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Indépendance de la Catalogne ? L’Europe en marche arrière !

Indépendance de la Catalogne ? L’Europe en marche arrière !

Par Michel Geoffroy, essayiste ♦ Cela ressemble à un mauvais remake de 1936 : les « indépendantistes », entourant le président de la Généralité de Catalogne, Carles Puigdemont, et levant le poing devant les caméras. Avec « l’indépendance », les gauchistes catalans tiennent enfin leur revanche sur la guerre civile qu’ils ont perdue et sur l’Espagne Une, Grande et Libre de Francisco Franco ! Il suffit de regarder les images de ces foules « indépendantistes », jeunes, chevelues et barbues (1) pour s’en persuader : ce n’est que la morne foule des « manifs » à laquelle la gauche nous a partout habitués, depuis le siècle dernier. Mais que signifie ce prurit indépendantiste ? La tentation, pour certains Européens, de sortir de l’histoire, tout simplement.


Nous ne sommes plus en 1936

N’en déplaise aux « experts » médiatiques, nous ne sommes plus en 1936.

Car l’Espagne n’est plus, comme nombre de pays européens, que l’ombre d’elle-même, à l’image de son roi. Où sont les Grands d’Espagne, les bâtisseurs d’empire et les découvreurs de nouvelles terres ?

Face aux séparatistes, aucun Caudillo ne se lèvera plus.

A Madrid on palabre et on tergiverse quand hier on prenait son fusil pour sauver l’Espagne. Viva la Muerte ? Non Vive Coca Cola et les droits de l’homme immigré désormais…

L’Europe à l’âge multipolaire

Nous ne sommes plus en 1936, non plus, quand l’Europe, plus peuplée que l’Afrique, dominait le monde. Nous vivons désormais dans un âge multipolaire, marqué par le retour sur la scène mondiale des grands blocs civilisationnels, économiques et militaires. Et par la marginalisation inexorable des Européens.

Un monde où les Européens, « perçus comme Blancs » comme on doit dire en novlangue, constituent désormais une part déclinante de l’humanité : en 2100, seulement 10% de la population mondiale, Russie comprise, d’après les projections démographiques moyennes de l’ONU (2).

Face à des nations rassemblant des millions sinon des milliards d’hommes et de femmes – comme la Chine et l’Inde notamment – la vieille Europe risque de ne peser pas plus que les cités grecques face à Rome. Avec cette différence que Rome restait une puissance européenne.

Les autruches séparatistes

Les séparatistes catalans ne sont donc pas des révolutionnaires, mais des autruches.

Quand ils promettent l’indépendance aux Catalans, ils se moquent du monde. Pire : comme des autruches, ils croient pouvoir l’ignorer.

Les politiciens qui promeuvent l’indépendance de la Catalogne, le Brexit ou encore le souverainisme nostalgique promettant aux Français qu’ils pourront bientôt « acheter leur baguette avec des francs » nous invitent tous à partir dans la mauvaise direction. Car dans un monde multipolaire, seuls auront la parole les grands blocs. Pas les micro-régions ou les micro-Etats arc-boutés sur un patriotisme de pacotille ou de restriction.

L’avenir des Européens n’est pas dans le repli folklorique sur leurs petites patries, mais au contraire dans la constitution d’une Europe Puissance. D’une Europe cuirassée, seule capable de nous permettre d’évoluer dans le monde dangereux qui vient et d’affronter le choc des civilisations.

La puissance et non pas l’indépendance

Aujourd’hui des milliards d’hommes et de femmes se trouvent désormais en concurrence les uns avec les autres : dans ce monde-là, la puissance en Europe ne peut plus être seulement régionale ou nationale mais elle doit devenir continentale.

Si la critique de l’Europe de Bruxelles est fondée, le souverainisme ou l’indépendantisme nostalgiques oublient que la souveraineté dans une Europe impuissante, vassalisée ou islamisée reste une mortelle illusion. Car, de nos jours, comme le montre la crise des migrants ou le terrorisme, tous les Européens sont désormais solidaires les uns des autres.

Les indépendantistes catalans ne trouvent, certes, rien à dire à l’islamisation, comme chez nous les prétendus « Occitans ».

Ils oublient que de nos jours l’identité prime sur la souveraineté et que la souveraineté ne garantit l’identité que si elle est associée à la puissance. Mais la Catalogne seule ne sera pas plus puissante que l’Espagne seule, comme l’Espagne seule ne sera pas plus puissante que l’Europe.

Le souverainisme n’a désormais de sens qu’au plan civilisationnel et continental, c’est-à-dire comme moyen du retour de la puissance, de la liberté, de la prospérité et de la sauvegarde de l’identité de tous les Européens.

Les gauchistes catalans peuvent bien défiler en agitant des drapeaux : ces prétendus progressistes marchent à contre-sens. Ils ne pourront pas empêcher la marche du monde ni s’en abstraire.

Ce n’est pas seulement l’Espagne, mais c’est bien l’Europe tout entière qui doit devenir Une, Grande et Libre.

Michel Geoffroy
29/10/2017

Notes :

  1. Des musulmans ont aussi défilé en faveur de « l’indépendance ».
  2. Et encore, ces données ne tiennent pas compte du changement de peuplement à l’intérieur de l’Europe, du fait de l’immigration.

Correspondance Polémia – 30/10/2017