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« Ne jamais dire : 'Je fais confiance à la justice de mon pays !' »

« Ne jamais dire : ‘Je fais confiance à la justice de mon pays !’ » [Entretien avec Jean-Yves Le Gallou]

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Par Jean-Yves Le Gallou ♦ Il y a quelques jours, trois jeunes identitaires ont été condamnés à six mois de prison ferme et 75 000 euros d’amendes pour avoir conduit une action de défense de la souveraineté des frontières françaises dans les Hautes Alpes. Dans un entretien publié le 30 août dernier, Jean-Yves Le Gallou tirait à boulets rouges sur la magistrature française. Il récidive dans un nouvel entretien encore plus explosif.
Polémia


La justice couchée

Polémia : Votre article de Polémia et vos tweets sur la condamnation des Identitaires ont fait le buzz ! Mais n’êtes-vous pas allé trop loin dans le commentaire – critique – d’une décision de justice.

Jean-Yves Le Gallou : Non, la justice est censée être rendue « au nom du peuple français ». Il est donc normal que les citoyens puissent s’exprimer à son sujet. Il y a trois pouvoirs aujourd’hui en France : le pouvoir médiatique, le pouvoir exécutif et le pouvoir judiciaire. En tant qu’opposant au Régime, j’ai un devoir de critique. Sur ces trois pouvoirs. D’autant que ces pouvoirs sont entremêlés.

Polémia : Mais la justice est indépendante !

Jean-Yves Le Gallou : Ne dîtes pas cela à un cheval de bois, il vous donnerait des coups de pieds !
« Il y a un juge indépendant en France c’est le président de la Cour de Cassation… et encore s’il est célibataire et sans enfant » est une vielle formule républicaine. La justice est une organisation hiérarchique, territoriale, et tout simplement humaine. Les hommes – et surtout les femmes aujourd’hui – briguent des honneurs, sollicitent des postes ou demandent des décharges, attendent des décorations et… souhaitent de bons comptes rendus dans la presse. Bref, il leur est recommandé d’être bien avec le parti au pouvoir, les médias et les syndicats de juges qui peuplent les commissions de promotion.

Les universitaires distinguent la justice assise (les magistrats qui rendent les jugements), en théorie inamovible, de la justice debout (le parquet qui engage et instruit les poursuites) à disposition du ministre. En fait, sur tous les sujets sensibles, il y a surtout une justice couchée. En particulier devant les conformismes du temps.

Polémia : Vous exagérez,les magistrats ne sont-ils pas tenus par le code pénal et le code de procédure pénale ?

Jean-Yves Le Gallou : Parlons-en.

Le code pénal est un monument de sévérité. Appliqué au pied de la lettre, il permettrait de ruiner 10 millions de Français et d’en placer plusieurs millions en prison. Bien sûr, la sévérité du code pénal est tempérée par « l’opportunité des poursuites ». Et c’est là qu’intervient l’arbitraire politique des procureurs : laxisme pour les crimes et délits commis dans les banlieues de l’immigration ; férocité de la répression pour les victimes de cambriolages ou les jeunes Européens qui se défendent d’une agression et bien sûr pour les dissidents.

L’extrême gauche et les immigrationnistes (voir l’affaire Herrou, ce complice des passeurs de clandestins,traité en héros) sont ménagés. Les opposants politiques – Gilets jaunes, Manif pour tous ou Identitaires – sont défoncés.

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Pour les opposants au Régime, les « juges » oublient souvent ce principe premier du droit pénal, à savoir qu’il doit être d’ « interprétation restrictive ».

Ainsi à La Roche-sur-Yon, le 18 mai 2019, un court chahut, lors d’une opération de propagande LGBT, a conduit le procureur à déplacer séance tenante des enquêteurs en charge d’une affaire de viols pour poursuivre d’innocents étudiants ayant renversé… un panonceau. Et à engager des poursuites pour « violences ». Des « violences » absolument introuvables sur les vidéos de l’événement.

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À Gap, les lanceurs d’alerte de Génération identitaire ont été poursuivis et condamnés pour « exercice d’une activité de nature à créer une confusion avec une fonction publique » alors que les témoignages des gendarmes, des policiers et des…clandestins prouvent qu’il n’en est rien. Alors même que dans un premier temps le procureur avait constaté qu’il n’y avait aucun délit jusqu’à ce qu’il reçoive une circulaire ministérielle et un coup de téléphone lui demandant d’entrer dans la voie de la répression.

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Polémia : Qu’en est-il du code de procédure pénale ?

Jean-Yves Le Gallou : Il est d’une infinie complexité ! Bien utilisé par des avocats, il permet d’invalider beaucoup de poursuites. Au profit des proches de Macron, des racailles, des voyous, des clandestins… Plus rarement, hélas, au bénéfice des mal pensants ! Car, pour eux ces moyens de droit sont très souvent écartés.

Polémia : Pourtant tous les magistrats ne sont pas forcément engagés du côté des immigrationnistes et de l’extrême gauche !

Jean-Yves Le Gallou : Non bien sûr. Il y en même qui sont conservateurs, patriotes et identitaires mais il y a peu de chance qu’ils soient en charge des dossiers « sensibles » qui sont traités par la haute hiérarchie : chefs de parquet et chefs de juridiction.Voici ce qu’en pensait le grand avocat Maurice Garçon, avocat (1889-1967) : « Ils ont peur de leur ombre dès que se manifeste une intervention un peu puissante. Toutes les palinodies leur sont bonnes lorsqu’il s’agit de flatter le pouvoir. (…) Plus ils gravissent les échelons des honneurs, plus ils sont serviles. »

Les fonctionnaires peuvent sortir de leur réserve… quand ils défendent l’immigration !

Procureur : commissaire politique et agent de communication gouvernemental

Polémia : Quel est le rôle d’un procureur ?

Jean-Yves Le Gallou : Le procureur est aux ordres du ministre.

Le procureur de Gap constate que les identitaires n’ont pas commis de délit au Col de l’Echelle puis diligente les poursuites qu’on lui demande.

Immédiatement après l’incendie de Notre-Dame, le procureur de Paris – choisi personnellement par Emmanuel Macron pour la souplesse de son échine – annonce qu’il ouvre une enquête pour « incendie accidentel ». Il n’en sait rien. On n’en sait toujours rien aujourd’hui. Mais c’est la thèse officielle. Circulez, il n’y a rien à voir !

Fin août 2019, dans les heures qui suivent l’attentat au couteau de Lyon, après un premier examen lors de la garde à vue par un médecin psychiatre, le procureur affirme que l’agresseur présente “un état psychotique avec un délire paranoïde”. Il n’en sait évidemment rien avant tout examen psychiatrique approfondi. En 2018, après l’attentat islamiste de Strasbourg, l’islamologue Gilles Kepel appellait à cesser les “élucubrations dénégationnistes”. Visiblement, les juges n’ont pas entendu son appel éclairé.

Au fond qu’est-ce qu’un procureur ? Un commissaire politique doublé d’un agent de communication du gouvernement !

Polémia : Vous oubliez que ce sont les magistrats du siège qui jugent et, eux, sont inamovibles.

Jean-Yves Le Gallou : C’est juste. Un magistrat qui ne cherche ni décharges, ni travaux complémentaires, ni affaires intéressantes, ni mutation, ni promotion, ni décoration, ni article louangeur est parfaitement indépendant. Cela existe. Le juge Didier Gallot n’avait jamais voulu quitter la Vendée par exemple.

Mais tout l’art d’un président de tribunal, c’est le « casting ». C’est lui qui choisit à quel président de chambre, et souvent avec quels assesseurs, il confie une affaire. Et évidemment le résultat peut changer du tout au tout !

Polémia : Reprenons la séquence de Gap…

Jean-Yves Le Gallou : Voici comment les Identitaires ont été condamnés pour leur action de lanceurs d’alerte sur la porosité de la frontière des Alpes :

1– Le procureur de Gap constate qu’il n’y a pas délit.

2– Puis il reçoit l’ordre d’engager des poursuites.

3– La présidente du tribunal s’auto charge du procès et nomme des assesseurs à sa main : un juge, M. Karim Chergui, et surtout Madame Laure Brouquère, un magistrat à titre temporaire. A votre avis, quelle est la garantie d’indépendance d’un magistrat à titre temporaire ?

Une juge partiale ?

Polémia : Et vous avez reproché à la présidente du tribunal de Gap, Isabelle Defarge, d’avoir participé à un colloque immigrationniste.

Jean-Yves Le Gallou : Oui, c’était en 2007, lorsqu’elle était vice-présidente du tribunal de Toulon.

Elle s’est affichée dans un colloque de défense du droit des étrangers – y compris clandestins – aux côtés de la Ligue des droits de l’homme, de la CIMADE, du GISTI, d’Amnesty international. Bref, tout le gratin immigrationniste subventionné. L’a-t-elle fait par conviction idéologique ? Opportunité ? Ou simplement pour répondre à une demande de sa hiérarchie ?

Je n’en sais rien mais – et c’est presque ce qui est le plus grave – ce qui est certain, c’est qu’elle n’aurait pas pu participer à un colloque orienté « défense des frontières » car, dans ce cas-là, elle aurait été démolie par les médias et dénoncée par le syndicat des avocats de France.

Polémia : Comment pouvez affirmer cela ?

Jean-Yves Le Gallou : Il y a le précédent du juge François Lagarde. Un énarque, magistrat administratif, en poste à Lyon. Élu à Orléans (hors du ressort du tribunal administratif de Lyon donc), il reçoit du maire LR, comme conseiller municipal LR, une « délégation à la lutte contre l’immigration clandestine ». Rien d’anormal à cela. Mais bronca des médias et du syndicat des avocats de France. N’écoutant que son courage, le président du tribunal administratif de Lyon décharge le juge Lagarde de ses fonctions et saisit la commission d’éthique du Conseil d’Etat. Celle-ci conclut, au nom de la « neutralité et de l’impartialité », que Lagarde ne peut plus être saisi de dossiers concernant l’immigration. Alors même que les plus en vue des conseillers d’Etat participent régulièrement à des colloques… immigrationnistes.

Polémia : Difficile de mieux illustrer le deux poids, deux mesures ?

Jean-Yves Le Gallou : Assurément. Je vous résume ce que les imbéciles appellent « l’État de droit » en deux leçons » :

1- La juge Lafarge, qui s’affiche avec la LDH et la CIMADE, s’auto-désigne pour condamner l’action des Identitaires.

2- Le juge Lagarde, élu LR, en charge de la lutte contre l’immigration clandestine à Orléans, est déchargé de ses fonctions au TA de Lyon.

Je récapitule : être pro-migrants n’est pas contraire à la présomption de « neutralité » d’un juge. Lutter contre l’immigration clandestine, si.

Vers une épuration du corps judiciaire ?

Polémia : Mais il faut bien assurer l’équilibre entre la défense des droits individuels et la protection de l’ordre public.

Jean-Yves Le Gallou : C’est une équation difficile, j’en conviens. Mais qui est actuellement très mal posée.

Au nom des libertés, la jurisprudence judiciaire et administrative rend quasiment impossible l’expulsion des étrangers en situation irrégulière, même délinquants, même terroristes.

Mais au nom de l’ordre public, la répression des opposants s’embarrasse de moins en moins bien de la garantie des libertés d’expression et de manifestation.

Polémia : Pour autant, n’avez-vous pas exagéré en posant la question de l’épuration du corps judiciaire ?

Jean-Yves Le Gallou : Je vous accorde qu’il il y avait un peu de provocation dans mon propos.

Condamnation des Identitaires. Faut-il épurer le corps judiciaire ? [Entretien avec Jean-Yves Le Gallou]

Et certains n’ont pas manqué de répondre à coup de points Godwin en évoquant… Vichy et Pétain. Un parfait contresens historique car Vichy n’a quasiment pas épuré la magistrature. Plus précisément il n’a pas eu à le faire puisque la quasi-totalité des magistrats ont prêté serment de fidélité au Maréchal Pétain en 1940 et qu’à la différence de l’administration et de l’armée il n’y eut guère de résistance judiciaire.

En revanche en 1944, l’inamovibilité des magistrats fut suspendue : 20 % des juges passèrent devant des commissions d’épuration et 266 furent suspendus et généralement révoqués.

Polémia : Mais c’est bien la troisième République qui a procédé à l’épuration la plus massive de magistrats.

Jean-Yves Le Gallou : Oui, en 1883, les jugements des juges furent passés sur le grill. Tous ceux qui au nom de principes supérieurs (à leurs yeux) refusaient d’appliquer avec suffisamment de sévérité les nouvelles lois de la République (notamment antireligieuses)furent révoqués : en tout 614, ce qui est considérable. Mais on peut comprendre les Républicains de l’époque : ils entendaient faire prévaloir leur volonté politique,issue du suffrage universel, sur un pouvoir des juges qu’ils estimaient anti démocratique. C’est une leçon à retenir. Comme celle de François Mitterrand : « Méfiez-vous des juges, ils ont tué la monarchie. Ils tueront la République. »

Quelques conseils

Polémia : Que faire ?

Jean-Yves Le Gallou : Ne jamais dire : « Je fais confiance à la justice de mon pays ! »

Polémia : Auriez-vous des conseils à donner à des militants poursuivis devant la justice ?

Jean-Yves Le Gallou : Oui, bien sûr :

1– Ne pas plier. Faire face. Faire front. Etre poursuivi par le Régime pour des propos ou des actions dissidentes ce n’est pas honteux, c’est plus qu’honorable.

2– Prendre conseil auprès de combattants politiques plus qu’autour de proches, généralement peu au fait des règles de la justice politique et ignorant que tout geste de soumission est pris comme un acte de faiblesse.

3– Choisir un bon avocat.

Polémia : Qu’est- ce qu’un bon avocat ?

Jean-Yves Le Gallou : Techniquement, c’est un spécialiste rompu au droit qui vous concerne.

Politiquement, c’est quelqu’un qui comprend, sinon partage, votre engagement.

Professionnellement, c’est quelqu’un qui n’est pas trop dépendant du système.

Bref, c’est une perle rare. Cela existe.

Polémia : D’autres conseils ?

Jean-Yves Le Gallou : 4– Aller jusqu’au bout des procédures : première instance. Appel. Cassation. CEDH.

Dans les procès politiques, l’instruction et la première instance sont les plus difficiles. Parce que la pression médiatique et politique est alors la plus forte. Avec l’appel, le temps commence à jouer pour les accusés et les règles de droit sont mieux prises en compte par les juges. Reste aussi la cassation bien sûr.

5– Ne pas hésiter à mobiliser des comités de soutien. Remplir des cagnottes ou recueillir l’appui d’associations de lutte contre les persécutions judiciaires.

6-Enfin (bis repetita) ne jamais plier. Jamais. Jamais.

Entretien avec Jean-Yves Le Gallou
05/09/2019

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Jean-Yves Le Gallou

Jean-Yves Le Gallou

Jean-Yves Le Gallou, ENA, inspecteur général de l’administration (ER), ancien député européen est le président de Polémia. Essayiste il a publié de nombreux ouvrages dont « La Tyrannie médiatique » et « Immigration : la catastrophe, que faire ? ». Jean-Yves Le Gallou présente chaque semaine sur TVlibertés i-média, émission d’analyse critique des médias.
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