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Macron rêve d’une Europe trans

Paul Voltor, essayiste

♦ Face à l’euroscepticisme, Macron redouble d’idéalisme.

La réaction, comme toujours, ne fait que renforcer le virus du progrès. La production de raisonnements s’emballe de nouveau. La bulle n’a pas encore éclaté. Macron met les bouchées doubles pour désincarner l’Europe et dissoudre le réel dans l’idéologie. Son réflexe est et sera toujours de chérir les idées, les concepts en lieu et place des choses. C’est la raison pour laquelle il produit du raisonnement sans cesse en le confondant toujours davantage avec son véhicule, la dialectique.

Dans son fameux discours sur l’Europe, Macron nous livre une nouvelle performance de son art d’inverser les définitions, de détourner le vocabulaire de ses adversaires, notamment le mot « souveraineté », de séduire avec son contraire pour tout verser au pot idéologique qui soutient sa petite personne.

Macron s’est juché sur le haut du monde, son assise sera toujours la manipulation de l’opinion.


Encore !

A la Sorbonne devant Danny le Rouge, premier collabo du grand capital, au prétexte qu’il est plus efficace que le reste à dissoudre les civilisations, Macron a fait la leçon, avec son petit abus d’autorité auquel il nous habitue depuis que, le jour de son élection, il tapota la joue au vieux Gérard Collomb. « Je suis venu vous parler d’Europe, … Encore !, diront certains. Ils devront s’habituer car je continuerai, parce que c’est ce qui nous donne un avenir. »

Pourquoi veulent-ils tous que l’on s’habitue à ce que l’on rejette. Déjà Valls voulait que l’on s’habitue aux attentats…

Macron livra donc sa feuille de route ? Ce fut en fait plutôt un catalogue de bonnes idées, ramassées au centre droit, au centre gauche et au centre écolo. En Europe, on n’a plus d’euros, mais on a des idées ! Le président à la fois de droite et de gauche nous livra un diagnostic juste, afin de nous faire adhérer dès le début. La dialectique des politiques est à chaque fois d’être juste sur le diagnostic pour emporter l’adhésion avant de finalement prolonger les politiques en place. « L’Europe que nous connaissons est trop faible, trop lente, trop inefficace » … il est évident que nous ne pouvons qu’être d’accord.

L’idée géniale de Macron est donc de donner encore davantage de pouvoir à ce qui ne marche pas. Logique. Quand l’Europe ne marche pas, il faut davantage d’Europe, c’est bien connu.

Garcimore à l’Elysée

Autre tour de passe-passe du Garcimore de l’Elysée : « En matière de Défense, notre objectif doit être la capacité d’action autonome de l’Europe, en complément de l’Otan. » Comment dire une chose en promettant l’inverse. Etre en complément de l’Otan, c’est évidemment ne pas avoir de capacité d’action autonome !

Macron rêve en fait d’une Europe sous protectorat américain. Tout son discours est émaillé du mot de souveraineté. Macron veut redonner de la souveraineté à l’Europe. Il emploie ainsi le mot de ses adversaires pour le vider de sa substance. Le souverainisme aujourd’hui, ce serait donc solder le pouvoir national au profit d’une succursale des Etats-Unis. On nous avait bien dit que l’ultime ruse diabolique du modernisme serait d’inverser les définitions. Macron est bien ce héraut-là porteur d’un dictionnaire inversé.

Il parle de souveraineté et de sécurité alimentaire… au sujet d’une Europe qui n’a eu de cesse de détruire la notion de terroir. Il veut créer dans les deux ans « une agence européenne pour l’innovation, pour être en position d’innovateur et non de suiveur. » Comme si nous avions besoin d’un système pour créer.

C’est le contraire. L’Europe et la France ont toujours été des lieux de création, mais jamais ou rarement de développement, car l’Europe entrave, empêche par ses dogmes, le développement commercial légitime que pourraient avoir ceux qui créent. Les créateurs ne quittent pas la France parce qu’ils ne peuvent pas y créer, mais parce qu’ils ne peuvent rien développer ou commercialiser, dans cette Union européenne qui est devenue une copie soft de l’Union soviétique.

De l’Europe des nations à l’Europe des trans

Enfin Macron sort la mesure tarte à la crème : les listes trans-nationales pour le Parlement européen. Idée géniale qui excita Cohn-Bendit sur son siège en le faisant battre des mains comme un singe automate.

Une idée qui a les contours du bon sens près de chez vous, qui permet au président de parler petit nègre au petit peuple : c’est quand même plus logique d’avoir des listes européennes pour les européennes, non ?

Avec cette dernière injonction autoritaire, on peut emporter le morceau au café du commerce… Une idée évidente et qui est pourtant la mise en œuvre du programme visant à finir de dissoudre les nations.

Ce que nous propose aujourd’hui Macron, c’est de remettre les clés de notre nation tel le bon bourgeois qu’il est, à un machin plus gros que la République. Nous passerons de l’Europe des nations à l’Europe des trans. Nous allons mettre du jacobinisme sur du Jacobinisme pour une a-sexuation totale de l’Europe.

Contrairement à ce que Macron dit en parlant d’un ajout de démocratie, ce mode d’élection ne fera qu’éloigner davantage le peuple du machin. Même la République sanguinaire avait compris qu’il fallait aux députés un ancrage territorial, si nous ne voulions pas avoir la caricature de n’avoir que des Parisiens au Parlement.

Eh bien il faut croire que Macron nous promet maintenant un Parlement de Belges. Nous savons d’ores et déjà qui en sera le roi.

Paul Voltor
1/10/2017

Source : Mauvaise Nouvelle.fr

Correspondance Polémia – 2/10/2017

Image : Un chef d’Etat grand idéaliste