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Islamisme. La France confrontée au terrorisme et aux menaces – La revue de presse de Radio Courtoisie

Islamisme. La France confrontée au terrorisme et aux menaces – La revue de presse de Radio Courtoisie

par | 26 octobre 2020 | Géopolitique, Politique, Société

Par Michel Leblay et Laurent Artur du Plessis ♦ La revue de presse du Libre journal de Dominique Paoli sur Radio Courtoisie du 26 octobre 2020 porte sur l’escalade guerrière née de la réaction des autorités françaises à l’assassinat de Samuel Paty par un islamiste.

Dans un entretien accordé à l’hebdomadaire Le Point, publié dans sa livraison du 31 août 2017, Emmanuel Macron déclarait : “Nous avons tourné la page de trois décennies d’inefficacité pour nous engager sur la voie de la reconstruction qui permettra la réconciliation”. Un an plus tard, première épreuve, le Président devait faire face à un scandale politique digne de l’ancien monde, l’affaire Benalla. Certes l’agitation est restée cantonnée à l’univers parlementaire et médiatique. Puis, au mois de novembre 2018, le pays bascula dans une contestation sociale, la crise des Gilets jaunes, avec des manifestations violentes d’un niveau inédit depuis les évènements de Mai 1968. Elles se prolongèrent pendant plusieurs mois. Alors que cette crise, qui témoignait de la fracture sociale analysée notamment par Christophe Guilluy depuis plusieurs années, ne fut jamais réellement résolue, l’agitation de la rue s’estompant néanmoins, le projet de réforme des retraites engendra grèves et manifestations, là dans le cadre traditionnel d’un mouvement syndical. Phénomène imprévisible, hors de l’humanité dans son origine, surgit à la fin de l’hiver 2020, l’épidémie de Covid 19 qui bouscula la société française et qui perdure. Elle oblige le gouvernement à prendre des mesures exceptionnelles restrictives de la liberté de circulation avec des conséquences économiques immenses dont il est encore difficile d’évaluer toute l’ampleur.

La France confrontée au terrorisme islamique

Mais la France est aussi confrontée à un mal endémique qui sévit depuis de nombreuses années, le terrorisme islamique, avec des attentats récurrents qui multiplient les victimes, morts et blessés. Les auteurs de ces attentats, opérateurs seuls comme Mohammed Merah en 2012 et Abdoullakh Anzorov, le 17 octobre 2020, ou en commandos organisés, impulsés de l’extérieur mais composés pour l’essentiel de résidents (en l’occurrence Belges et Français pour le Bataclan) comme ce fut le cas pour les attentats de 2015 contre Charlie Hebdo et le Bataclan, évoluent dans un environnement complice, promoteur de l’islamisme. Ce dernier prend différentes formes, comme l’a précisé le Président de la République dans son discours sur le séparatisme, le 2 octobre dernier, Wahhabisme, Salafisme, Frères musulmans. Le phénomène de l’islamisme, ses sources, son histoire et son expansion, est remarquablement analysé par Youssef Chiheb dans son livre Les théoriciens de l’islam radical (VA Editions).

I-Média n°319 – Islamisme : la prise de conscience médiatique ?
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Il ne peut être nié que l’implantation de l’islamisme et l’ampleur qu’il a pris sont liés à l’importance de l’immigration sans qu’il soit considéré bien sûr que la population d’origine immigrée y adhère massivement. Néanmoins, un sondage de l’Ifop publié le 2 septembre pour Charlie Hebdo et la Fondation Jean-Jaurès montrait que si 61 % des musulmans français partagent l’affirmation : « l’islam est la seule vraie religion » (un résultat en hausse de 6 % par rapport à un sondage de 2016), ils sont 65 % des musulmans de moins de 25 ans à soutenir cette vision ; 73 % des 25-34 ans et 53 % des plus de 35 ans. Par ailleurs, 45 % des Français musulmans de moins de 25 ans pensent que « l’islam est incompatible avec les valeurs de la société française », alors que 24 % des plus de 35 ans partagent cette opinion. Surtout, 74 % des Français musulmans de moins de 25 ans affirment mettre l’islam avant la République, alors qu’ils sont 25 % parmi les 35 ans et plus selon le sondage (Figaro Société – 8 septembre 2020).

L’assassinat du professeur Samuel Paty

Dans ce contexte, particulièrement préoccupant, un professeur d’histoire et géographie, Samuel Paty, exerçant dans un collège d’une ville de la région parisienne, Conflans-Sainte-Honorine, vue de l’extérieur, jusqu’alors comme calme et bien loin des problèmes observés dans nombre de banlieues, a été la victime d’un acte abominable, sa décapitation par un individu d’origine tchéchène au sortir de son établissement après avoir dispensé ses cours. Il laisse un jeune fils de cinq ans. Face à un tel acte l’émotion a été immense. Nombre de commentateurs ont parlé d’un tournant car Samuel Paty a été assassiné parce qu’il était enseignant, c’est-à-dire chargé de la mission fondamentale pour une société et son devenir : dispenser à la jeunesse le savoir et la culture qui portera chacun dans sa vie d’adulte. Mais des policiers ont été précédemment assassinés parce qu’ils représentaient l’autorité de l’Etat, des journalistes parce qu’ils s’exprimaient librement et de simples passants ou spectateurs parce qu’ils vivaient dans une société honnie pour ses valeurs. Par rapport à ces actes et à leur multiplication, le tournant ne tient pas à ce qui peut apparaître comme une gradation dans les personnes visées mais à l’attitude adoptée par les pouvoirs exécutif et législatif face à de tels actes, leurs auteurs et ceux, directement ou indirectement, qui en sont les complices. Un réel tournant résidera dans l’expression par le pouvoir politique d’une détermination indéfectible dans la lutte contre le terrorisme islamique. S’agissant de circonstances exceptionnelles, cette détermination doit reposer sur des mesures exceptionnelles soumises à l’approbation de la volonté populaire (ce que propose Pierre Boisguilbert dans un article publié par Polemia le 24 octobre 2010 : Islamisme. Pour sauver la France, la nécessité d’une législation d’exception.)

Islamisme. Pour sauver la France, la nécessité d’une législation d’exception

Quelques réflexions relevées face à l’acte commis

L’acte terroriste du 17 octobre 2020 a été à la source de multiples analyses et réflexions. Outre les complicités qui relèvent de l’action pénale, le crime est le produit d’un environnement. Thibault de Montbrial observe dans un article publié sur le site Figarovox, le 18 octobre 2020 (Thibault de Montbrial : « Ceux qui ont appelé à la mobilisation contre Samuel Paty ont consciemment désigné un objectif ») : Ce qui est arrivé à Mila est, en effet, comparable aux menaces récemment proférées contre Zineb El Rhazoui et malheureusement contre Samuel Paty. Tous sont désignés comme des cibles par des influenceurs islamistes sur les réseaux sociaux. En nommant des personnalités, ces influenceurs savent exactement ce qu’ils font. Ils les signalent à des gens qui, dans leur immense majorité, vont les insulter et les harceler, et qui, pour une petite partie d’entre eux, sont capables de passer à l’acte. Ceux qui ont appelé à la mobilisation contre Samuel Paty ont donc consciemment désigné un objectif. Un autre apport permet d’éclairer la réalité de la menace telle qu’elle se présente à ce jour à la société française. Sur Figarovox aussi, le 19 octobre 2020, Bernard Rougier, dans un article intitulé Bernard Rougier : « Samuel Paty a été victime d’un terrorisme “communautariste”», souligne que L’attentat s’accomplit dans un contexte particulier, celui d’une mobilisation islamiste de large ampleur contre les initiatives du président en matière de lutte contre le séparatisme islamiste. Depuis le discours des Mureaux, les réseaux sociaux islamistes dépeignent une France officiellement « islamophobe », persécutrice des musulmans, à l’image de la Chine avec les Ouïgours ou de la Birmanie avec les Rohyngas. Pour certains islamistes, la France laïque est devenue le principal théâtre en Occident du combat pour la victoire de l’islam contre la mécréance. Pour l’auteur, on peut poser l’hypothèse d’un «terrorisme communautariste», différent du terrorisme djihadiste qui a frappé la France auparavant, où l’exécutant, nourri par les vidéos et les tweets de dénonciation du professeur, s’est autoproclamé vengeur du Prophète de l’islam, sans mot d’ordre préalable émanant d’un groupement djihadiste.

Bruno Mégret sur l’islamisme : « Ce que devrait dire le président de la République »

Bien sûr, il existe toujours une opinion mise à mal par une réalité qu’elle cherche à contourner par des explications de type marxiste. Dans Le Monde daté du 21 octobre 2020, madame Cloé Korman (Tribune« Pour les élèves des quartiers populaires, la possibilité de s’exprimer est bafouée en permanence ») écrit : Pour les élèves pauvres des quartiers populaires, la possibilité de s’exprimer est bafouée en permanence. Elle est bafouée physiquement, dans ces lieux de brutalité et de bruit, d’absence de soins et d’hygiène, que sont leurs établissements scolaires. Elle est bafouée dans cette orientation limitée et dans un personnel insuffisant. Elle l’est enfin sous l’angle conceptuel, quand on stigmatise les élèves de banlieue, les élèves musulmans ou ceux des quartiers parce qu’ils refusent d’être Charlie, qu’ils expriment leur désarroi devant l’expression du blasphème, ou quand les représentations médiatiques les réduisent à ces attitudes, quand elles ne montrent pas tous ceux qui pensent de façon plus complexe. Madame Cloé Korman, dans son expression, occulte les efforts financiers considérables que réalise la France dans le domaine de l’Education nationale. En d’autres temps, cette Education nationale, Instruction publique jusqu’en 1932, a permis à des enfants nés dans des familles où les conditions matérielles d’existence étaient particulièrement précaires d’accéder aux plus grandes écoles et aux grades universitaires les plus élevés et au moins de s’élever dans la hiérarchie sociale. Quant à l’expression d’un désarroi vis-à-vis du blasphème, qui n’est pas propre à certains mais qui peut concerner toutes les confessions et toutes les philosophies, nul ne l’empêche de s’exprimer par l’écrit et par le verbe à la condition absolue qu’elle n’implique aucune violence directe ou indirecte, c’est-à-dire la liberté pour chacun de s’exprimer.

Samuel Paty pris dans la tourmente et sa hiérarchie

Sur la situation de Samuel Paty au regard de sa hiérarchie alors qu’il était mis en cause par des parents d’élèves pour le cours qu’il avait dispensé, beaucoup ont rappelé le manque de soutien dont pâtissent les enseignants dans de telles circonstances. Certains ont indiqué qu’une inspection voire des sanctions étaient en cours de préparation. En l’occurrence, Edouard Husson, peu suspect de complaisance à l’égard de la pensée dominante et de l’actuel gouvernement, considère dans un article publié sur Atlantico, le 25 octobre 2020 (Ce qui s’est vraiment passé au sein du ministère de l’Education nationale dans les jours ayant précédé la mort de Samuel Paty), que les accusations formulées contre la rectrice de l’Académie de Versailles sont absurdes. Dans une situation précédente (présence de femmes voilées lors de la visite d’un établissement), elle aurait réagi en conformité avec l’état d’esprit que Jean-Michel Blanquer a insufflé à ses recteurs depuis qu’il est ministre de l’Education (elle avait écourté sa visite). Pour autant il précise : Est-ce à dire qu’il faille absoudre l’Education Nationale de toute responsabilité dans ce qui s’est passé. En fait, la question est mal posée. D’abord parce qu’on trouvera autant de failles que de signes de lucidité dans ce qui s’est passé. Le ministre Blanquer peut bien réclamer la fermeté et une compréhension stricte de la laïcité, deux éléments jouent en sens contraire : au niveau de l’établissement, d’abord, comment met-on en œuvre, un message de stricte application de la laïcité quand on est confronté au quotidien à la pression sociale des élèves musulmans, de leurs parents, des associations qui ont commencé depuis longtemps à imposer une intimidation permanente ?

L’islamisme en France

Lorsque Bernard Rougier évoque un terrorisme « communautariste », la qualification renvoie à l’action intérieure menée par les mouvances islamistes qui vise à déstabiliser l’Etat et la société. Florence Bergeaud-Blackler (Atlantico – 20 octobre 2020 : Comment les islamistes ont réussi à noyauter la pensée universitaire sur… l’islamisme) explique qu’il s’est développé un islamisme made in Europe, un islamisme bon teint, policé, costumé et rasé de près pour les hommes, en hijab ou bandana coloré pour les femmes. Cet islamisme est porté par des classes moyennes, par cette beurgeoisie initiée à l’islam par les étudiants islamistes venus se réfugier en France dans les années 1980-1990. Il s’épanouit dans le monde du halal, les salons, les associations sportives, culturelles, les entrepreneurs halal, le développement personnel, la médecine, l’aide sociale etc. Les femmes, grandes oubliées, jouent dans cet islamisme européen un rôle essentiel. Cet islamisme, vu comme un construit occidental, s’est développé en trois temps. En premier lieu les spécialistes du monde arabo-musulman, souvent nourris aux idées marxistes, ont pris fait et cause pour les islamistes qu’ils voyaient comme des révolutionnaires. Ensuite, il y aurait eu le rôle effectif de la CIA dans le développement de l’islamisme mondialisé à partir de l’invasion de l’Afghanistan par l’URSS a fini de convaincre qu’il s’agissait d’une créature occidentale. Enfin, la « créature » est devenue un simple « construit » sous l’influence d’autres théories de la fabrique des identités… Dans les universités, le marxisme a laissé la place à un relativisme culturel initié par la gauche culturaliste aux Etats-Unis à partir des penseurs de la déconstruction comme Foucault ou Derrida. Pour cette gauche, il n’existe que des communautés (noire, LGBT, femme etc.).

L’explication ne manque pas d’intérêt en distinguant néanmoins la formation d’une pensée universitaire post-marxiste et l’action des Etats-Unis à partir des années quatre-vingt. En Europe, l’islamisme a indiscutablement profité de l’emprise de l’idéologie du droit des minorités, initiée par la philosophie de Michel Foucault qui prit toute son extension au travers de la French Theory et des intellectuels qui lui étaient associés. Cette idéologie, pensée dominante dans le monde occidental, porte dans sa pratique des contradictions flagrantes qui tiennent, entre autres, au rôle de la femme et à la place des homosexuels vus du point de vue de l’Islam. L’idéologie du droit des minorités relève d’une conception proprement occidentale dont elle constitue une dérive. La civilisation occidentale est une civilisation de la personne, de l’individualité, l’individualisme étant une exacerbation de celle-ci. L’Islam, c’est ainsi, n’a pas dans ses fondements ce rapport à la personne. Cela ne veut pas dire qu’un musulman ne peut pas adhérer à cette conception de la personne : c’est le processus d’assimilation. Il faut remarquer que pour palier l’incohérence profonde de l’idéologie des minorités, ses tenants ont développé le concept d’intersectionnalité. Anne-Sophie Chazaud s’était penchée sur celui-ci dans un article publié sur Figarovox le 26 août 2019 (L’intersectionnalité, ou quand écolos, féministes et antiracistes se déchirent). Le concept a été développé par l’universitaire américaine afro-féministe Kimberlé Crenshaw en 1989. Si, selon Anne-Sophie Chazaud, il ne s’agit pas en soi d’un concept saugrenu, elle précise néanmoins que Les combats des dominés de tout poil, censés converger dans une lutte commune finissent toujours par s’entrechoquer en raison des intérêts divergents qu’ils représentent. Cette précision est malgré tout le reflet d’une incohérence profonde au regard de la réalité humaine.

Islamisation de la France : on ne pourra pas dire que l’on ne savait pas

Quant à l’action des Etats-Unis, il est vrai que dans leur opposition à l’Union soviétique et à l’intervention de l’Armée rouge en Afghanistan ils ont soutenu par des livraisons d’armes à travers l’Arabie Saoudite des groupes rebelles (moudjahidine) venus pour certains de l’extérieur du pays qui constituèrent par la suite dans les années quatre-vingt-dix al-Qaida. La CIA raisonnant dans l’instant n’avait pas anticipé le mouvement qui se retourna ensuite contre les Etats-Unis. Néanmoins, il faut observer que lors des révolutions arabes de 2011, le gouvernement américain de l’époque ne fut pas sans complaisance vis-à-vis des Frères musulmans, en témoigne le soutien qu’Hillary Clinton, alors Secrétaire d’Etat, apporta à ceux-ci en Egypte. Pour autant, l’islamisme est un mouvement identitaire profond qui touche l’aire musulmane. Il y prend diverses formes, antagonistes entre elles et il provoque des conflits intérieurs profonds. Si les Etats-Unis ont commis de graves erreurs dans leur politique étrangère, celles-ci n’expliquent pas à elles seules l’ascension de l’islamisme dont les théories sont antérieures ce qui rend donc la menace d’autant plus préoccupante.

Cette menace islamique comment y faire face, en France ?

A la base, comme il a été précédemment observé, il doit y avoir une volonté politique indéfectible. Cette politique doit se traduire par des moyens, reflets de cette volonté. Parmi ceux-ci figure, en premier lieu, le cadre juridique. En toutes circonstances, les tenants de la pensée dominante se réfèrent à l’Etat de droit, concept d’origine allemande, né au XIXè siècle qui visait à limiter le pouvoir absolu de l’Etat. Il s’inscrivait donc dans un contexte particulier. En France, il fut développé dans les années mille-neuf-cent-vingt par Carré de Malberg qui lui opposait l’expression d’Etat légal au vu des caractéristiques du système institutionnel français. Aujourd’hui, l’Etat de droit a pour sens un cadre juridique soumis à des principes généraux intangibles, fondés sur le respect des droits de l’homme, qui s’imposent au législateur et qui se situent donc au-dessus de la volonté démocratique. Il appartient alors au Juge, national et international, d’apprécier le respect de ces principes généraux.

L’adversaire qui ne se lie à aucune règle, si ce n’est le but qu’il poursuit, joue des entraves mis dans l’action répressive. Dans cette action, il ne s’agit pas de s’affranchir de toutes normes protectrices pour l’individu mais d’adapter la loi à la nature de la menace et à ses formes. Dans un article publié le 21 octobre 2010 sur le site Figarovox (Jean-Éric Schoettl : « Terrorisme, islamisme : desserrer nos contraintes juridiques pour agir enfin »), l’ancien secrétaire général du Conseil constitutionnel énonce une série de mesures propres à répondre à la menace islamique. D’emblée, il indique : Il est malhonnête de proposer des mesures intenables en l’état des contraintes constitutionnelles ou résultant des traités si on n’est pas résolu à remettre celles-ci en cause, en le disant clairement et par avance. Il ajoute : Pour les pouvoirs publics, l’alternative est en effet la suivante : soit se tenir dans les limites de l’État de droit tel qu’il est actuellement défini par les textes de valeur supérieure et la jurisprudence des cours suprêmes nationales et européennes (nous n’en avons pas moins de cinq: le Conseil constitutionnel, le Conseil d’État, la Cour de cassation, la Cour de justice de l’Union européenne, la Cour européenne des droits de l’homme) ; soit se préparer à «renverser la table» en modifiant la Constitution et en dénonçant, renégociant ou suspendant unilatéralement certains de nos engagements européens au nom de l’intérêt supérieur du pays.

Jean-Eric Schoettl énonce ensuite un ensemble de mesures dont l’application se heurte à la décision du Juge constitutionnel : rétentions administratives ; consultation de sites djihadistes ; fermetures de mosquées radicales. Il observe que les dispositions sur les associations que pourrait contenir le projet de loi sur le séparatisme risquent fort d’être annulées par le Conseil constitutionnel en cas de recours. Il pose aussi la question de l’immigration et il remarque que : S’agissant du contrôle des flux migratoires, les jurisprudences des cours suprêmes et supranationales « formatent » en effet les politiques publiques. Il cite notamment le regroupement familial mais aussi l’accueil des demandeurs d’asile (la CEDH condamne la reconduite d’une embarcation interceptée en mer à son pays de provenance, même dans le cadre d’un accord bilatéral assurant la sécurité des intéressés – décision Hirsii Jamaa c/ Italie, 23 février 2012).

Pour Jean-Eric Schoettl : L’État de droit doit rester le correctif de la souveraineté, non dévitaliser cette dernière. Or nous assistons, depuis un demi-siècle, à la contraction des marges de manœuvre des pouvoirs soumis au suffrage dans le domaine régalien.

Il ressort de cette remarquable démonstration qu’une réforme de la Constitution s’impose. La voie du référendum est certainement la meilleure. Recueillant une large majorité de voix, donc l’approbation populaire elle offrirait au gouvernement une incontestable légitimité intérieure et extérieure dans la conduite de son action de rétablissement l’autorité de l’Etat.

Assimilation, séparation ou remigration ?

Les réactions du monde musulman aux positions d’Emmanuel Macron

Les propos du Président de la République sur le séparatisme et la liberté d’expression ont suscité des réactions dans le monde musulman. Pareil à lui-même, le président turc dont la politique étrangère est de plus en plus agressive a tenu des propos injurieux à l’encontre d’Emmanuel Macron qui seul lui résiste parmi les nations européennes si ce n’est la Grèce qui se trouve sur la ligne de front.

Le Premier ministre pakistanais, Imran Khan, a pris part au concert, le 25 octobre. Il a accusé Emmanuel Macron d’encourager l’islamophobie et d’attaquer l’islam. Il faut se rappeler que monsieur Imran Khan est en fonction depuis le 18 août 2018. Or, le 29 octobre 2019, lors de la troisième commission de l’ONU des affaires sociales, humanitaires et culturelles, Le Monde du 31 octobre 2019 (Répression des Ouïgours : à l’ONU, la Chine s’offre un soutien diplomatique massif) rapporte : A l’initiative de la Biélorussie[1], quelque 54 Etats ont martelé éloges et compliments à propos de la politique menée par Pékin dans sa région autonome du Xinjiang… Face à eux, un autre groupe de 23 pays, menés par le Royaume-Uni et les Etats-Unis, a dénoncé le manque de liberté culturelle et religieuse, ainsi que la répression dont sont victimes les Ouïgour. Le Pakistan ne comptait pas parmi les 23 pays et le 6 octobre où était en cause dans un même ensemble la politique chinoise à l’égard de Hong-Kong et des Ouïghour, le délégué pakistanais a soutenu la Chine « Rien ne peut justifier une ingérence étrangère dans les affaires de la Chine ». Certes, il parlait de Hong Kong mais le délégué cubain qui l’a suivi a félicité la Chine pour ses mesures de lutte contre les fléaux du terrorisme et de l’extrêmisme, relevant qu’aucun attentat n’a été enregistré ces trois dernières années dans le Xinjiang. Le 1er juillet 2020, lors de la 44ème session du Conseil des droits de l’homme de l’ONU, le Pakistan, à l’instar du Sri-Lanka, du Yémen et de l’Arabie saoudite ont signé une lettre officielle de soutien à la Chine visant les Ouïghours (Valeurs Actuelles – 5 juillet 2020).

Nul n’ignore que la politique du gouvernement chinois à l’égard de la minorité ouïghour est particulièrement répressive.

Michel Leblay et Laurent Artur du Plessis
26/10/2020

Source : Correspondance Polémia

[1] Site Nations Unies : Le Bélarus, au nom d’un groupe de 54 pays, a dénoncé la politisation des droits de l’homme. Il s’est par ailleurs félicité des mesures prises par la Chine pour lutter contre le terrorisme et la radicalisation, notamment la création de centres de formation professionnelle dans le Xinjiang. Il a appelé les pays qui accusent la Chine de commettre des violations dans le Xinjiang à vérifier leurs renseignements.

 

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