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Le gauchisme, maladie adolescente (2/4) : l’injuste procès des énergies fossiles

Le gauchisme, maladie adolescente (2/4) : l’injuste procès des énergies fossiles

par | 28 avril 2026 | Économie, Société

Le gauchisme, maladie adolescente (2/4) : l’injuste procès des énergies fossiles

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Après un premier article sur l’absurdité des postures anticapitalistes, Gilles Ardinat, Professeur agrégé et docteur en géographie économique et auteur de Comprendre la mondialisation en 10 leçons, se penche sur un autre aspect néfaste de l’idéologie de gauche : son obscurantisme sur les questions énergétiques.
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Les militants de droite utilisent sans cesse le qualificatif « gauchiste » pour désigner de manière péjorative leurs adversaires de gauche. Mais la plupart ignorent que ce terme a été popularisé par Lénine dans un célèbre essai publié en 1920 (1). Afin de disqualifier les mouvements révolutionnaires jugés déviants et immatures, le chef de file des bolcheviques a alors qualifié le gauchisme de « maladie infantile du communisme ». La thèse de cette série d’articles est que le gauchisme contemporain, plus d’un siècle après la mort de Lénine, ressemble davantage à une crise d’adolescence (2) : à la manière d’un adolescent qui critique systématiquement les adultes qui l’ont pourtant aidé (parents, professeurs, figures d’autorité diverses…), les gauchistes actuels vouent aux gémonies une société qui leur a pourtant apporté des bienfaits inestimables. En effet, le gauchisme « woke » universitaire et sa version électorale (représentée en France par LFI et une myriade de petits partis (3)) sont fondamentalement des idéologies du ressentiment (4) et du rejet de l’ordre établi. Nous verrons que l’anticapitalisme (I), la critique radicale des énergies fossiles (II) et de l’agriculture productiviste (III) ainsi que la haine irrationnelle de l’Occident (IV), constitutifs du gauchisme actuel, remettent paradoxalement en cause les facteurs essentiels du prodigieux progrès économique, social et technologique dont bénéficie notre époque.

Transition énergétique : haro sur les énergies fossiles !

« Décarbonner l’économie » est devenu une priorité pour l’ensemble des grands partis politiques. À gauche, cette injonction est présentée comme quasi existentielle. L’humanité est menacée par le réchauffement climatique (parfois appelé aussi « dérèglement » ou « changement »). En s’appuyant sur une interprétation particulièrement alarmiste des travaux du GIEC (5), les partis de gauche annoncent des catastrophes en série et pointent du doigt les coupables : le CO2 (dioxyde de carbone) et les énergies fossiles (charbon, pétrole et gaz) qui émettent ce CO2 lors de leur combustion. Ainsi, pour la tête de liste des Verts/EELV aux européennes de 2024, « notre dépendance aux énergies fossiles détruit le climat » (6). Pour l’activiste suédoise Greta Thunberg, continuer à exploiter les énergies fossiles « sera une condamnation à mort pour d’innombrables personnes » (7). Recourant à une terminologie extrémiste (« bombe climatique », « extinction de masse », « écocide », « urgence climatique », « crime climatique »…), cette croisade mondiale contre les énergies fossiles permet à la gauche de justifier de nouvelles taxes (comme un « ISF climatique » proposé par OXFAM (8)). La lutte contre le CO2 conduit en outre à réhabiliter l’idée de planification (non plus stalinienne mais « écologique » (9)) et accompagne un discours anticapitaliste virulent (10).

Les énergies fossiles ont en effet de gros inconvénients. Issues d’un processus de fossilisation durant des millions d’années, elles sont non renouvelables à l’échelle des sociétés humaines. Leur extraction est éminemment polluante. Les mines et carrières de charbon polluent gravement leur environnement et les accidents ont causé des dizaines de milliers de morts depuis le début de la révolution industrielle (11). Les fuites de pétrole (appelées « marées noires » en milieu marin) causent des dommages aux écosystèmes. Les pollutions atmosphériques liées à la combustion de ces énergies sont dans certaines régions un véritable problème de santé publique (12). Surtout, la combustion de ces énergies libère des gaz à effet de serre et notamment du CO2. Selon le GIEC, ces énergies ont contribué à l’augmentation du taux de CO2 dans l’atmosphère. Ce taux est estimé à 280 ppm (0,028 %) au début de l’ère industrielle et à 420 ppm (0,042 %) aujourd’hui, soit une augmentation de 50 %. Si cette augmentation est un sujet de controverse politique et scientifique (13), il n’en demeure pas moins que ces énergies ont des conséquences écologiques non négligeables.

Si les inconvénients des énergies fossiles sont considérables, les activistes du climat ignorent les bienfaits permis par le charbon, le pétrole et le gaz : les fossiles ont été le carburant de la formidable croissance économique mondiale depuis près de deux siècles.

L’énergie, input oublié du progrès économique et social

L’article « Le gauchisme, maladie adolescente (1/4) : l’absurdité des postures anticapitalistes » affirme que l’amélioration inédite des conditions de vie depuis plus d’un siècle avait été grandement favorisée par le système capitaliste. Celui-ci a offert un cadre particulièrement dynamique à la croissance économique mondiale. Cependant, cette croissance a été permise par l’injection massive d’énergies fossiles : c’est l’utilisation de ces énergies (81 % du bouquet énergétique mondial (14)) qui a rendu physiquement possibles les prodigieux gains de productivité observés depuis 1850. L’énergie est un intrant/input absolument indispensable à la multiplication des biens et des services. Le confort moderne, l’abondance de la société de consommation et le progrès social sont totalement liés à ces énergies. En somme, notre mode de vie (particulièrement confortable si on observe celui des sociétés préindustrielles) est totalement dépendant des énergies fossiles. Les courbes de la croissance économique mondiale et celles de la consommation totale d’énergie sont strictement corrélées. L’extraction puis la combustion de charbon (1re révolution industrielle), de pétrole (2e révolution industrielle) puis de gaz (méthane) sont indispensables à l’augmentation du PIB mondial.

En somme, la croissance économique peut se comprendre comme la transformation d’énergies (principalement fossiles) en biens et en services grâce à un système productif efficace (le capitalisme) et à des innovations régulières (logique schumpétérienne (15)). Sans énergie, pas de gain de productivité et donc pas d’amélioration des salaires réels (pouvoir d’achat) : les énergies fossiles ont été au cœur du processus d’amélioration de notre quotidien. Par exemple, elles ont révolutionné les transports et permis notre mobilité. Sans pétrole, pas d’aviation, pas de voiture individuelle, pas de circulation des marchandises, pas de liberté de mouvement. Ces énergies ont révolutionné notre rapport à l’espace et au temps. Elles ont permis la création de centaines de millions d’emplois à travers le monde. Notons d’ailleurs qu’au niveau mondial, l’électricité est à 65 % d’origine fossile (16). Le processus d’électrification, vanté par tant d’écologistes, reste largement dépendant du charbon et du gaz.

Le pouvoir émancipateur des énergies fossiles nié par les gauchistes

Tel Gambetta déclarant « le cléricalisme, voilà l’ennemi » (17), le leitmotiv de l’écologie de gauche pourrait se résumer à : « les énergies fossiles, voilà l’ennemi » ! S’appuyant sur une littérature scientifique abondante, les militants écologistes peuvent affirmer que « les énergies fossiles détruisent notre santé, le climat et la biodiversité » (18). Mais cette présentation, intégralement négative et donc partiale, omet volontairement le formidable pouvoir émancipateur de ces énergies. Comme évoqué au paragraphe précédent, elles ont permis de révolutionner les transports et donné notre liberté de mouvement. Bien au-delà des transports, les énergies fossiles ont libéré l’humanité des travaux les plus pénibles dans les champs (mécanisation agricole), dans les usines (robotisation et automatisation) ou sur les chantiers (machines-outils), permettant des gains de productivité phénoménaux. Les tâches les plus difficiles, jadis réalisées péniblement à la force du poignet ou avec des animaux de trait, sont assurées dorénavant par des machines (dont le moteur fonctionne avec du charbon, du pétrole ou de l’électricité majoritairement d’origine fossile). Il y a une substitution du travail humain (énergie musculaire) par une énergie exogène (d’origine fossile). Ce remplacement a facilité l’existence de milliards d’êtres humains et a permis la tertiarisation de l’économie (en libérant la main-d’œuvre agricole et industrielle).

Les énergies (à 81 % fossiles) sont indispensables à notre bien-être corporel et à notre confort matériel. Elles ont changé la vie quotidienne des travailleurs et tout particulièrement celle des femmes (19). Pourtant, la mouvance gauchiste refuse de faire ce constat. Elle diabolise les énergies fossiles qu’elle assimile parfois au capitalisme (concept de « capitalisme fossile » popularisé par un célèbre universitaire suédois d’extrême gauche (20)). Ce rejet sans nuance des énergies fossiles est un véritable paradoxe pour des activistes qui promettent de baisser la durée du travail, d’améliorer la vie des travailleurs et la condition féminine. Dans l’état actuel des techniques et du marché, le charbon, le pétrole et le gaz sont l’une des clés du progrès matériel. Le nucléaire (lui aussi souvent conspué par l’extrême gauche) et les renouvelables restent minoritaires (respectivement 5 % et 14 %) dans le bouquet énergétique mondial. Notons que l’épuisement des énergies non renouvelables, annoncé comme imminent depuis le début des années 1970 (21), n’est pas d’actualité : le renchérissement tendanciel des hydrocarbures et l’amélioration des méthodes d’extraction repoussent régulièrement les pics pétrolier et gazier. À moyen terme, elles vont rester abondantes et continuer d’alimenter la croissance économique mondiale. En niant l’apport quantitatif et qualitatif de ces énergies, en les assimilant aux pires dérives du capitalisme et en tenant un discours apocalyptique sur le climat, les gauchistes confortent leur posture irresponsable. Cette immaturité intellectuelle, que l’on peut qualifier de « climato-gauchisme » (22), est une forme caricaturale d’ingratitude.

Gilles Ardinat
28/04/2026

  1. Vladimir Illitch Lénine (1920), « La Maladie infantile du communisme : le gauchisme ».
  2. La crise d’adolescence a été l’objet d’innombrables études par des sociologues et psychologues. Le psychologue germano-américain Erik Erikson, élève d’Anna Freud, est aujourd’hui le plus fréquemment cité sur ce sujet (avec notamment sa théorie sur « le moratoire psychosocial »).
  3. Citons ici Génération.s (le groupuscule créé en 2017 par Benoît Hamon), Lutte ouvrière (parti trotskiste représenté par Nathalie Arthaud (jadis par Arlette Laguiller)), Les Verts (encore connus sous le sigle EELV), le Parti communiste français (PCF), La Jeune Garde (milice du député Raphaël Arnaud), les NPA (Nouveaux partis anticapitalistes).
  4. Le ressentiment peut ici s’envisager dans son acception nietzschéenne, c’est-à-dire comme une frustration intériorisée conduisant, par une inversion des valeurs, à une morale réactive.
  5. Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat a été créé en 1988 sous l’égide de l’ONU afin d’expertiser les questions climatiques. Ce vaste réseau de scientifiques publie depuis 1990 un rapport très médiatisé qui soutient la thèse d’un réchauffement planétaire d’origine humaine.
  6. Déclaration de Marie Toussaint au Parlement européen le 26 mars 2026.
  7. Déclaration lors d’une conférence de presse à Bonn le 13 juin 2023.
  8. OXFAM (Oxford Committee for Famine Relief) est une association caritative originaire du Royaume-Uni. Ses accointances avec la gauche sont de notoriété publique. Par exemple, Manon Aubry, tête de liste LFI aux européennes de 2019 et 2024, est une ancienne d’OXFAM.
  9. Jean-Luc Mélenchon avait fait de cette « planification écologique » une priorité de son programme présidentiel 2022.
  10. Par exemple, l’entreprise TotalEnergies est la cible d’innombrables campagnes de dénigrement et de procès intentés par des associations écologistes de gauche. Un article de L’Humanité résume bien ces campagnes : « 100 ans de Total : un siècle de ravages et 5 scandales » (publié le 28 mars 2024).
  11. Ces accidents restent fréquents en Chine où, chaque année, plusieurs centaines (selon les médias locaux) voire plusieurs milliers de morts certaines années (selon des ONG occidentales) sont à déplorer.
  12. Un rapport rédigé par le Health Effects Institute en partenariat avec l’UNICEF en 2024 indique que plus de 8 millions de personnes seraient mortes précocement en 2021 dans le monde du fait des pollutions atmosphériques (imputables principalement aux énergies fossiles).
  13. Steven E. Koonin (2022), Climat, la part d’incertitude, Paris, L’Artilleur, 348 p.
  14. En 2022, le bouquet (ou mix) énergétique mondial est composé à 31 % de pétrole, 28 % de charbon, 22 % de gaz (soit 81 % de fossiles), 5 % de nucléaire et de 14 % d’énergies renouvelables diverses (barrages hydroélectriques, biomasse…).
  15. Joseph Aloïs Schumpeter (1883-1950), économiste austro-américain hétérodoxe du XXe siècle, avait démontré le lien entre innovation et croissance économique, expliquant les cycles de croissance successifs par les innovations scientifiques ou organisationnelles (qui créent de nouveaux marchés et des gains de productivité).
  16. Data Lab, Chiffres clés de l’énergie 2025, SDES. Le charbon (38 %) et le gaz (24 %) restent incontournables alors que la part du pétrole dans la production électrique (3 %) est en baisse régulière.
  17. C’est avec cette phrase qu’il conclut son célèbre discours anticlérical du 4 mai 1877 devant l’Assemblée.
  18. Titre de l’ouvrage célèbre de Barbara Demeneix publié en 2022 chez Odile Jacob.
  19. Dans son ouvrage Féminicène, Les vraies raisons de l’émancipation des femmes, les vrais dangers qui les menacent (2023), Véra Nikolski souligne le rôle moteur des progrès techniques, de la révolution industrielle et donc des énergies dans l’amélioration concrète de la condition féminine (réduction des tâches domestiques, salarisation, tertiarisation…).
  20. Andreas Malm (2016), Fossil Capital: The Rise of Steam Power and the Roots of Global Warming.
  21. Des écologistes (pour la plupart de gauche) annoncent depuis plus de 50 ans l’effondrement de la « production » (qui est en réalité une extraction) de pétrole et de gaz du fait de leur raréfaction. Le peak oil et le peak gas ne se sont pas encore produits et les réserves de charbon, de pétrole et de gaz restent très abondantes. Les prédictions du Club de Rome ou de Dennis Meadows sur ce point précis ne se sont pas confirmées.
  22. Voir l’article « Islamo-gauchisme et climato-gauchisme : une même idéologie », publié par Philippe Charlez le 11 novembre 2023 sur Boulevard Voltaire. Cet expert est par ailleurs l’auteur d’un excellent ouvrage sur cette question : L’Utopie de la croissance verte : les lois de la thermodynamique sociale (2021).

 

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