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Le nihilisme : le comprendre pour le surmonter

Le nihilisme : le comprendre pour le surmonter

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Par Pierre Le Vigan, auteur d’Achever le nihilisme et d’Avez-vous compris les philosophes ? ♦ Dans le texte ci-dessous, tiré d’une conférence, Pierre Le Vigan livre un exposé aussi riche que percutant sur le nihilisme et la nécessiter de lutter contre ce mouvement qui mine la société moderne.
Polémia


Achever le nihilisme est un titre qui pose d’emblée une question. Achever ? Dans quel sens ? Dans le titre du livre, on peut entendre deux choses. Achever, c’est aller jusqu’au bout de quelque chose, d‘une action, c’est finir quelque chose, et bien finir cette chose, tel le travail d’un ébéniste, ou d’un cordonnier. Achever, c’est aussi achever un ennemi. Ce livre assume les deux dimensions qu’il y a dans « achever ». Il faut donc que le cycle aille à son terme pour surmonter le nihilisme. Le cycle de quoi ? En d’autres termes, quelle est la forme prise par le nihilisme contemporain ? C’est ce que nous allons voir. Retenons deux indices : culte de la performance technique indépendamment de toute finalité, et culte du progrès. Nous verrons ces deux indices faire surface quand nous verrons émerger la figure du nihilisme de notre temps.

Avant d’achever le nihilisme, avant d’en finir avec lui, il nous faut voir ses différentes faces, et on ne peut vouloir en finir trop tôt, en restaurant les « bonnes valeurs », les « vraies valeurs », comme disent ceux qui sont en réaction contre le nihilisme. Il faut donc aller au-delà de cette réaction superficielle, qui ne prend pas le temps de comprendre toutes les dimensions, toute la profondeur du nihilisme.

Il nous faut comprendre que le nihilisme pose la question d’un au-delà même des valeurs. Cet au-delà des valeurs, c’est l’opération, quasi-alchimique, qui consiste à renouer avec une écoute du monde. C’est tout simplement le sens. Et le sens prend toujours appui sur les sens, sur le ressenti, c’est-à-dire sur une esthétique, sur le sentiment du beau. Le sens spirituel des choses ne nous éloigne pas du sensible, il nous y ramène.

Il faut donc, ultimement, reprendre contact avec le sacré, avec la source de l’être. Reprendre contact avec le mystère du monde. Chrétien ou pas, comme chacun voudra. Il s’agira bel et bien de la même chose. Il s’agira d’une pensée au-delà de la philosophie comme amour de la sagesse. Et, osons le dire : d’une pensée qui prend sa source dans un au-delà même de là pensée. Avant de penser nous voyons vivre le monde, et c’est ce voir-vivre qui détermine même notre pensée.

Nihil veut dire rien, mais quand le terme « nihilisme » a-t-il été employé ? Il apparait dans un ouvrage de 1761 de Jean Baptiste Crevier. Il désigne une hérésie religieuse. Il s’agit pour J-B Crevier de fustiger les chrétiens qui ne croient qu’en la nature divine du Christ, mais pas en sa nature humaine. C’est une hérésie proche de celle des monophysites (Jésus a une seule nature). La nature divine l’emporte sur la nature humaine au point de la nier. C’est cela que J-B Crevier appelle nihilisme. C’est un sens religieux très restrictif. Nihilisme prendra très vite un sens plus large.

Ensuite, Jacob Obereit, alchimiste, et plus ou moins médecin, appelle nihiliste toute conception niant que toute chose revient à son créateur. On est toujours dans un registre religieux. Obereit croit pouvoir critiquer, en ce sens, la philosophie de Kant.

Mais la vraie naissance philosophique du concept de nihilisme intervient avec Friedrich Heinrich Jacobi, mort en 1819. La raison, explique-t-il, permet d’atteindre des vérités ultimes. Ceux qui nient cela sont nihilistes, à l’instar de Kant et de sa théorie de l’inconnaissabilité des noumènes, c’est-à-dire des choses en-soi. C’est pourquoi, dans sa Lettre sur le nihilisme (1799), Jacobi critique toutes les philosophies fondées sur l’ego. Il leur oppose le caractère impersonnel de la raison.

Descartes, Kant, Fichte seraient donc nihilistes, ou menacés par le nihilisme, parce qu’ils voient mal les possibilités de la raison, parce qu’ils la sous-estiment. Ou bien, ils subordonnent la raison à un mode d’emploi. En récusant la possibilité d’accéder à des vérités ultimes, on sabote les fondements de la croyance en Dieu. Dés ce moment, le lien est fait entre la négation de la connaissabilité des choses en-soi et la fin de la croyance en un monde créé par Dieu.

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Dans le nihilisme, tout a souvent commencé par la recherche de quelque chose de positif. Tout a commencé par une espérance : le nihilisme permettrait d’y voir clair. Il déblaierait le terrain des scories, des idoles, des fausses valeurs, des faux semblants, des masques. Ce n’était pas rien. C’était l’espérance que le nihilisme permette de déchirer les voiles du mensonge, d’en finir avec les hypocrisies et de mettre à nu les vérités de nos sociétés, ce que nos sociétés tiennent pour vrai, et dont le caractère mensonger serait apparu. Rien que cela. Le nihilisme permettrait de faire la lumière sur la vie, sur la société, sur le monde, en somme. Le nihilisme est-il cela ? Est-il ce qui décape le réel pour en faire apparaître la couche originaire ? Le réel tel qu’il est avant tout maquillage ?

La réponse nécessite en amont un éclaircissement. De quoi parlons-nous avec la notion de nihilisme ?

Nous savons que nihil veut dire rien. Mais il y a beaucoup à dire sur ce rien. Et beaucoup a été dit. Disons d’abord ce que n’est pas le nihilisme. Ce n’est pas la même chose que l’étude philosophique de la place du néant. Ce n’est pas la même chose que l’étude des différents « évangiles du rien », comme disait Pierre Gripari. Ces « évangiles du rien » ont circulé dans la pensée, à toutes les époques, de Diogène à Cioran. C’est la philosophie du néant, du non-être. Mais le cœur du nihilisme n’est pas une philosophie, c’est un trouble dans l’âme humaine, un trouble qui devient parfois une doctrine mais n’est pas d’bord une doctrine. On n’est pas nihiliste comme on est marxiste ou thomiste.

Si le nihilisme est un état d’esprit, lequel et comment apparaît-il ?

On dit souvent que le nihiliste est celui qui ne tient à aucun idéal. Le nihiliste serait le désabusé, ou le cynique, froid, calculateur, qui ne reconnait aucune valeur autre que son intérêt, ou ses pulsions. C’est ainsi que le nihiliste peut apparaître quant à sa psychologie. Pourtant, du point de vue philosophique, les choses se présentent autrement. On dit que le nihiliste est celui qui n’a plus d’idéal. Le paradoxe est que la fin des idéaux peut aussi être un idéal. C’était l’idéal de Nietzsche. Pour lui, la fin des idéaux de son temps signifiait la fin de médiocres idéaux.

Il est alors bon de dévaloriser les idéaux si ceux-ci sont médiocres et bas. C’est ce qui pourrait permettre l’apparition de valeurs supérieures. Il s’agit de dévaloriser les valeurs inférieures, de pitié, de charité, et de médiocres vertus. Il s’agit de valoriser à leur place les valeurs supérieures de fierté, de puissance, d’affirmation, de création.

« Le nihilisme, dit Nietzsche, c’est dévaloriser les valeurs supérieures ». Nietzsche a donc une position anti-nihiliste. On pourrait dire la même chose à l’envers : le nihilisme, c’est valoriser les valeurs basses.

Mais Nietzsche parle parfois d’un bon nihilisme. Se contredit-il ? Non. Le « bon nihilisme » est, pour Nietzsche, seulement un instrument. C’est celui qui détruit les valeurs inférieures. La fin des médiocres idéaux est pour Nietzsche le seul moyen de faire place nette et d’accéder au seul combat qui vaille, le combat avec soi-même, le combat pour se surpasser et inventer de nouvelles valeurs.

C’est pourquoi, quand les valeurs qui dominent une société sont déjà des valeurs supérieures, par exemple chez les Grecs de l’Antiquité, Nietzsche récuse le nihilisme comme instrument de destruction des valeurs existantes. C’est le procès qu’il fait, une nouvelle fois, à Socrate, à savoir de vouloir détruire des valeurs supérieures. Cela nous indique une chose : le nihilisme selon Nietzsche n’a aucun rapport avec le vrai, avec la vérité, il est ce qui entrave la force et la vie. Le mauvais nihilisme est ce qui entrave la force. Le bon nihilisme est ce qui détruit les chaines qui entravent la force. Ce qui est bon, c’est ce qui libère les forces, les énergies, les vitalités, les productivités (les gouts de produire et de créer, notamment des œuvres d’art).

Bon et mauvais nihilisme : c’est le premier niveau d’analyse. L’analyse de Nietzsche amène à un deuxième niveau : c’est l’interrogation sur le sens même des « valeurs hautes ». Par quoi valent-elles ? Par leur valeur de vérité ? Nous allons voir que ce n’est pas le cas.

Si des valeurs sont hautes, elles sont des artifices nécessaires. Elles rétrécissent l’horizon, mais c’est justement ce rétrécissement, à l’opposé de tout intellectualisme, qui permet d’agir. Pour agir, il faut borner son horizon. Pour être efficace, il faut « ne pas voir trop de choses à la fois ». Ce n’est pas du nihilisme, c’est un découpage de l’horizon du monde pour y inscrire son destin. Les valeurs hautes, quand bien mêmes sont-elles un artifice, sont nécessaires pour se projeter en avant.

C’est cela, nous dit Nietzsche, que n’a pas compris Socrate. C’est en cela qu’il est un ratiocineur. C’est en cela qu’il fallait bel et bien le condamner, et qu’il faut le condamner encore. Socrate était ainsi un nihiliste, au mauvais sens du terme, il voulait affaiblir les Grecs. Il voulait leur enlever les valeurs qui les rendaient forts. Au nom de la vérité ! Mais qu’auront-nous à faire avec la vérité quand nous aurons perdu la force ?

A Socrate, il faut préférer Gorgias de Léontium et Calliclès. Aux hommes qui cherchent la vérité, il faut préférer les sophistes, qui manient le langage comme un rapport de forces, qui jouent avec la vérité. C’est celui qui joue qui a raison.

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Hautes valeurs et hauts idéaux ? Basses valeurs et bas idéaux ? Nous avons vu que le jugement que l’on porte sur le nihilisme n’a de sens que référé aux idéaux qui sont menacés par le nihilisme.

Il se pose ensuite une autre question, qui est la contradiction interne du nihilisme. Tous les nihilismes veulent tuer les idéaux. Le nihilisme est par essence une négation, mais c’est une négation fortement affirmée. C’est une foi, mais c’est « une foi dans l’incroyance ». En ce sens, le nihilisme n’est jamais absolu. Le nihilisme ne nie jamais tout : il ne nie pas qu’il faille nier. Il se nierait alors lui-même. C’est-à-dire qu’il affirmerait sa propre inexistence. C’est le paradoxe dont il nous faut prendre la mesure. Le seul nihilisme absolu serait le suicide. Autrement, le nihilisme n’est pas absolu : si je suis nihiliste, je ne me nie pas moi-même.

Nous avons parlé plus haut du nihilisme comme état d’esprit. Il y a deux façons d’arriver au nihilisme : par la férocité et la faiblesse, par la rage de détruire, et par l’ « à quoi bon », par la fureur et l’épuisement, par l’excès de force, et par l’excès de faiblesse. Ce sont deux pôles du nihilisme, en même temps que ce sont deux pôles de l’humain. Le nihilisme est une passion faite à la fois de fureur et de découragement. Le nihilisme est une psychologie. Mais les pôles du nihilisme – fureur ou apathie « à-quoi-boniste » – n’ont pas les mêmes conséquences.

Du côté de la fureur, on veut détruire les idoles. Du côté de l’épuisement, on ne croit plus en rien. Au sens de : on ne croit plus en quelque chose. La fureur est du côté actif, car détruire, c’est agir, c’est encore une façon d’agir. Il y a un nihilisme qui jubile dans la destruction, dont la jouissance est dans la destruction. Ce nihilisme n’est pas néant de la volonté. Il est volonté de néant. Vouloir le rien, c’est très différent de ne rien vouloir.

L’épuisement est tout différent, il est du côté passif : on ne se donne pas la peine de détruire, on prétend que les choses ont, par elles-mêmes, cessé d’avoir du sens. En général, c’est à l’amour que l’on ne croit plus, c’est aussi à l’engagement. Maurice Sachs, l’auteur du Sabbat, est une figure du nihilisme.

Le nihilisme est donc destructeur ou bien il est passif. Ce sont ses deux voies, ses deux modes d’apparition. Soit on est un nihiliste au marteau, soit on est un nihiliste passif, qui est persuadé que la vie n’a aucun sens parce qu’on ne lui donne aucun sens. Le nihilisme destructeur est le contraire d’un scepticisme. En effet, si on ne prend pas le monde au sérieux, pourquoi vouloir le détruire ? C’est une conviction de la nécessité de la destruction. De fait, on peut se demander si le nihiliste destructeur est vraiment nihiliste. Le vrai nihiliste ne voudrait rien détruire, puisqu’il n’y aurait rien à détruire, puisqu’il ne croirait pas à la réalité des choses.

Et le nihilisme passif, celui du découragé, celui qui atteint l’homme sans espérance ? Cette passion triste nous saisit tous à un moment ou à un autre. C’est un passage, et c’est celui de l’ « à quoi bon », ou du « j’en ai marre ». Entre lassitude et envie de tout mettre par terre. Cette phase du nihilisme a beaucoup à voir avec l’ennui, avec la perte du sens que l’on donne aux choses, et surtout du sens donné à nos actes. L’artisanat est ontologiquement anti-nihiliste, le salariat est ontologiquement nihiliste, car il est servitude, assujettissement à une extériorité (le profit, la culture d’entreprise, etc). Marx avait parlé d’aliénation. Il n’avait pas tort. Ce nihilisme a à voir avec le sentiment que « tout cela », la vie, le monde, ne mènera à rien et ne servira à rien. Car l’homme a besoin de sens. Il n’a pas que des besoins matériels, il a aussi des besoins de l’ordre de l’esprit, de l’ordre du sens, de l’ordre de ce qu’il va laisser comme trace, de l’ordre de ce qu’il va transmettre, de l’ordre de la fierté d’être ce qu’il est, et de répondre de lui-même.

Et puis, il y a le nihilisme de la colère, un nihilisme actif, celui de la volonté de briser une domination, de détruire un esclavage, réel ou symbolique. On appelle parfois cela maladie maniaco-dépressive. Mais la dimension sociale peut être prédominante dans ce sentiment contradictoire. Dans ce cas, il peut arriver que ce nihilisme se dépasse lui-même. Cette leçon, on la doit à François Ruffin. Il a eu cette phrase, à propos des Gilets Jaunes : « Les hontes privées se sont transformées en colère publique ». En d’autres termes, le nihilisme de l’ « à quoi bon » a été un temps surmonté par un nihilisme de la colère, parfois féroce, et saine quand elle est libératrice.

Nous le voyons donc : le nihilisme peut être politique. Ce fut le cas du nihilisme d’Anarchasis Cloots, député à la Convention nationale pendant la Révolution française, partisan d’une République universelle – la France ayant mission d’envahir l’Europe pour la convertir à la République –, convaincu des bienfaits des « massacres de septembre », et athée militant. Il prônait une négation active de toutes les traditions. Il s’agissait de nier toute idée de Dieu. « L’invocation du législateur à je ne sais quel fantôme suprême est un hors d’œuvre absurde ; c’est ouvrir la boite de Pandore. » Le nihilisme antireligieux devient une doctrine politique. Cette haine de la religion anticipe sur ce que sera la position des nihilistes russes à partir de 1840, puis le bolchévisme russe de Lénine et Staline.

Dès le milieu du XIXe siècle, des Russes se proclament nihilistes. Il s’agit surtout, pour eux, de rompre avec le respect de la religion et des institutions politiques. Pissarev, révolutionnaire et critique littéraire nihiliste, écrit : « Le nihiliste déclare la guerre non seulement à la religion, mais à tout ce qui n’était pas fondé sur la raison pure et positive ». Il ne reste donc que la science et la raison sans la Révélation. Les nihilistes russes critiquent la religion, mais, aussi, dénigrent l’art. « J’aimerai mieux être un cordonnier russe qu’un Raphael russe », dit encore Pissarev. Et aussi : « Une paire de botte vaut mieux que Shakespeare ». Le personnage de Bazarov, dans Pères et Fils de Tourgueniev, ressemble à Pissarev. Et ce nihiliste radical n’est pas isolé. Nikolai Dobrolioubov, Vissarion Bielinski, le critique littéraire sont sur la même position de nihilisme radical qui n’épargne –et encore pas toujours – que la science.

Mais en tout état de cause, la science n’est pas une valeur. Cela ne veut pas dire qu’elle ne vaut rien. Elle vaut ce que l’on veut en faire. Elle n’a pas de valeur en soi. Sauf si on valorise la connaissance. Et bien entendu, connaitre est une bonne chose. « Ose savoir » disait Kant, Bien sûr. Mais après : « ose tout faire » ? Kant n’a jamais dit cela. Qu’il vaille mieux savoir que de rester ignorant ne fait pas de doute, mais cela ne nous dit pas quels sont les rapports entre ce que l’on sait et ce que l’on fait, entre la science et la technique. La science est un mouvement, elle se dépasse continuellement elle-même pour toujours plus de science. « La science ne pense pas », dit Heidegger. La science ne peut donc être un fondement. Il ne peut rester qu’un vitalisme scientiste pour donner du sens au réel. Du point de vue des nihilistes russes, qui justement sont scientistes, et furieusement scientistes, la valeur des intentions qui ne sont pas validées par un succès est niée. C’est une forme de nihilisme moral, et de vitalisme philosophique. Ce qui est respectable, c’est ce que la vie a fait triompher. Tel est le credo du nihilisme scientiste. On n’est pas obligé de le partager.

Il y a un nihilisme qui se veut l’inverse des vitalismes scientistes. C’est un nihilisme assumé qui se veut un remède à la brutalité des vitalismes scientistes. Il s’alimente de la crainte des rapports de force. Il refuse tous fondements ultimes à la vie en société, que ce soit la théologie, les théologies politiques, ou le matérialisme dialectique des marxistes (qui lui-même peut être ramené à une théologie politique). C’est un nihilisme voulu.

C’est celui défendu par Gianni Vattimo. Ce philosophe pensait qu’en évitant de donner un quelconque fondement ultime à notre vie politique et sociale, on éviterait l’apparition de tout pouvoir surplombant. La démocratie moderne est naturellement nihiliste, note Vattimo. Selon lui, c’est une bonne chose. Cela nous prémunit, pense Vattimo, contre les risques de totalitarisme. On en arrive, avec ce modèle nihiliste voulu, antitotalitaire, à ce qu’Augusto Del Noce appelait un « nihilisme gai ». Gianni Vattimo a peur de la dictature des experts de tel ou tel fondement, les experts du marxisme avec les dictatures communistes, les experts religieux avec les théocraties, le parti nazi et les SS comme experts du national-socialisme, etc). Ce que ne voit pas Gianni Vattimo, le point aveugle de sa doctrine, c’est qu’il y a aussi des experts de l’absence de fondements.

En effet, sans fondements, que reste-il ? Il reste l’administration des choses au lieu du gouvernement des hommes, et c’était la visée d’un certain socialisme, dans la lignée d’Auguste Comte, ce Comte qui, justement, influença à la fois Marx et Maurras. Quand il n’y a plus de fondement éthique à une société, il reste le calcul, la marchandise, l’optimisation des choix. Mais il y a des experts pour cela. Ce sont les technocrates, qui prennent le pouvoir au nom de leur expertise soi-disant « neutre » et sans idéologie. Ce sont les financiers, qui calculent le meilleur gain et entrainent chacun dans la recherche de l’optimisation de ses choix individuels. Ce sont les hommes du Capital – au sens de Marx, c’est-à-dire un rapport de force social – qui, puisque rien n’a de valeur, expliquent qu’il est légitime de fixer un prix à tout.

Nous en sommes justement arrivés là. Gianni Vattimo espérait que la « pensée faible », le « faiblisme » permettrait, en développant un « bon nihilisme », d’échapper aux vitalismes dominateurs des régimes totalitaires. Mais cela n’est pas convaincant. En vérité, la pensée faible instaure une « barbarie douce », un néo-totalitarisme spongieux qui est la dictature de la consommation et de la marchandisation, et qui est le règne de l’équivalence généralisée de tout. En d’autres termes, tout peut se ramener à un prix. Sous prétexte d’échapper aux mauvaises réponses à la crise du sens qu’ont été les grands totalitarismes du XXe siècle, on tombe dans un néo-totalitarisme dans lequel tout est désacralisé.

La pensée faible liquide la notion de bien commun, sous prétexte que, dans un cas, le bien commun a pu être réduit à un suprématisme germanique, dans un autre cas, à un surhumanisme de l’homme nouveau stalinien et stakhanoviste. Mais la pensée faible, en liquidant le bien commun, nous plonge dans un nihilisme collectif dont, au demeurant, les premières victimes sont les faibles, même si ce n’est évidemment pas ce que souhaitait Vattimo. La « pensée faible » menace de tomber dans un relativisme généralisé, et ce n’est certainement pas cela qui peut nous redonner du sens à partager. .

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Albert Camus voyait deux menaces nihilistes. L’une est le totalitarisme de l’Etat, qui nie l’individu. La seconde menace est le totalitarisme de l’individu, qui nie l’Etat, et, au-delà de l’Etat, qui nie le collectif, qui nie la sphère publique au profit de la sphère privée, et qui nie le commun au profit du particulier, de l’individuel, du privé.

A la rage de détruire des nihilistes russes et de leurs émules, et aux faux remèdes du relativisme, Albert Camus opposait la noblesse de la révolte. A la menace des ténèbres, à la menace de l’extinction des grandes et nobles passions humaines, à la menace d’une société en sommeil de l’âme, léthargique et apathique, au rêve d’un petit bouddhisme européen étriqué, que pressentait Nietzsche, Albert Camus opposait le grand soleil ou encore le grand midi : la clarté de l’esprit, l’amour des siens, la fidélité à ses origines, le nécessaire sens des limites. A l’oubli des corps, il opposait l’exultation des corps. Aux racialismes de tous bords, rabattant les corps sur un type biologique, il opposait la lente et difficile construction des communautés humaines, et. C’est ainsi qu’il pratiquait l’anti-nihilisme. Il reste actuel parce qu’il nous dit des vérités de tous les temps.

Dans un monde où le paradigme est individualiste parce qu’il est libéral, les « droits » de l’individu s’autoalimentent à l’infini. C’est-à-dire que l’individu, oublieux de la nation, devient simple ayant droit créancier d’un Etat qui n’est porteur d’aucun sacré, dirigé par un PR (Président de la République) sans aucune transcendance. Cet individu ne tolère aucune privation de libertés. Celles-ci sont sans cesse accrues, sauf les libertés de penser et de s’exprimer, ce sont des libertés toujours individuelles, toujours définies comme le droit de ne pas être entravé dans ses choix personnels, quelles que soient leurs conséquences sociales. La société, c’est-à-dire « les autres « deviennent l’ennemi. « L’enfer, c’est les autres », disait Sartre. Le libéralisme accompli repose sur cela. Je ne dois rien aux autres, je suis le centre du monde. Quand je trie mes déchets, je prétends grotesquement que je prends soin de « ma » planète (sic).

Tout désir devient un droit, selon une logique bien analysée par Michel Clouscard. L’idéologie du désir est reine. Et ce désir sans vision, sans but, sans telos, devient un « présentisme » (une vie uniquement dans le présent) qui ne débouche sur rien d’autre que lui-même, sur le rien, sur le nihil. C’est un désir qui se regarde s’intensifier à vide. Ce désir se déploie de manière privilégiée dans une société qui n’est plus qu’un marché, la société de marché, une société que l’on peut appeler « la bête sauvage », selon l’expression de Michel Clouscard. La bête sauvage est la société soumise au marché.

On trouve sous ma plume, dans de nombreux articles et livres, depuis plus de 10 ans, une mise en cause du progressisme comme idéologie du progrès, une mise en cause qui précise sa responsabilité dans nos maux actuels : régression sociale, dont sont victimes les classes populaires et moyennes, délires sociétalistes, climat de terreur idéologique, « guerres du droit » (les plus inhumaines de tous), et tout simplement avancées du crétinisme ambiant.

Eric Zemmour, avec son talent de polémiste et son sens de la synthèse, revient sur cette notion de progressisme. Avant de le citer, je m’associe à tous les mouvements qui réclament le retour à la liberté d’expression qui a été liquidée au terme d’un processus qui a duré quelque 30 ans et qui coïncide – ce n’est pas par hasard – avec le triomphe de l’idéologie libérale-libertaire.

Mais cette liberté d’expression n‘a de sens que son si on la réclame pour tous, pour Eric Zemmour, pour Michel Onfray, pour Alain Soral, pour Dieudonné, pour Etienne Chouard, pour tous les intellectuels, militants, voire humoristes, qui expriment leurs idées d’une façon irrespectueuse par rapport à la bien-pensance, et au confort intellectuel, ce qui est bien le propre du polémiste (Voltaire, Diderot, Victor Hugo n’en ont-ils pas usé ?).

La question n’est pas celle des idées elles-mêmes (Par exemple, j’ai trouvé détestable et ordurière, la deuxième lettre à Macron de Michel Onfray, la première étant plutôt bienvenue). La question est celle, toute simple et toute nue, de la liberté d’expression. Il n’y a pas de liberté d’expression si elle n’inclut pas le droit au blasphème. La loi doit bien sûr garder un rôle à jouer, et c’était ce que faisait à elle seule, fort bien, jusque dans les années 1950-60, la loi du 29 juillet 1881, qui n’a cessé d’être corrigée, complétée, dénaturée par un arsenal de lois, de réglements, de décrets, dans le sens d’une intolérance de plus en plus grande à la liberté d’expression, ce qui était accessoirement le signe d’un dessaisissement de plus en plus accru du Parlement au profit de l’exécutif, c’est-à-dire de l’arbitraire gouvernemental.

Ces précisions faites, il nous faut comprendre ce qu’est le progressisme. C’est un nihilisme de tout ce qui n’est pas l’individu. C’est ce qui, en même temps, rabat l’individu sur le même, un même interchangeable parce qu’il est entièrement plastique, ou liquide, ou façonnable. L’image de la postmodernité, c’est la machine à imprimer en 3 D. Et c’est ainsi que les médias veulent imprimer nos cerveaux, comme le décrypte bien une célèbre émission de TV Libertés réalisée par Le Gallou (i-médias).

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« Le règne de l’individu libre a abattu les vieilles barrières entre les humains et les anciens préjugés. Le patriarcat est mort et les femmes sont libérées de millénaires d’oppression. », dit Eric Zemmour.

« Progressisme : la religion du progrès, un millénarisme qui fait de l’individu un dieu et de ses volontés jusqu’aux caprices un droit sacré et divin. »

« Le progressisme est un matérialisme divinisé qui croit que les hommes sont des êtres indifférenciés, interchangeables, sans sexes ni racines, des êtres entièrement construits comme des Lego et qui peuvent être donc déconstruits par des démiurges.

Le progressisme est un messianisme sécularisé, comme le furent le jacobinisme, le communisme, le fascisme, le nazisme, le néolibéralisme ou le droit-de-l’hommisme.

Le progressisme est une révolution. D’ailleurs, souvenez-vous, le livre de campagne de notre cher Président s’appelait Révolution. Une révolution ne supporte aucun obstacle, aucun retard, aucun état d’âme. Robespierre nous a appris qu’il fallait tuer les méchants. Lénine et Staline ont rajouté qu’il fallait aussi tuer les gentils. La société progressiste au nom de la liberté est une société liberticide. ‘’Pas de liberté pour les ennemis de la liberté’’. Le cri de Saint-Just est toujours à son programme. [Saint Just disait ainsi ‘’Un peuple n’a qu’un ennemi dangereux c’est son gouvernement’’, ce qui résonne curieusement à nos oreilles en ce moment].

Depuis les Lumières, depuis la Révolution française, depuis la révolution de 1917, jusqu’à même la IIIe République avec ses radicaux franc-macs, jusqu’à aujourd’hui, c’est toujours le même progressisme : la liberté, c’est pour eux, pas pour les autres. La liberté, eux seuls peuvent l’apprécier et en user. La liberté, eux seuls en sont dignes. »

Nihiliste, le progressisme ? Après tant d’optimisme pour le progrès, pour que l’homme puisse devenir une femme comme les autres, et retour, pour qu’un homme puisse devenir une mère comme les autres, et une femme un père comme les autres, pour qu’un vieux soit « un jeune comme les autres », dans une société où nous avons de moins en moins d’enfants, mais de plus en plus de jeunisme, et de culte des « mamans », et des « papas ». Comment ce progressisme, qui nous annonce, comme aux temps des communismes, un avenir radieux, un homme augmenté pourrait-il être nihiliste ?

Et pourtant, il l’est. Il y a bel et bien une tonalité nihiliste dans le progressisme. Augmenté, l’homme ? La seule augmentation de l’homme que l’on constate, c’est l’augmentation de son poids. C’est l’obésité. Ou l’augmentation des émissions télévisées de plus en plus débiles. Le progressisme, c’est le refus de tout ce qui relève du collectif, du peuple en tant que peuple, et non comme simple addiction d’individus, et c’est le refus de toute transmission, puisque le nouveau est forcément meilleur que l’ancien.

De ce point de vue, on ne peut être conservateur, contre le nihilisme de la religion du progrès, qu’en étant conservateur et révolutionnaire, c’est-à-dire ennemi du progressisme dans toute sa logique, à la fois sociétale, économique et sociale. L’adversaire du progressisme rejette donc inévitablement, s’il est cohérent, l’individualisme libéral. Il verra qu’il est nécessaire de rompre avec ce qui nous a détruit, de sortir de la religion du progrès, et de la religion des droits de l’homme, qui est l’exact opposé du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, et dont le préalable est tout simplement de rester des peuples, c’est-à-dire de maitriser leur territoire, et le peuplement de leur territoire, et le rythme et le degré de métamorphoses acceptables et souhaitables pour rester un peuple. Cela ne veut pas dire rester identique. Cela veut dire rester soi.

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Nous avons vu comment Nietzsche analyse le nihilisme. L’analyse est tout autre avec Martin Heidegger. Les nihilistes sont pour lui ceux qui ne vont pas à la rencontre de l’être, ceux qui pensent dans l’oubli de l’être. Ces nihilistes sont donc, dans l’Antiquité, les cyrénaïques, Zénon d’Elée le présocratique (à ne pas confondre avec, plus tardif, le stoïcien Zénon de Cition), les philosophes cyniques et les philosophes sceptiques.

L’analyse de Heidegger est exactement l’inverse de celle de Nietzsche. C’est-à-dire que les nihilistes des uns sont les anti-nihilistes des autres. Les choses sont même encore plus complexes, car, pour Heidegger, l’apparition de l’être, l’ereignis, l’événement de l’être, la manifestation de l’être, se fait sur fond de néant. Mais le néant est encore entendu du point de vue de l’être, de l’ontologie, et non du point de vue de la négation des valeurs.

Pour Zénon d’Elée, si le monde est Un et indivisible, alors, rien n’est divisible et aucune chose n’existe. La continuité de l’être, monolithique, aboutit pour Zénon à un inévitable constat de l’inexistence des choses. Le nihilisme tel que le voit Heidegger, c’est donc un nihilisme ontologique, un nihilisme qui porte sur l’être. Nous sommes loin de l’analyse de Nietzsche, qui porte sur les valeurs, c’est-à-dire sur ce qui donne sens à la vie humaine.

Le scepticisme de Pyrrhon d’Elis (Elis est dans le Péloponnèse) est aussi une forme de nihilisme. Pyrrhon d’Elis s’abstient de tout jugement sur les choses sensibles, il ne croit pas que l’on puisse atteindre à aucune certitude métaphysique, mais il ne juge pas inutile la science ni les arts. C’est un scepticisme ontologique.

Le nihilisme ontologique que Heidegger récuse, c’est aussi celui de Gorgias de Léontium. Pour Gorgias, il n’y a rien. S’il y avait quelque chose, ce serait inconnaissable, et, de toute façon, ce serait incommunicable. Du point de vue de Gorgias, seuls sont réels les phénomènes. Il n’y a pas de noumène (ce que l’on appelle des en-soi, par opposition aux pour-soi du phénomène). Il n’y a que des apparences, et dans le domaine de ce qui apparait, il n’y a pas de vérités absolues. Tout est simplement question de perspective. Gorgias considère qu’il n’y a que des choses phénoménales. Ce nihilisme quant à l’être est très différent d’autres pensées qui doutent de l’existence même des phénomènes.

D’autres nihilismes antiques ne portent pas sur l’être, mais sur les valeurs. Ainsi, selon Diogène, il ne faut pas observer les coutumes de la société. « Voici l’homme de Platon », disait-il en brandissant un coq déplumé. Il ne croyait ni à l’amour, ni aux bienfaits des attachements humains : c’est un nihilisme pratique.

Le nihilisme peut être un élément d’une stratégie intellectuelle. Chez Gorgias, le nihilisme quant à l’être (le nihilisme ontologique) vise à sauver le logos. Chez Sextus Empiricus, de l’école sceptique et empirique, lui aussi maître de la suspension du jugement (l’art de ne pas se prononcer), l’epoche, ce même nihilisme vise à sauver l’ataraxie. Et dans le jeu de massacre auquel se livre Diogène, qu’est ce qui résiste ? Là aussi, c’est l’ataraxie.

Avec Schopenhauer, on retrouve l’ataraxie. On est confronté à une forme particulière de nihilisme. Ce qui est nié, c’est la volonté individuelle. Elle est niée au profit d’un vouloir-vivre collectif. Schopenhauer ne dit pas que la volonté individuelle n’existe pas, il dit qu’il faut s’en débarrasser. Ce n’est donc pas un nihilisme de constat, mais c’est un nihilisme de combat. C’est de ce point de vue un nihilisme actif. Il faut détruire quelque chose pour arriver à la non-souffrance, à l’ataraxie. Il y aurait donc un bon nihilisme consistant à se débarrasser des idoles, et c’est ici la volonté. Ce peut être un nihilisme qui consiste à tenter de se débarrasser de Dieu. On est toujours dans l’idée qu’il y a des choses à enlever dans la vie, des patriotismes à raboter, des gloires nationales à éradiquer, des survivances de traditions « moisies » à liquider. On refuse le monde et la vie tels qu’ils nous ont été donnés.

Dans le même temps que l’on trouve que le monde n’est pas assez beau tel qu’il est, on veut tout abaisser. « Il n’y a pas de héros pour son valet de chambre ». On oublie que ce n’est pas parce qu’il n’y a pas de héros, ou au moins de grands hommes, mais que c’est parce que le valet de chambre n’est qu’un valet de chambre, et qu’il ne voit que ce qu’il a à voir en tant que tel.

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Dans Les Démons de Dostoïevski, Alexei Nilich Kirilov s’écrit : « Si Dieu n’existe pas, je suis Dieu ». Cette phrase va plus loin que le fameux « tout est permis ». Sans Dieu, on arrive très vite au culte idolâtre de soi. A moins de renouveler sans cesse les exigences narcissiques, ce culte s’épuise facilement. C’est bien pourquoi les temps actuels sont marqués par l’inflation du « tout à l’ego » et des demandes de reconnaissances narcissiques. Ce « tout à l’ego » est exclusif de toute recherche du bien commun.

En outre, le culte de soi ne peut se maintenir qu’à un haut niveau de volonté. Avec l’affaissement de la volonté, le culte de soi débouche vite sur un nihilisme. « Nihiliste, ce mot désignerait un homme qui ne veut rien », lit-on chez Tourgueniev (Pères et fils). Effectivement, si rien ne vaut, pourquoi vouloir quelque chose ? Mais aussi, pourquoi respecter quelque chose ? Du point de vue du nihiliste, les institutions, les mœurs, les usages n’ont aucune raison d’être respectés. Tout est plastique. Tout est transgressable. Mais en fait, comme il n’y a pas de nature humaine, ni la moindre « loi naturelle », il n’y a rien à transgresser, ce qui fait que notre société est à la fois faussement transgressive et effroyablement conformiste.

La rage de détruire des nihilistes russes au XIXe siècle a laissé la place à la liquéfaction de tout chez les nihilistes contemporains, nos frères. Sur quel rocher pourra-t-on s’appuyer pour résister à cette marée liquide ? Sans doute sur le besoin humain de stabilités culturelles, de permanences, de durée. Naviguer ne dure qu’un temps. Encore faut-il savoir où sont les terres, et où sont les ports amis. Il est temps de mettre le cap sur un port d’attache.

Pierre Le Vigan
02/11/2019

Source : Correspondance Polémia

Crédit photo : Domaine public

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Pierre Le Vigan

Urbaniste de formation, DEA de l'EHESS, a publié de nombreux articles sur les questions politiques et de mouvement des idées. Son dernier livre est "Soudain la postmodernité" (éditions La barque d'or).

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