Accueil | Société | ICE aux USA : la gauche et l’arme victimaire, gouverner par l’émotion contre le réel

ICE aux USA : la gauche et l’arme victimaire, gouverner par l’émotion contre le réel

ICE aux USA : la gauche et l’arme victimaire, gouverner par l’émotion contre le réel

par | 27 janvier 2026 | Société

ICE aux USA : la gauche et l’arme victimaire, gouverner par l’émotion contre le réel

Faire un don à POLÉMIA en 2026

Récolté 275,00€
Objectif 20 000,00€
Donateurs 4
1,4%

Polémia s'engage sur ce début d'année 2026 à mener 3 premières batailles. Améliorer son IA alternative pour en faire un outil efficace et largement utilisé, créer un dossier et une…

La tribune publiée par Sylvie Laurent dans Libération, le 27 janvier 2026, dans la rubrique Idées, entend démontrer que les opérations de la police fédérale américaine de l’immigration à Minneapolis relèveraient d’un « script néofasciste ». L’intention n’est pas d’informer mais de cadrer moralement le réel. Tout, dans le texte, procède d’un renversement méthodique, le verdict précède l’enquête, la morale supplante le droit, l’émotion tient lieu de preuve. Le vocabulaire est immédiatement disqualifiant. ICE n’est jamais décrite comme une administration fédérale agissant dans un cadre légal discuté mais réel, elle est qualifiée de milice. Le terme agit comme une sentence. À partir de là, la démonstration devient inutile. Les analogies historiques, fascisme, Gestapo, pogroms, ne visent pas à éclairer mais à interdire toute contradiction. Comme l’avait montré Julien Freund, le langage politique n’est jamais neutre, il désigne l’ennemi avant de l’analyser.
Balbino Katz

Ce que le réel montre lorsqu’on le regarde

Cette mise en scène victimaire se heurte pourtant aux faits. Un article publié le même jour dans Le Figaro, sous la plume de Mayeul Aldebert, décrit l’existence d’un réseau structuré baptisé ICE Watch. Loin de la simple observation pacifique, ce réseau organise l’entrave systématique aux opérations fédérales. Cartographie en temps réel des déplacements des agents, usage de messageries chiffrées, regroupements rapides visant à encercler les policiers, formations militantes à l’obstruction physique, diffusion de techniques pour se soustraire à une interpellation, certains militants parlant eux-mêmes de « micro-intifada ».

Ces éléments factuels sont centraux. Ils montrent que la confrontation n’est pas accidentelle mais recherchée. Or ils sont neutralisés dans la tribune de Libération, car ils ruineraient la figure de la victime innocente et désarmée, pivot du dispositif narratif.

L’escalade comme stratégie politique

Cette mécanique a été analysée sans détour dans une tribune publiée dans le Daily Telegraph par Melanie Phillips. Elle y montre comment la gauche radicale contemporaine attise volontairement les conflits en délégitimant l’autorité légale, puis en exploitant l’inévitable réaction de l’État pour nourrir un récit de persécution. La protestation cesse alors d’être un droit pour devenir une insurrection de basse intensité, cherchant la confrontation afin de provoquer une sur-réaction émotionnelle et médiatique.

Ce schéma est désormais classique, entrave organisée, mise en scène de la victime, amplification médiatique, effacement du cadre juridique, puis dénonciation d’un État présenté comme intrinsèquement violent.

L’Occident et la vulnérabilité empathique

Si ce discours est si efficace en Europe, c’est qu’il s’appuie sur un ressort anthropologique spécifique, notre réflexe empathique. Deux mille ans de christianisme ont façonné une sensibilité morale centrée sur la figure de la victime, du faible, du persécuté. Cette révolution spirituelle, sécularisée mais intacte dans ses réflexes, continue de structurer profondément les consciences européennes.

La gauche contemporaine a parfaitement intégré cette donnée. Elle sait qu’exposer une souffrance, réelle ou mise en scène, permet de suspendre instantanément le jugement critique. Le récit victimaire court-circuite la raison en mobilisant une morale héritée mais détachée de toute transcendance.

Ce mécanisme est largement inopérant hors d’Occident. Dans le monde musulman, la légitimité politique repose d’abord sur l’ordre et la force. En Chine, sur la stabilité collective et l’harmonie imposée. En Russie, sur la verticalité du pouvoir et la continuité historique. Le récit victimaire n’y suscite ni culpabilité ni sidération morale. Il est perçu comme une faiblesse. L’Europe, au contraire, y est particulièrement vulnérable, précisément parce qu’elle a conservé l’éthique chrétienne tout en ayant perdu sa théologie.

De la compassion à la déshumanisation

L’instrumentalisation de l’empathie conduit à un glissement inquiétant, la déshumanisation de l’adversaire. Une fois l’agent de l’État assimilé à un bourreau, il sort de la communauté morale. Dès lors, tout devient permis.

Des professionnels de santé ont récemment franchi ce seuil. L’infirmier anesthésiste Erik Martindale a affirmé publiquement qu’il refuserait de soigner des patients identifiés comme soutiens de Donald Trump. L’infirmière Lexie Lawler est allée jusqu’à souhaiter des souffrances physiques à Karoline Leavitt, alors enceinte. Ces propos ne sont pas des accidents. Ils constituent la traduction concrète d’un discours qui a déjà nié à l’adversaire sa qualité d’homme.

Comme l’avait pressenti Georges Bernanos, la modernité morale ne supprime pas la violence, elle la moralise. On ne tue plus au nom de la force, mais au nom du Bien.

Une gauche qui renonce au réel

La tribune de Libération n’est ni une erreur de plume ni un excès isolé. Elle est un symptôme. Elle révèle une gauche qui a renoncé à gouverner le réel pour lui préférer l’administration des émotions. Elle ne cherche plus à arbitrer des intérêts contradictoires, mais à désigner des coupables et à sacraliser des victimes.

En Europe, cette stratégie fonctionne encore parce qu’elle exploite un héritage chrétien mal digéré, vidé de sa transcendance mais saturé de culpabilité. Ailleurs, elle ne convainc plus.

Une civilisation qui confond durablement la compassion avec la manipulation et le droit avec l’émotion se condamne à l’impuissance politique. Le récit victimaire est une arme redoutable. Il est aussi, à terme, un dissolvant.

Balbino Katz – Chroniqueur des vents et des marées – balbino.katz@pm.me
27/01/2026

Cet article vous a plu ?

Je fais un don

Je fais un donSoutenez Polémia, faites un don ! Chaque don vous ouvre le droit à une déduction fiscale de 66% du montant de votre don, profitez-en !