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Chloroquine : un scandale d’État ?

Chloroquine : un scandale d’État ?

par | 28 mars 2020 | Politique, Société

Par Françoise Monestier, journaliste pour Présent ♦ Si Didier Raoult s’était, comme beaucoup de spécialistes, trompé sur la dangerosité du Coronavirus, nul ne pourra lui faire le procès d’être resté inactif dans la recherche d’un traitement. S’appuyant sur des déclarations de médecins chinois ayant évoqué la chloroquine, le professeur marseillais clame partout l’efficacité de ce traitement. Et le Gouvernement semble peu enclin à croire le professeur Raoult. Quitte à enchaîner les décisions contradictoires en quelques heures. Françoise Monestier revient sur les éléments frappants de ce qui pourrait bien s’avérer ressembler à une affaire d’État…
Polémia.


« Comment ce pays est arrivé dans un tel état que l’on préfère écouter les gens qui ne savent pas que ceux qui savent ? » Tel est le cri du cœur poussé par Didier Raoult, éminent virologue et médecin libre dont les recherches et les travaux sont reconnus dans le monde entier et qui assure, preuves scientifiques à l’appui, que la chloroquine — médicament septuagénaire souverain contre le paludisme et très bon marché (10 centimes le comprimé) — associée à la prise d’un antibiotique supprime le portage viral en quelques jours sur des patients infectés par le coronavirus.

Circulez, y a rien à voir

La prescription de cet antipaludéen a d’abord été incorporée aux recommandations pour le traitement contre le Covid-19 en Chine et en Corée. Didier Raoult, patron de l’Institut Hospitalier Universitaire de Marseille, un des meilleurs centres de compétence mondiale en infectiologie, a très rapidement, face à la déroute des autorités sanitaires gouvernementales et à leur déni de réalité, conduit un essai clinique sur 24 patients infectés par le virus avec, pour résultat, des effets thérapeutiques spectaculaires qu’il expliquait dans une vidéo très rapidement contestée par le professeur Axel Kahn (ancien communiste et vice- président des Amis de l’Humanité de 2003 à 2007), frère du journaliste Jean-François Kahn, et par Olivier Véran, successeur d’Agnès Buzyn. Les flics de la pensée des Décodeurs du journal Le Monde — service spécialisé dans la chasse à tout ce qui ne correspond pas à la doxa officielle — et l’Agence de santé sanitaire l’ont aussitôt descendu en flammes, à l’exemple de Martin Hirsch, directeur de l’Assistance Publique Hôpitaux de Paris pour qui « la chloroquine marche très bien dans une éprouvette, mais n’a jamais marché chez un être vivant ».

Le couple infernal Lévy-Buzyn

Comment expliquer une telle bronca et quels sont les ressorts intimes d’une telle chasse aux sorcières ?

Il y a maintenant près de trois ans, Yves Lévy, alors directeur de l’INSERM puis conseiller d’Etat par miracle depuis juillet 2018 pour éviter que des soupçons de conflits d’intérêts ne rejaillissent sur son épouse Agnès Buzyn, ministre de la Santé depuis l’avènement de Macron, décidait d’avoir la peau des IHU (Instituts Hospitaliers Universitaires) créés en 2010 par Sarkozy pour stimuler la recherche médicale. Il entendait changer leur statut de « fondation », prendre ainsi le contrôle sur leur recherche et toucher au passage la dîme sur les brevets que les IHU pouvaient vendre à l’étranger. Didier Raoult, climatosceptique avéré et qui, en 2017, avait fait part de son hostilité aux onze vaccins rendus obligatoires depuis le 1er janvier 2018 pour les nourrissons, car il estimait que six d’entre eux seulement étaient nécessaires, les autres ressortant de maladies fantômes, était ainsi dans le viseur du couple Lévy-Buzyn et des pseudo-médecins qui font la pluie et le beau temps à la télévision.

Lors de l’inauguration des nouveaux locaux de l’unité Méditerranée Infection de l’IHU en mars 2018, on nota d’ailleurs l’absence conjointe d’Agnès Buzyn et de Frédérique Vidal, secrétaire d’Etat à la Recherche, alors que l’Inserm et le CNRS avaient retiré leur label à cette unité scientifique. Le 13 janvier dernier, onze jours avant que la belle-fille de Simone Veil n’affirme que la France était à l’abri de la pandémie, elle inscrivait la chloroquine parmi les substances « vénéneuses ». Mais retournement le 16 mars quand, dans les colonnes du Monde, elle affirma avoir prévenu Macron et Edouard Philippe à temps de la réalité de la pandémie, employant même le mot de mascarade pour qualifier la situation actuelle. On connaît la suite.

La volte-face de Véran

Alors que Donald Trump veut mettre la chloroquine à la disposition de tous les Américains, que le Maroc achète les stocks de ce médicament à Sanofi et que le laboratoire israélien TEVA annonce la livraison gratuite de 10 millions de dose de cet antipaludéen aux Etats-Unis, cinq collègues du professeur marseillais ont décidé de se joindre à sa lutte contre le Covid-19 en ces termes : « Conformément au serment d’Hippocrate que nous avons prêté, nous obéissons à notre devoir de médecin. Nous faisons bénéficier nos patients de la meilleure prise en charge pour le diagnostic et le traitement d’une maladie. » Dès le diagnostic de ladite maladie, ils associeront la chloroquine et un antibiotique à large spectre afin de venir à bout du virus.

Du coup, voulant ménager la chèvre et le chou, Olivier Veran, a décidé d’autoriser un usage « encadré » de la chloroquine pour traiter uniquement « les formes graves de Covid-19 », mais il exclut tout administration de cette dernière pour des formes plus bénignes de la maladie. Comme une façon de botter en touche et d’apporter de l’eau au moulin des détracteurs d’un traitement qui a le malheur de ne pas faire l’affaire des lobbies pharmaceutique en embuscade pour la découverte du vaccin miracle ou de la panacée vendus au prix fort. Est-ce la raison pour laquelle Didier Raoult vient de démissionner du Conseil scientifique aux travaux duquel Emmanuel Macron, champion du « en même temps », l’avait associé ?

Les guignols de la médecine

Considéré comme une « simple grippette » par le médecin médiatique Michel Cymes qui a fait la une d’un récent numéro de Paris -Match qui lui a consacré trois pages, le Covid-19 permet à plusieurs toubibs de crever l’écran et d’empocher à l’occasion de juteux contrats de consultants. Depuis maintenant près de trente ans, cet otorhinolaryngologiste s’éparpille sur les ondes de la radio et de la télévision. Il remplit tout à la fois les rôles de producteur, acteur, auteur, présentateur. Il donne son avis sur tout, fait du cinéma et s’apprête à enfiler une blouse de médecin pour une série qui serait diffusée sur TF1.

Sans que le Conseil de l’Ordre ne trouve rien à redire à ses exercices de haute voltige, il crée avec son frère, ex-directeur des droits dérivés à France Télévision, la société Club Prévention Santé, donnant des conférences gratuites pour le public, mais qui sont financées par la très « fraternelle» Harmonie Mutuelle. Depuis l’épidémie de coronavirus, il affirme « être devenu “ l’incarnant ” santé de France 2 ». Ce qui lui a permis tour à tour d’affirmer qu’il n’y avait aucune raison de s’inquiéter, puis de tirer à boulet rouges sur tous ceux, qui de Marine Le Pen à Nadine Morano en passant par Nicolas Dupont-Aignan, exhortaient Macron à fermer les frontières. Dernière victime de ses attaques, Christian Estrosi qui vante les mérites de la chloroquine grâce à laquelle, atteint par le virus, il aurait recouvré la santé. Ce médecin médiatique roulant pour le système prétend que les masques ne servent à rien et que l’on ne peut pas tester tout le monde. Il pourrait finalement remplacer Sibeth Ndiaye quand cette dernière a un coup de pompe. En 2017, ce petit fils de déportés d’Auschwitz avait volé au secours d’Agnès Buzyn et de tous les labos concernés par les campagnes de vaccination massives imposées par le gouvernement et avait laissé éclater sa colère lors de l’annulation en rappel de la radiation du Professeur Joyeux, adversaire résolu de ces dernières.

Autre médecin médiatique, Gérald Kierzek, urgentiste à l’Hôtel-Dieu cumulant un plein temps télévisuel avec un temps plein hospitalier et se félicitant « de terminer sa garde à 8H30 et d’enchaîner avec le maquillage sur LCI ». Ce Shiva des temps modernes a trouvé le moyen de torcher, en quarante-huit heures, un bouquin : Coronavirus, comment se protéger ? Qui dit mieux ?

 Le ministre Véran n’échappe pas à la contagion médiatique. On vient ainsi de voir sa binette faire la une de Gala — qui a tant fait pour la promotion du couple Macron. Si l’on en croit l’auteur de l’article, le neurologue grenoblois est « l’anti-virus idéal » car cet homme de gauche est un esprit facétieux qui avait transformé en octobre 2017, au début de son mandat de député, la buvette de l’Assemblée en piste de danse avec des collègues de LREM. Divorcé de la mère de ses deux enfants, il partage maintenant la vie de la Coralie Dubost, député LREM de l’Hérault. On ne sera pas surpris d’apprendre que cette élue, rapporteur de la loi sur la bioéthique, est favorable à la PMA pour toutes.

De quoi réjouir Agnès Buzyn qui vient d’être recrutée par Unicancer comme « conseillère bénévole » sur le suivi du Covid-19. Un recasage rapide pour celle qui a à son actif la plus grave crise sanitaire de ces dernières années et qui n’a rien fait pour remédier à la crise qui touche de plein fouet la médecine et le système hospitalier français.

Françoise Monestier
28/03/2020

 

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