La guerre faite à l’Iran par les États-Unis et Israël peut-elle être analysée à l’aune du conflit de 1999 en Serbie ? C’est le pari de Pierre Boisguilbert.
Polémia
Curieusement, le précédent serbe n’est pas évoqué dans les médias. Ils ont, on le sait, la mémoire sélective. Pourtant, on peut dire que c’est en juin 1999 que l’ordre international s’est effondré. La guerre déclenchée par l’OTAN, en dehors de tout vote de l’ONU, était donc illégale au regard du droit international. C’est à partir de là que la Russie a rompu idéologiquement avec l’Occident. Rupture encore aggravée par les mensonges occidentaux et les promesses non tenues lors de la guerre contre la Libye de Kadhafi et l’exécution — l’assassinat — de son président.
Deuxième point : contrairement à ce que disent nos médias, une guerre aérienne a bien entraîné, après coup, la chute d’un régime.
En 1998, un conflit éclate entre la Serbie et l’Armée de libération du Kosovo (UÇK), une guérilla issue de la majorité musulmane albanaise de cette province serbe orthodoxe, déterminée à rompre avec Belgrade. Après 78 jours de frappes aériennes de l’OTAN contre la Serbie, au printemps 1999, la guerre prend fin.
Du 24 mars au 10 juin 1999, treize États membres de l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (OTAN), dont les États-Unis, la France et l’Allemagne, bombardent la Serbie (République fédérale de Yougoslavie) afin de mettre un terme à la guerre du Kosovo et d’obliger le gouvernement de Belgrade à se séparer de cette province rebelle à majorité islamo-albanaise, rappelle l’excellent site Herodote.net. Ils prennent prétexte du massacre de 45 Albanais dans le village de Reçak, le 15 janvier 1999, et de l’échec de la conférence de Rambouillet qui l’avait suivi.
L’opération est menée sans l’aval de l’ONU et sur la foi d’une campagne médiatique grossièrement mensongère. Les bombardements font de deux mille à trois mille morts parmi les civils. Ils se soldent par l’indépendance unilatérale du Kosovo en 2008 et par l’expulsion de la plus grande partie de la minorité serbe du territoire. Le Kosovo indépendant est devenu, au cœur de l’Europe, un État souvent considéré comme mafieux.
La guerre a plusieurs conséquences graves pour le régime : destruction économique due aux bombardements, isolement international, mécontentement croissant en Serbie.
En 1999, Slobodan Milošević est inculpé pour crimes de guerre par le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie. La chute intervient après l’élection présidentielle de septembre 2000. L’opposition démocratique menée par Vojislav Koštunica gagne l’élection. Milošević refuse d’abord de reconnaître sa défaite. Le 5 octobre 2000, une immense manifestation à Belgrade renverse le régime.
Une guerre aérienne a donc bien conduit à l’effondrement d’un régime, au profit d’entités islamistes, d’ailleurs.
Mais vingt-cinq ans plus tard, rien n’est vraiment réglé, selon l’aveu même de l’ONU, venue pitoyablement à l’époque au secours d’une victoire qui l’avait ignorée.
Ces dernières semaines, Donald Trump a évoqué à plusieurs reprises les efforts présumés de son administration pour « empêcher une guerre entre la Serbie et le Kosovo ».
« La Serbie et le Kosovo étaient au bord du conflit. Ils se dirigeaient vers une guerre majeure. Je leur ai dit : en cas d’affrontement, plus de commerce avec les États-Unis. Et ils m’ont répondu qu’ils pourraient finalement ne pas s’affronter », a-t-il déclaré fin juin.
La « guerre humanitaire » du Kosovo est un précédent qui gêne apparemment l’idéologie médiatique dominante, un précédent qui explique bien des choses, tout de même, de l’Ukraine au Liban.
Pierre Boisguilbert
10/03/2026
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