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Bourbier en R.C.A. [rediffusion]

Bourbier en R.C.A. [rediffusion]

par | 20 août 2017 | Géopolitique

[colored_box bgColor=”#f7c101″ textColor=”#222222″]Période de vacances d’été 2017 – Pendant la période de vacances d’été, Polémia se met au repos du lundi 10 juillet au jeudi 31 août 2017. Voulant éviter à nos lecteurs tout assoupissement pendant ladite période, notre équipe a planifié un calendrier de mises en ligne d’articles déjà diffusés au cours des mois passés mais dont l’intérêt est toujours d’actualité et qui auraient pu échapper à certains d’entre eux…[/colored_box]

Par Bernard Lugan ♦ Avec les socialistes, nous vivons un éternel recommencement : les moyens militaires sont toujours amputés, le réel n’est jamais pris en compte et les interventions sont décidées au pic des crises… L’exemple de la RCA illustre cette constante.


À l’heure où ces lignes sont écrites, la situation y est la suivante :

  1. La France a contre elle la minorité musulmane vivant dans le sud du pays. Instrumentalisée par la Séléka, elle accuse l’armée française de partialité. Quant à la majorité sudiste chrétienne, elle reproche à nos forces soit de ne pas la protéger, soit de ne pas lui permettre de se venger…
  2. Le conflit qui était ethnique au départ devient peu à peu religieux, engerbant, en quelque sorte, les composantes ethniques régionales avec tous les risques internationaux qu’une telle évolution implique.
  3. Une guerre dans la guerre menace, car le contingent tchadien réprime les chrétiens cependant que les contingents issus d’autres parties de l’Afrique matraquent les musulmans…

L’erreur de François Hollande est triple

  1. La nécessaire intervention française devait se faire il y a un an (voir mes communiqués de l’époque), quand, avec peu de moyens, il était possible de « traiter » rapidement et efficacement les coupeurs de route de la Séléka. Au contraire, l’Élysée laissa à ces derniers tout loisir de prendre Bangui. Puis, devant l’ampleur des massacres, le chef de l’État ordonna à nos forces d’intervenir. Mais il était bien tard…
  2. Cette décision d’intervenir fut prise au nom de l’humanitaire — comme si l’Élysée craignait d’avoir une approche trop militaire de l’opération — et sans qu’il ait été tenu compte des réalités ethno-politiques locales. De plus, aucun règlement politique ne fut prévu en dehors d’un mirage électoral pour l’année 2015. Élections qui ne seront d’ailleurs qu’une nouvelle illustration des rapports de force ethniques puisque l’ethno-mathématique électorale montrera ce tout le monde sait : les ethnies qui composent la Séléka ne représentent qu’environ 5% de la population  du pays. Rien n’aura été réglé pour autant.
  3. Pour cette intervention, nos forces n’ont pas eu d’objectif clair. Entre l’humanitaire et le désarmement des milices, quelle était leur mission? De plus, comment prétendre rétablir la paix dans un pays plus vaste que la France avec seulement 1600 hommes dont plusieurs centaines affectés à la garde de l’aéroport ?

Alors qu’il fallait donner aux militaires les moyens de sidérer l’adversaire et de saturer l’objectif, les chiches moyens qui leur furent alloués ne leur permirent dans un premier temps que de lancer des patrouilles, non de quadriller, donc de tenir le terrain, seul moyen d’empêcher les massacres. De plus, au moment où l’opération était lancée, il fallut sécuriser la visite du président Hollande en ramenant l’essentiel des troupes dans le secteur de l’aéroport. Des quartiers qui venaient de voir passer des soldats français et dont la population pensait qu’elle était désormais sauvée furent donc de nouveau le champ d’action des tueurs…

L’impression d’impuissance a été accentuée par le fait qu’au lieu d’être désarmée, but premier de l’opération, la Séléka a au contraire bien voulu accepter d’être cantonnée -du moins pour le moment-, mais en conservant ses armes…

Pour sortir de ce bourbier, il n’y a que trois issues, toutes trois mauvaises

  1. Un retrait de nos forces ; mais, outre le fait que la France perdrait toute crédibilité, elle sera plus tard accusée d’avoir laissé se commettre un « génocide ».
  2. Le recours à un volapuk militaire international permettant à Paris de « diluer » les conséquences de l’opération. Outre le fait que les massacres ne cesseront pas, la France sera, quoiqu’il en soit, considérée comme la vraie responsable d’un  éventuel échec.
  3. Le choix d’une option résolument militaire avec envoi de renforts, objectif clairement défini, désignation de l’ennemi et de l’ami, donc emploi de la force contre la Séléka à l’origine du chaos. L’inconvénient de cette option est que les islamistes mondiaux parleront d’une nouvelle « croisade » française contre des musulmans. Par ailleurs, étant donné qu’une grande partie de la force de frappe du Séléka est composée des Janjawid soudanais  de sinistre mémoire, les risques de contagion seront réels.

Bernard Lugan
23/12/2013

Source : bernardlugan.blogspot.fr – Correspondance Polémia – 29/12/2012

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