Articles

Chemin des Dames : La Poste réécrit l’histoire

Chemin des Dames : La Poste réécrit l’histoire

Par Guillaume Le Baube, créateur et rédacteur de la Gazette numérique Blogue à p’Art ♦ Diviser plutôt qu’unir. L’Histoire, on le sait, est victime de toutes les manipulations politiques, des emportements de Michelet (mandaté par Louis-Philippe) au revanchard « roman national » de la Troisième République préparant la grande boucherie de 1914. La République cinquième du nom qui a aussi, en matière de propagande, tous les culots entend aujourd’hui commémorer la sinistre bataille du Chemin des Dames où l’état-major français s’obstina à faire monter ses hommes à l’assaut contre un ennemi qui avait pris position sur les lignes de crête, à l’abri d’une puissante artillerie et de fortifications enterrées, bétonnées et abondamment garnies de mitrailleuses camouflées.


On pensait atteindre Laon dans la soirée, en une offensive fulgurante, comme on pensait, en août 1914, atteindre Berlin en une guerre éclair et être de retour pour les moissons. Lors de cette longue bataille, les pertes humaines furent considérables ; on estime qu’il y eut 200.000 soldats français tués auxquels il faut ajouter 7.000 tirailleurs sénégalais. Ceux-ci, d’une combativité et d’un courage indéniables, paralysés par le froid, ont été, proportionnellement à leur nombre (16.500), lourdement touchés. S’il convient de leur rendre hommage, il faut aussi comparer ces deux chiffres pour évaluer ce que fut la souffrance du peuple français qui déplora à la fin de la guerre un million huit cent mille morts et quatre millions deux cent soixante six mille blessés. On comprend qu’en cette année 1917, certains poilus se mirent à tirer sur leur laisse.

On y voit, sur le terrain, des tirailleurs sénégalais, l’arme au pied, prêts à combattre pendant que des soldats français sont, eux, bien planqués dans un abri souterrain.

On y voit, sur le terrain, des tirailleurs sénégalais, l’arme au pied, prêts à combattre pendant que des soldats français sont, eux, bien planqués dans un abri souterrain.

Que penser alors de la symbolique de deux timbres que la Poste, pour la circonstance du centenaire, vient d’éditer ?

On y voit, sur le terrain, des tirailleurs sénégalais, l’arme au pied, prêts à combattre pendant que des soldats français sont, eux, bien planqués dans un abri souterrain. Le personnage que l’on remarque en premier est l’Africain de l’avant-plan car il est coiffé d’une chéchia rouge pour attirer notre attention ; cette accroche voulue par l’artiste est une erreur car en 1917 ce chapeau était recouvert d’un manchon de camouflage. Son regard, dans lequel on devine la colère d’un homme contraint, semble prendre à parti le spectateur. Quant au poilu protégé dans sa fortification, il nous regarde d’un air goguenard, comme s’il était satisfait de cette substitution.

Si le dessin est de qualité, la composition, reliant les deux timbres sur une même feuille, est très maladroite et contribue à accentuer la rupture entre les deux scènes : de toute évidence, ces deux groupes ne se parlent pas, les uns laissant les autres faire le sale boulot ! Par ailleurs, on peut se demander si le parti pris de l’artiste de mettre un uniforme bleu horizon aux troupes coloniales qui étaient, en fait, vêtues de couleur kaki ne serait pas un choix délibéré insistant sur la notion de remplacement.

Une œuvre d’art est l’émanation de la pensée de son auteur, de son époque ou des falsifications du pouvoir ; elle peut être issue soit d’une élaboration spontanée, soit d’un travail plus long, pour lequel la symbolique, l’articulation des scènes et le choix des couleurs sont mûrement réfléchis. C’est dans cette dernière démarche que s’inscrit ce timbre commémoratif, et il nous incite à méditer sur le message subliminal que le commanditaire souhaite faire passer à une époque où les Français sont très inquiets pour leur survie, alors que les frontières grandes ouvertes du mondialisme font venir des populations pauvres, d’une Afrique en très forte expansion démographique, vers une Europe à la population vieillissante et en voie d’appauvrissement. La société française, désormais composée de nombreuses ethnies différentes, est en phase de se séparer en des communautés qui s’ignorent, gardant leurs langues et leurs cultures propres. Même si dans un certain nombre de quartiers populaires (là où l’argent circule) les rapports humains restent courtois, dans d’autres les tensions sont bien réelles et laissent présager de ce qu’elles seraient s’il venait à survenir une crise économique de grande ampleur. Une telle propagande pourrait être particulièrement marquante auprès d’une jeunesse française qui ne connaît pas son histoire et de populations subsahariennes, nouvellement arrivées, à qui on communiquerait que leurs ancêtres furent maltraités par l’homme blanc présenté ainsi comme cruel, esclavagiste et exploiteur par nature.

La symbolique de ce timbre fait partie de ces messages manipulateurs et culpabilisants qui, par les mensonges qu’ils véhiculent, loin d’unir, cherchent à diviser. Si un jour – et nous ne le souhaitons pas – notre pays venait à souffrir d’un épisode de guerre civile tel que son histoire, trop souvent tragique, en a déjà vécu, le terrain de l’affrontement aura été préparé en amont, par ce genre d’œuvre dont le commanditaire est ici La Poste.

Guillaume Le Baube
28/10/2017

Source : Dixième numéro de « Blogue à p’Art », gazette numérique de Guillaume Le Baube, 29 octobre 2017.

Correspondance – Polémia 29/10/2017