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Forum de la Dissidence. Pourquoi la dictature ? - Michel Geoffroy

Forum de la Dissidence. Pourquoi la dictature ? – Michel Geoffroy

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Ce 23 novembre, à Paris, avait lieu le 5e Forum de la Dissidence sur le thème de la « dictature Macron ». Cet événement réussi aura réuni plus de 500 personnes. Voici le texte de l’intervention de Michel Geoffroy, en introduction à cet après-midi de réflexions et d’appels à l’action.


De la démocratie au despotisme

Le Forum d’aujourd’hui porte sur la démocratie.

Vivons-nous en effet encore en démocratie en France ? Ou bien vivons-nous sous une dictature qui ne dit pas son nom ?  Telle est la question.

Le mot dictature peut choquer, tant il ne cadre pas avec l’idée que l’on se fait de notre pays, notamment vu de l’étranger.

Et aussi parce que, jusqu’à présent, on ne fusille pas les opposants en France, même si on programme déjà leur mort médiatique, de plus en plus souvent, leur persécution judiciaire et si certains essuient des tirs de lanceurs des balles de défense (LBD).

Mais c’est justement cela qui doit nous inquiéter : une dictature molle – un moulag – n’est-elle pas plus insidieuse et finalement plus efficace qu’une dictature violente ?

Poser la question de la dictature, c’est déjà y répondre. Parce que si l’Europe a inventé la démocratie, aujourd’hui elle s’enfonce dans un despotisme d’un nouveau genre et singulièrement en France.

Il faut donc se demander pourquoi.

L’Etat au service de la super-classe mondiale

Le despotisme s’installe à l’Ouest, d’abord parce que les gouvernants imposent la politique décidée par la super classe mondiale via Bruxelles, et non pas celle qui correspond aux attentes des citoyens, ce qui aboutit à vider de son sens la démocratie représentative.

Qu’est-ce que la Super Classe Mondiale qui nous dirige ? Réponse en 10 points

Ce qui aboutit aussi à transformer l’Etat en système répressif au service de certaines minorités et de certains intérêts et non plus en garant du Bien Commun.

Car il n’y a plus de démocratie quand le vrai pouvoir est exercé non par les gouvernants mais par les dirigeants des grandes entreprises mondiales et des grandes banques.

« Vous avez fait du peuple un ennemi d’Etat » accusait Frédéric Lordon dans sa lettre ouverte à Emmanuel Macron du 14 mars 2019 à propos de la répression gouvernementale des Gilets Jaunes, qui a atteint une violence inconnue en France depuis la guerre d’Algérie.

A l’Ouest le peuple devient en effet un ennemi d’Etat parce que le néo-libéralisme mondialiste contredit de plus en plus la démocratie.

Comme l’a démontré la canadienne Noami Klein dans son célèbre essai La stratégie du choc[1], la mise en œuvre des recettes néo-libérales nécessite qu’elles soient imposées de force à la population car celle-ci a peu de chances d’accepter la régression sociale qu’elles impliquent fatalement.

C’est ce qui s’est passé au Chili, en Grande-Bretagne ou en Grèce. Et cela se passe aujourd’hui en France où la déconstruction méthodique du droit social a une odeur de gaz lacrymogène.

C’est pourquoi l’oligarchie européenne diabolise le populisme, qui n’est qu’un mot novlangue pour dire démocratie.

A l’Ouest toutes les oligarchies gouvernementales disent la même chose : silence le peuple !

Le rôle destructeur de l’immigration extra-européenne

Le despotisme s’installe aussi à l’Ouest, parce que les sociétés sont devenues, par suite de l’immigration de peuplement, des sociétés multiculturelles.

Or les sociétés multiculturelles ne peuvent rester démocratiques car il n’y a pas de démocratie sans démos, sans peuple. Et il n’y a pas de peuple possible quand on ne partage pas les mêmes traditions, la même langue et la même identité.

Grand Remplacement en Europe : la France en voie de submersion

Les gouvernements européens sont pour cette raison de plus en plus des « xénocraties » et de moins en moins des démocraties : ils donnent la priorité aux Autres sur les Nôtres. Et, de fait, ils professent une véritable haine d’Etat contre leur propre population et notamment contre ceux qui ne veulent pas être remplacés.

« Nous ne sommes pas dans le même camp » rétorque significativement le préfet de police de Paris à une manifestante en gilet jaune.

La situation française

Revenons au titre du Forum : une interrogation sur la dictature en France.

Car, à bien des égards, le cas de la France apparaît paroxystique par rapport à celui des autres gouvernements européens

Pourquoi ? Pour 3 raisons principales.

1) D’abord parce que les institutions de la 5e République se retournent désormais contre le peuple français.

Nos institutions se caractérisent, rappelons-le, par un pouvoir exécutif hypertrophié, né dans le contexte violent de la guerre d’Algérie.

Mais, dans l’esprit du fondateur de la 5e république et dans la pratique institutionnelle au moins jusqu’à François Mitterrand, cette domination de l’exécutif devait être équilibrée par la légitimité du Président de la République et par le recours au référendum, c’est-à-dire à la décision populaire.

Emmanuel Macron a hérité de ces institutions en 2017 mais, hélas, sans le garde-fou de la légitimité populaire.

Emmanuel Macron est en effet un président à la faible légitimité populaire car il doit avant tout son élection à une manipulation médiatique et judiciaire. Il n’a rassemblé au premier tour des élections de 2017 que 18 % des électeurs inscrits et la LREM encore moins : 13,4 %. Et tous les sondages montrent qu’environ 2 Français sur 3 contestent la politique conduite par Emmanuel Macron, voire sa personne elle-même.

D’ailleurs, Emmanuel Macron ne peut plus se déplacer nulle part sans que les préfets ne parquent la population loin du cortège présidentiel et interdisent toute manifestation !

Comme cela fait 14 ans qu’il n’y a pas eu de référendum en France[2], ne reste donc qu’un pouvoir exécutif hypertrophié dans les mains du Président de la République. Comme le soulignait la députée Agnès Thill, exclue de LREM en juin 2019 : « Finalement nous avons un parti unique, une pensée unique et ils font ce qu’ils veulent. »[3]

2) Cette dérive institutionnelle est d’autant plus prononcée que tous les contre-pouvoirs ont aujourd’hui disparu en France, alors que ce n’est pas encore tout à fait le cas ailleurs en Europe.

Médias, culture, syndicats, associations, ONG, Eglises, justice, partis… tous sont en effet aujourd’hui devenus les rouages du pouvoir car ils obéissent à la même idéologie – l’idéologie libérale-libertaire et mondialiste – et ils militent donc pour le même projet. Et cela veut dire aussi qu’il n’y a plus vraiment de séparation des pouvoirs en France.

Ce n’est en réalité que contre les opposants au Système que ces institutions font obstacle.

Comme le montre, par exemple, l’exercice de la police et de la justice où, par un curieux hasard, de Fillon à Mélenchon en passant par les Gilets Jaunes, Le Pen, Camus ou Zemmour, ces institutions s’activent surtout contre les opposants à la macronie. Par contre, quand il s’agit d’instruire des plaintes contre les hommes du pouvoir, de sévir contre les incendiaires de banlieue, contre les prêcheurs islamistes ou contre  les rappeurs qui appellent à niquer la France ou à tuer des blancs, on est à l’évidence moins pressé.

Nos concitoyens ne s’y trompent d’ailleurs pas, comme le montre le dernier sondage de l’IFOP pour l’Express : pour un majorité de Français (55 % ), la justice n’est pas indépendante du pouvoir !

3) Enfin, troisième singularité française, l’exécutif s’appuie sur un appareil de propagande et de censure sans précédent dans l’histoire de notre pays et qu’il ne cesse de renforcer.

Or il ne peut y avoir de démocratie sans libre débat donc sans liberté d’expression et sans libre information.

Bien sûr, tout n’est pas imputable à Emmanuel Macron en matière de censure de la liberté d’expression… De nombreuses lois liberticides ont été votées avant 2017.

Mais Emmanuel Macron n’a pas ralenti le mouvement. Au contraire, il l’a accéléré, en particulier en s’acharnant à vouloir verrouiller Internet et les réseaux sociaux, c’est-à-dire le dernier espace de liberté et le seul véritable contre-pouvoir.

En 24 mois de présidence il a déjà de nombreuses initiatives liberticides à son actif :

  • La transposition en octobre 2017 dans le droit commun des mesures sécuritaires de l’état d’urgence. Cela signifie que l’exécutif obtient des pouvoirs de police élargis de façon permanente.
  • La promulgation le 1er août 2018 de la loi réprimant les outrages sexistes et le harcèlement de rue qui fait de la France le premier pays au monde à pénaliser le harcèlement de rue par des amendes.
  • La signature, le 10 décembre 2018, du  pacte de Marrakech sur les migrations qui prévoit explicitement des sanctions contre les médias hostiles à l’immigration.
  • Le vote, le 22 décembre 2018, de la loi sur les “fake news”, qui donne à un juge unique le pouvoir exorbitant de statuer sur la véracité d’une information en période électorale.
  • Le vote, le 10 avril 2019, d’une nouvelle loi dite “anti-casseurs” qui limite le droit de manifester.
  • La modification, en mai 2019, du règlement de l’assemblée nationale pour réduire le temps de parole de l’opposition.
  • Le vote par l’Assemblée nationale en première lecture le 4 juillet 2019 de la création d’un « Observatoire de la haine en ligne », conformément à la proposition Avia.

Et ce n’est pas fini puisque on apprend par exemple que le gouvernement envisagerait de sortir l’injure et la diffamation de la loi de 1881 sur la liberté de la presse, ce qui reviendrait à réduire la protection apportée par la loi de 1881 à la liberté d’opinion… Ou de créer un conseil de l’ordre pour la presse chargé de n’accréditer que les « bons » journalistes !

Les nouveaux gardes rouges au service du totalitarisme participatif

L’affiche parodique du forum d’aujourd’hui est parlante : on y voit l’image d’un dictateur mais aussi des gardes rouges.

En effet le moulag contemporain ne se réduit pas à l’action de l’exécutif; au contraire celui-ci privatise de plus en plus sa fonction répressive.

Programme du Forum de la Dissidence - Dictature Macron

Programme du Forum de la Dissidence – Dictature Macron

La loi Avia, quand elle sera votée, confiera ainsi à des opérateurs privés l’obligation de censurer. Or, jusque-là, tout ce qui relevait de la liberté d’expression était soumis au juge judiciaire et donc un recours existait contre ses décisions. Mais, face aux censeurs privés, il n’y a aucun recours.

Nous vivons déjà au temps du totalitarisme participatif, pour reprendre l’expression ironique de Martin Peltier dans son dernier ouvrage La Révolution Arc en Ciel en marche[4] .

Le totalitarisme participatif, ce sont ces milliers de “little sisters” et de “little brothers”, ces milliers de petits gardes rouges qui, chaque jour, épient, condamnent, censurent ou dénoncent leurs concitoyens.

Ce sont ces groupuscules communautaristes, LGBT, antispécistes ou gauchistes qui font régner un climat d’intimidation et de terreur intellectuelle dans les médias[5], dans l’université, dans les organismes de recherche ou dans les entreprises.

Ce sont ces féministes qui organisent, comme aux Etats-Unis, la chasse à l’homme, sans respect des droits de la défense.

Ce sont ces entreprises qui multiplient les sanctions professionnelles à l’encontre de leurs salariés dissidents politiques.

Ce sont les GAFA et les sites de cagnotte en ligne qui censurent à tout va les opposants.

Ce sont ces journalistes qui réclament la censure d’Eric Zemmour.

Ce sont ceux qui font campagne auprès des annonceurs publicitaires pour qu’ils coupent les financements  des médias qui donnent la parole aux dissidents.

Ce sont ces internautes, nouveaux indicateurs de police, qui dénoncent les contenus politiquement incorrects sur le web.

Ce sont ces associations islamistes qui harcèlent judiciairement ceux qui dénoncent leur emprise.

Ce sont les milices d’extrême gauche qui cassent systématiquement les manifestations hostiles au pouvoir.

Le totalitarisme participatif correspond justement à la société de la vigilance qu’Emmanuel Macron appelle ouvertement de ses vœux : un totalitarisme où tout le monde est épié, espionné et surveillé, non seulement par l’Etat – comme l’ont révélé les lanceurs d’alerte -, mais surtout par l’armée des nouveaux gardes rouges.

Car, dans la société de la vigilance, l’Etat n’est le plus souvent là, tel Ponce Pilate, que pour donner le coup de grâce judiciaire aux victimes de ce nouveau lynchage collaboratif.

De proche en proche, c’est la possibilité même de débattre politiquement que l’on veut étouffer pour le plus grand profit d’un pouvoir qui fait semblant de ne rien voir en continuant de pérorer sur les valeurs de la République.

Comme lorsqu’Emmanuel Macron déclare qu’en France « nous avons une presse libre, une circulation libre, des réseaux sociaux libres. Tout peut être dit. »[6]
Ou bien le pouvoir vit sur une autre planète, ou bien il est cynique. Et à dire vrai, il est les deux à la fois !

Le Moulag en marche

Alors oui la France marche vers une dictature molle – un moulag – où, chaque jour, les libertés des Français se réduisent sous les prétextes les plus divers.

Mais gardons-nous pour autant d’un pessimisme sidérant. C’est aussi le sens du forum d’aujourd’hui/

1) D’abord, ce moulag est avant tout une dictature de l’impuissance. Et de plus en plus , une dictature du minuscule et du ridicule.

Car, comme le dit si bien Emmanuel Todd : “Dans l’UE et l’euro, le pouvoir de Macron est fictif : son seul pouvoir est de taper sur les Français”[7].

Et surtout de taper sur les Français qui protestent contre la destruction programmée de leur droit à la continuité historique.

Mais taper ne suffit pas à masquer l’échec de deux années et demi de pleins pouvoirs présidentiels.

La France est en tête de l’OCDE … mais pour le poids des impôts !

Elle est en tête de l’UE… mais pour le nombre de demandeurs d’asile accueillis !

Pour le reste, rien n’a vraiment changé sinon en pire : désindustrialisation, insécurité, pauvreté, déficits, déliquescence des services publics…

Il ne faut donc pas s’étonner si seulement 9 % des Français perçoivent une dynamique d’amélioration depuis l’élection d’Emmanuel Macron [8].

Et si les conflits sociaux se multiplient, obligeant l’incendiaire à se transformer en pompier convulsif, tentant d’éteindre, à coup de plans improvisés et d’enfumages, la convergence des mécontentements.

Le moulag macronien  incarne donc une forme particulièrement fragile de dictature : la dictature impopulaire, qui ne tient que par la police et la propagande.

2) N’oublions pas, enfin, que le moulag n’est pas seulement imputable à un homme et à une oligarchie. Les Français ont aussi leur part de responsabilité car ils ont acquiescé à tout.

Charles X est tombé à cause de ses ordonnances sur la presse mais aucune révolte ne vient sanctionner les atteintes croissantes aux libertés en France.

La révolte des Gilets Jaunes n’a pas été initiée par la question des libertés publiques mais avant tout par des préoccupations fiscales et sociales. Il ne faut pas en outre en exagérer la portée. Au plus fort de leur mobilisation, les Gilets Jaunes représentaient selon les estimations les plus favorables environ 5 % de la population. Mais où étaient donc passés les autres ?

Dans un autre registre, que font les catholiques français devant le millier d’actes anticatholiques et de profanations antichrétiennes recensés en 2018 ? Imagine-t-on que les musulmans resteraient sans voix si on avait recensé 1 000 actes anti-musulmans ?

Le moulag doit donc conduire chacun à un salutaire examen de conscience. Car, face au système, il n’est pas de petites capitulations, il n’est pas de petites résistances non plus.

N’oublions pas l’avertissement de Saint Augustin : “A force de tout voir on finit par tout supporter… A force de tout supporter on finit par tout tolérer… A force de tout tolérer on finit par tout accepter… A force de tout accepter on finit par tout approuver !”

Alors, réveillons-nous !

Michel Geoffroy
26/11/2019

[1] Noami Klein « la stratégie du choc » Léméac/Actes Sud , 2008

[2] Le dernier remonte au 29 mai 2005 sur le projet de traité instituant une constitution européenne

[3]Famille Chrétienne 27 juin 2019

[4] Marin Peltier « la révolution arc-en-ciel en marche »  Diffusion International Edition 2019

[5] Dans un entretien accordé au JDD du 15 juin 2019, l’animateur Laurent Ruquier a affirmé : «Nous vivons sous la dictature de Twitter et de Marlène Schiappa (…) Nous sommes en permanence la proie des lobbies, des associations, de corporatismes catégoriels, du communautarisme (…) On ne peut plus rien dire sur quoi que ce soit ! ». Pour lui, « la    pression du CSA sur le service public, via des ministres qui se servent des réseaux sociaux pour faire pression sur les chaînes, devient insupportable. »

[6] Interview d’E. Macron au NewYorker du 24 juin 2019

[7] Le 5 juillet 2019

[8] Sondage Elabe “L’Opinion en direct” réalisé les 2 et 3 juillet 2019

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