort ou à raison, nous est objet de fierté et qui ferait l’admiration de la planète.

A première vue, cela apparaît un peu désuet, édénique et trop conforme à une certaine doxa, ce qu’accentuent quelques citations de Roman Kacew, alias Romain Gary, voire d’Elie Wiesel, mais Dimitri Casali et Jean-François Chemain (**) ne sont pas dupes. Si certains piliers sont usés, à force pour nos maîtres à penser de s’y adosser pour mieux nous leurrer, d’autres se sont effrités sous les coups de boutoir des gouvernements successifs plus acharnés à détruire une « certaine idée de la France » qu’à la préserver.

Témoigne de cette distanciation l’entrée « La liberté d’expression », notion singulièrement réduite puisque, assènent Dimitri Casali et Jean-François Chemain, « au nom d’un certain idéal dévoyé d’amour et de tolérance, toute prise de position sur certains sujets […] est désormais qualifiée d’incitation à la haine (“phobie”) et passible des tribunaux, tant il est de plus en plus vrai que “certaines idées constituent des délits”. Les puritains sont de retour, avec leurs autodafés et leurs chasses aux sorcières. Voltaire, au secours ! Reviens, ils sont devenus fous ! »

Mais les avenues et les statues à la gloire de Voltaire ne seront-elles pas bientôt menacées, comme le sont déjà celles de Colbert au prétexte de son Code noir qui, pourtant, améliorait grandement la condition servile et fut pour cela décrié par les négriers ? Car Arouët, qui avait des intérêts dans la traite, portait sur l’esclavage un jugement aussi définitif qu’inadmissible de nos jours : « Nous n’achetons des esclaves domestiques que chez les Nègres ; on nous reproche ce commerce. Un peuple qui trafique de ses enfants est encore plus condamnable que l’acheteur. » Notez que ce trafic perdure dans certaines régions du monde arabo-musulman, sur la mer Rouge par exemple, mais Christiane Taubira occulta cet aspect quand elle défendit la loi qui porte son nom et qui assimile l’esclavage à un crime contre l’humanité, crime dont la future garde des Sceaux choisit d’absoudre les Arabes sous prétexte que cela « aurait stigmatisé encore plus les immigrés

Comme on voit, la liberté d’expression dont nous nous faisons gloire n’est plus qu’un souvenir.

De même que « l’Unité et l’Indivisibilité de la nation », autre repère en voie de disparition. En effet, c’est plutôt la désintégration qui guette, avec la constitution de « vastes ghettos ethniques et surtout religieux, sous l’effet d’une immigration massive (200.000 adultes officiels et 100.000 clandestins par an, à quoi il faut ajouter le regroupement familial) et d’un différentiel démographique entre familles “françaises” et “immigrées” » et le fort pourcentage (28%) des musulmans de France qui « placent la charia au-dessus de nos lois ».

Et, comme si ça ne suffisait pas, la parité obligatoire et la discrimination positive aggravent l’inégalité entre les citoyens et limitent leur espace de liberté, n’en déplaise à ceux qui psalmodient comme un mantra notre devise nationale. La « méritocratie républicaine », autre vache longtemps sacrée, est elle aussi bien fragile, attaquée moins par les classes supérieures qui se sentiraient lésées que par les pédagogistes prêts à sacrifier des générations de jeunes Français (et aussi de jeunes immigrés) pour imposer leur idéologie de la table rase.

Condition féminine et immigration : l’incompatibilité radicale

Autre victime de la nouvelle révolution culturelle, en ce centenaire de la Révolution d’octobre : la femme française qui jouit depuis les Gaulois et jusqu’à la Renaissance d’un statut très privilégié même si un article de la loi salique, d’ailleurs tardivement exhumé (en 1328) et pour des raisons exclusivement politiques, lui refusait l’accession au trône. Mais elle ne fut jamais interdite de faire la guerre (Geneviève, Jeanne d’Arc, Jeanne Hachette, Anne de Beaujeu), l’amour et l’air du temps. Grands féodaux maîtres de leurs fiefs, entrepreneurs, mécènes, théologiens avertis, les femmes façonnent de leur château, de leur salon ou de leur monastère la civilisation française, souvent pour le meilleur et parfois pour le pire – au XVIIIe siècle, quand sévit la folie des « idées nouvelles », trop d’entre elles chevauchent alors la chimère, ce que certaines paieront d’une décollation, telles la princesse de Lamballe, altesse égarée en Maçonnerie, ou « l’impudente Olympe de Gouges ».

La condition féminine – qui fut honorée d’un ministère par le même tandem Giscard/Chirac signataire du criminel décret sur le regroupement familial – est-elle plus confortable, plus exaltante aujourd’hui ? Les auteurs en doutent : « Il est vrai qu’à la télévision, aux heures de grande écoute, le juge est une femme, le gendarme est une femme, le chef est une femme et tous les hommes ne sont plus présentés que comme des velléitaires lâches et dragueurs fuyant leurs responsabilités entre deux crises d’autoritarisme qui les rendent encore plus pitoyables. »

Mais, pour une coterie de ministresses, mairesses, écrivaines qui tiennent le haut du pavé, combien de femmes lambda rasant les murs de crainte d’attirer le regard des envahisseurs pour lesquels « n’être pas voilée conduit à être violée », selon l’expression du moraliste Tariq Ramadan ? « Balance ton porc », ordonnent les féministes prétendument en lutte contre le harcèlement sexuel, mais pas question de balancer les porcs d’importation, sous peine de tomber sous le coup des nouveaux articles vidant de toute substance la loi de 1881 censée garantir la liberté d’expression.

On le voit, l’état des lieux n’est pas brillant. Mais les repères demeurent ; les valeurs sont encore cotées auprès d’une grande partie de la population et, si les vingt piliers de la grandeur sont décrépits, ils ne sont pas abattus. Qui leur rendra leur lustre ?

Espérons que la lecture de ce Manuel qui se propose de faire « (re)découvrir la permanence de notre double héritage, chrétien et monarchique d’une part, républicain et laïc d’autre part », qui a « façonné la France d’aujourd’hui » suscitera des vocations.

Camille Galic
03/11/2017

(*) Dimitri Casali et Jean-François Chemain, Petit Manuel des valeurs et repères de la France, Ed. du Rocher, septembre 2017, 154 pages.

(**) Auteur de Tarek, une chance pour la France, (éd. Via Romana).
Voir aussi « Tarek, une chance pour la France ? » de Jean-François Chemain, recension

Correspondance Polémia – 07/11/2017

Camille Galic

Camille Galic

Diplômée des Langues orientales, directeur de l’hebdomadaire Rivarol de 1983 à 2010, Camille Galic a aussi collaboré à des publications comme Le Spectacle du monde et Le Crapouillot. Sous son pseudonyme Claude Lorne, elle a rédigé en 2012 Les Médias en servitude pour la Fondation Polémia, dont elle est une contributrice régulière depuis 2011. Chroniqueuse au quotidien Présent, elle a publié en 2013 un Agatha Christie (éd. Pardès, coll. « Qui suis-je ? »).
Camille Galic