Articles

Le champagne hors-jeu : le football anglais à l'heure islamique ?

Champagne hors-jeu : le football anglais à l’heure islamique ?

Print Friendly, PDF & Email

Par Pierre Boisguilbert, journaliste spécialiste des médias et chroniqueur de politique étrangère ♦ Il faudra peut être bientôt interdire l’expression même de « football champagne » pour ne pas heurter l’exquise sensibilité des joueurs musulmans de nos championnats si peu européens. Car la vile soumission marque des points  en Occident, notamment dans le sport.


Le calice sans alcool jusqu’à la lie

Le vainqueur de la prochaine Coupe d’Angleterre, à la mi-mai, ne fêtera plus son triomphe avec de l’alcool. « Dans toutes les compétitions organisées par la Fédération anglaise, les équipes victorieuses recevront un champagne non alcoolisé pour leurs célébrations, à partir de la finale de la FA Cup cette année », a fait savoir la Fédération  le 24 avril, en expliquant que ce changement permettra aussi de se mettre en conformité avec la loi, puisque certains joueurs peuvent parfois être mineurs. Il est interdit de s’esclaffer.

Une hypocrisie à la hauteur finalement du comportement vis-à-vis de l’alcool de nombre de musulmans, car les mineurs ont bon dos. Il s’agit bien en fait de céder aux exigences rigoristes de joueurs « craignant Dieu ».

Selon le Daily Mail, la mesure devrait ensuite être étendue à toutes les compétitions organisées par la Fédération anglaise.
La Premier League, qui est l’équivalent de la Ligue 1 en France, avait déjà arrêté en 2012 de distribuer une bouteille de champagne aux joueurs élus « homme du match », après que certains joueurs l’eurent refusé pour des questions religieuses. On n’arrête pas les progrès de l’islamisation des mœurs. D’ailleurs, justifie la Fédération, la mesure « a pour but de s’assurer que nous sommes aussi inclusifs que possible, pour les joueurs et les communautés qui peuvent être interdits de consommation d’alcool, ainsi que pour tous les joueurs âgés de moins de 18 ans ».

Carton rouge sanglant en Arabie saoudite

Cette décision de lâche soumission (en arabe : islam) au regard des interdits coraniques tombe bien. En effet, la tolérance ne cesse de progresser dans le monde arabo-musulman depuis l’arrivée en Arabie saoudite de l’éclairé prince Mohamed ben Salman. Le pays a ainsi mis à mort 37 de ses citoyens condamnés pour « terrorisme ». Les exécutions ont généralement lieu par décapitation et le ministère saoudien de l’Intérieur a précisé que l’un des suppliciés du 23 avril avait ensuite été crucifié, traitement réservé aux auteurs de crimes particulièrement graves.

Selon le même ministère, ces exécutions ont eu lieu dans six régions : la capitale Ryad, les villes saintes de La Mecque et de Médine, la région sunnite d’Al-Qassim, au centre du pays, celle d’Assir au sud et celle de la Province orientale, où se concentre la minorité chiite. Au moins 33 des suppliciés appartenaient à la minorité chiite du royaume dirigé par une dynastie sunnite, a indiqué Human Rights Watch. Selon cette ONG, ils ont été condamnés à l’issue de procès « injustes » et les autorités ont obtenu des aveux de « nombre d’entre eux » par la torture.

Ces exécutions portent à plus de 100 le nombre de personnes mises à mort en Arabie saoudite cette année, selon un décompte établi à partir de communiqués officiels. Selon Amnesty International, le royaume saoudien figure dans le peloton de tête des pays qui appliquent la peine de mort dans le monde, derrière la République islamique de l’Iran chiite.

Cette dernière a cependant violemment réagi à la barbarie du frère ennemi. « Après avoir fermé les yeux sur le démembrement d’un journaliste (Jamal Khashoggi), pas un mot du gouvernement Trump quand l’Arabie saoudite décapite 37 hommes en une journée, allant jusqu’à crucifier un homme deux jours après Pâques », a écrit le ministre iranien des Affaires étrangères Mohammad Javad Zarif sur Twitter.

Mais, pendant les exécutions de masse, les affaires reprennent.

Cela n’a pas empêché, en effet, le retour à Ryad , quasiment le même jour, des grands noms de Wall Street avec les PDG de BlackRock ou des banques HSBC et JP Morgan Le PDG asiatique Chin Chou,était également présent. Appelé “Davos in the Désert”, l’événement a été conçu en octobre pour présenter la vision 2030 du prince héritier Mohammed Ben Salman, un plan visant à diversifier l’économie au cours de la prochaine décennie grâce aux investissements étrangers. Il faut sauver le soldat saoudien.

Après un tel succès du libéralisme financier garant de la démocratie universelle,  les participants ont dû être tentés de sabler le champagne… Mais c’est interdit, c’est péché (haram), contrairement au sabrage des dissidents qui, lui, est toujours vivement recommandé.

Pierre Boisgilbert
15/04/2019

Source : Correspondance Polémia

Crédit photo : Domaine public

Print Friendly, PDF & Email

Cet article vous a plu ?

Prenez quelques instants pour vous abonner à la Lettre de Polémia afin de ne rater aucune publication.

Soutenez Polémia

Faites un don avec PayPal.