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Médias et Qatar : de l’enfer au paradis

Médias et Qatar : de l’enfer au paradis

par | 29 novembre 2022 | Politique, Société

Par Pierre Boisguilbert ♦ Plus l’équipe de France progresse dans le Mondial, plus les droits de l’homme progresseraient au Qatar. En tout cas, le changement de ton de la caste journalistique est assez spectaculaire.

Les donneurs de leçons indignés des premiers jours s’effacent devant les flagorneurs des bleus. Certes, les critiques ne se sont pas totalement évaporées mais elles sont reléguées au second plan, elles sont à bas bruit par rapport aux clameurs sportives de plus en plus tonitruantes. Quand l’équipe de France marque, l’homosexualité est sans doute moins difficile à vivre au Qatar. De toute façon, ça évolue dans le bon sens, celui du jeu et de certains intérêts. C’est le président de la République lui-même qui le dit. Emmanuel Macron a tenu à pointer dans l’organisation de cet événement par l’émirat un signe positif de « changement », auquel il a apporté son « soutien ». « Cette Coupe du monde de football, la première organisée dans le monde arabe, témoigne de changements concrets qui sont à l’œuvre. Le Qatar s’est engagé dans cette voie et doit continuer. Il peut compter sur notre soutien », a écrit Emmanuel Macron sur son compte Twitter à la mi-temps du match France-Danemark. Personne ne lui demandait rien. Mais déjà il avait pris les devants :« Il ne faut pas politiser le sport. Ces questions-là, il faut se les poser quand on attribue les événements. Que la question soit climatique ou sur les droits de l’homme, il ne faut pas se les poser au moment où l’événement est là », avait expliqué le chef de l’État en visite à Bangkok.

De plus, nos journalistes sont gênés par leurs propres critiques. Comment ne pas saluer la première Coupe du monde dans un pays arabe et musulman ? C’est la deuxième idéologie. Comme on ne peut pas faire grand-chose pour les LGBT, on se console avec la valorisation des équipes africaines ou arabes. À l’exception notable de la France, les commentateurs sportifs sont contre les équipes européennes. Pourtant de nombreuses équipes et notamment les plus fortes sont largement africanisés. C’est un réflexe anticolonialiste qui ne va pas jusqu’à dénoncer l’exploitation par le privilège blanc des indigènes du foot… Ça viendra peut-être.

Le Qatar, un ami qui nous veut du mal

Alors, certes, il y a les femmes, les homos et les LGBT, mais tout le monde le savait il y a douze ans et tout le monde ou presque était en admiration devant cette attribution considérée alors comme une victoire contre le racisme. Qui d’ailleurs a dénoncé le rachat du PSG par un pays qui applique la peine de mort à certains comportements sexuels ? Depuis, l’ambiguïté et l’hypocrisie ont fait match nul. C’est consternant mais il y a tout de même quelques hors-jeu savoureux. Une confusion entre le drapeau amazigh de supporters marocains et l’emblème LGBT a provoqué une discussion virulente avant le match Maroc-Croatie. Alors qu’ils voulaient entrer dans un stade du Qatar avec un drapeau amazigh (berbère), des supporters marocains se sont vu refuser l’accès. Un agent du match a confondu leur drapeau avec celui en soutien à la communauté LGBT arc-en-ciel. « C’est normal ! Je le jure ! », se sont exclamés les supporters. « Pourquoi est-ce que le drapeau amazigh ne rentrerait pas, pourquoi ? », a questionné un homme. Après une discussion virulente, les supporters ont finalement pu entrer dans le stade avec leur drapeau et voir le match. Mais être joueur pour un pays arabe et surtout du Golfe peut avoir des avantages. Dès les premiers moments de la Coupe du monde au Qatar, l’Arabie saoudite a causé une grande surprise en battant l’Argentine et Lionel Messi. Le prince héritier et Premier ministre de l’Arabie saoudite, Mohammed ben Salmane, a tenu à féliciter les membres de l’équipe nationale. Celui qui est surnommé MBS a décidé de donner une Rolls-Royce Phantom à chaque joueur. Ça, c’est du bouclier tarifaire avec une valeur de 500 000 dollars peu favorables à la planète. La prime Macron fait pâle figure. Mais MBS s’y connaît aussi en répression. Cent vingt personnes exécutées en six mois sous les applaudissements de la presse du Golfe. Le pays se dirige vers un record. Tout cela serait lié à la drogue. Nos belles démocratiques restent cependant étrangement silencieuses. Décidément, on passe tout aux pays du Golfe. Non seulement ils ont du pétrole mais maintenant, en plus, ils s’imposent dans la planète foot. L’enfer des homos et des migrants est aussi un paradis espéré de notre foot. Le « en même temps » est décidément bien français, allez vous étonner après ça que Macron, sans marquer de but sauf contre son camp, soit réélu.

Pierre Boisguilbert
29/11/2022

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