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Nouveau premier féministre : quand la flagornerie dépasse les « bornes »

Nouveau premier féministre : quand la flagornerie dépasse les « bornes »

par | 18 mai 2022 | Politique

Par Pierre Boisguilbert ♦ La réaction de l’idéologie médiatique à la nomination d’Élisabeth Borne au poste de Premier ministre a été sans surprise. On a eu droit à une course au titre de champion du monde de la flagornerie, toutes cartes de presse confondues.

 

Victoire féministe ?

Enfin, après plus de 30 ans, une femme : on entendait que ça. Et comme on veut que ce soit bien une victoire féministe contre le patriarcat politicien, on parle de « Première ministre ». La soumission aux idées passe une fois de plus par la soumission à la sémantique. Édith Cresson sortie des oubliettes a fustigé la misogynie des politiques dont, bien sûr, elle a été victime. Ce qui n’est pas tout à fait faux. Mais personne, bien sûr, n’a osé lui dire que son échec explique aussi son départ rapide et que, considérée comme une « fausse bonne idée », elle a participé par son exemple raté à cette si longue attente. Les féministes militants avec carte de presse n’ont pas fait en trente ans un formidable forcing dans le sens d’une féminisation de Matignon. Ils se rattrapent et en rajoutent pour être dans l’air du temps. On ne peut pas dire que Mme Borne ait été entravée dans sa carrière par son sexe. En 1987, elle rejoint le ministère de l’Équipement pour ensuite intégrer la direction régionale de l’équipement en Île-de-France deux ans plus tard. Dans les années 1990, elle tient différents postes de conseillère, d’abord pour le ministère de l’Éducation nationale, puis pour les transports en tant que conseillère technique. Au début des années 2000, elle occupe le poste de directrice de la stratégie pour la SNCF et, cinq ans plus tard, celui de directrice des concessions pour Eiffage. Directrice générale de l’urbanisme pour la mairie de Paris, puis préfet de la région Poitou-Charentes, elle passe un an au ministère de l’Écologie, en tant que directrice du cabinet de Ségolène Royal. Élisabeth Borne est nommée le 17 mai 2017, sous la présidence d’Emmanuel Macron, ministre chargé des Transports, auprès de Nicolas Hulot, ministre de la Transition écologique et solidaire.

Le 16 juillet 2019, elle est nommée ministre de la Transition écologique et solidaire, à la suite du départ de François de Rugy.

Le 6 juillet 2020, elle est nommée ministre du Travail, de l’Emploi et de l’Insertion dans le gouvernement de Jean Castex.

Au lendemain de la nomination d’Élisabeth Borne à Matignon, la recherche de symboles est lancée. Outre le choix d’une femme pour diriger le gouvernement, c’est l’ascension d’une fille de résistant juif, rescapé des camps de la mort, qui est aussi soulignée. Celle d’une enfant de la classe moyenne aussi, pupille de la Nation, qui a connu les difficultés financières et qui, grâce à la méritocratie républicaine, est sortie diplômée de Polytechnique. Beaucoup saluent la nomination à Matignon d’une femme issue « de la gauche » et attachée aux questions écologiques ; l’opposition de gauche comme de droite crie à l’imposture. Un choix par défaut : elle est déjà surnommée « plan B ». La méchanceté n’a pas de sexe. Elle va bénéficier d’un état de grâce médiatique mais pas politique.

 

Brutalité

Invité de RTL au lendemain de la nomination d’Élisabeth Borne à Matignon, Éric Zemmour « salue l’arrivée du nouveau Premier ministre » mais le président du parti Reconquête ! refuse de féminiser la fonction, car « c’est moche », selon lui. « À l’oreille, le français pour moi doit d’abord être beau. Donc, oui, c’est le Premier ministre. Je salue l’arrivée du nouveau Premier ministre », a-t-il affirmé. Alors que la gauche redoute une politique économique de droite impulsée par le nouveau chef du gouvernement, Éric Zemmour a pour sa part considéré qu’il était désormais « le seul opposant de droite à ce Premier ministre de gauche et à cette politique de gauche ». Une nouvelle pique à l’endroit de Marine Le Pen, qu’il accuse de « passer son temps à draguer la gauche ».

Cette dernière n’a pas été tendre pour une femme de gauche accusée de saccage social. Il faut dire que Marine n’a aucune précaution à prendre car, en tant que femme, elle n’a jamais été épargnée. Les médias n’ont pas hésité à allumer des bûchers pour brûler la sorcière. L’antifascisme permettant sans doute d’être misogyne tout en restant dans le camp du bien. « En nommant Élisabeth Borne comme Premier ministre, Emmanuel Macron démontre son incapacité à rassembler et la volonté de poursuivre sa politique de mépris, de déconstruction de l’État, de saccage social, de racket fiscal et de laxisme », a réagi la finaliste de la présidentielle sur les réseaux sociaux. La finaliste de la présidentielle faisant notamment allusion à la réforme de l’assurance chômage durant le précédent quinquennat.

Mais il n’y a pas que la méchante extrême droite politique qui dit du mal de la nouvelle promue. Pour Mélenchon, pas de cache-sexe aux responsabilités politiques. Elle est même « l’une des figures les plus dures de la maltraitance sociale macroniste ». « Une nouvelle saison de maltraitance sociale et écologique commence. Élisabeth Borne incarne la continuité de la politique du président de la République », a-t-il déclaré lors d’une conférence de presse.

« En tant que ministre du Travail, elle a perpétué une politique brutale à l’égard des personnes les plus vulnérables dans le pays », affirment par exemple les dirigeants d’EELV dans un communiqué. Pour eux, le fait de voir une femme s’installer à Matignon, trente ans après Édith Cresson, est le « seul motif de satisfaction ». Tout est dit. « Élisabeth Borne, que ce soit en tant que ministre de l’Écologie ou ministre des Transports, a échoué à mettre la France sur la trajectoire nécessaire pour respecter l’Accord de Paris », écrivent-ils encore, en pointant sa « responsabilité » dans les « cinq années de perdues ».

Fabien Roussel ou Clémentine Autain prennent également part à ce front anti-Borne. Le premier, chef des communistes, fait un rapprochement entre Élisabeth Borne et Margaret Thatcher, l’ancienne dirigeante britannique dont l’intransigeance entraîna la mort de neuf mineurs grévistes dans les années 90. La deuxième, députée LFI candidate à sa réélection, estime que l’on « continue dans le pire de ce que fut le premier mandat Macron ». On peut le craindre.

Être femme, donc, ne suffira pas, sauf bien sûr dans des médias, eux, très féminisés et où toute journaliste se veut militante de la bonne cause de l’avancement des femmes, à quelques rares exceptions près. Il suffisait de voir les sourires sur les plateaux télé aussi radieux que pour une réfugiée ukrainienne ou un transgenre. Les médias sont satisfaits.

Quant aux Français, on verra très vite.

On sait qu’Élisabeth Borne maintient sa candidature dans la sixième circonscription du Calvados. Dans la foulée, Stanislas Guerini, délégué général de La République en marche, à moins que ce ne soit de Renaissance, a confirmé l’information depuis le réseau social Twitter : « C’est toute la différence avec ceux qui disent “élisez-moi” à une élection où ils ne sont pas candidats. Élisabeth Borne est une femme d’engagement. Elle est et restera candidate aux élections législatives. » Une pierre dans la chaussure de Mélenchon. Sa présence dans la bataille aux législatives a été également prise en compte par son adversaire de la Nupes (Nouvelle Union populaire écologique et sociale) dans la circonscription de Vire-Évrecy. Noé Gauchard annonce qu’il lui « fera face » et décrie « le bilan désastreux » que sa rivale « partage » avec Emmanuel Macron.

Non, décidément, être une femme ne suffira pas, n’en déplaise à la caste médiatique.

Borne dans son action politique connaît déjà des limites.

Pierre Boisguilbert
18/05/2022

Crédit photo : EU2017EE Estonian Presidency [CC BY-SA 2.0]

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