Accueil | Géopolitique | Bernard Lugan : « Au Mali, les dirigeants français ont voulu imposer l’utopique ‘vivre ensemble’ »

Bernard Lugan : « Au Mali, les dirigeants français ont voulu imposer l’utopique ‘vivre ensemble’ »

Bernard Lugan : « Au Mali, les dirigeants français ont voulu imposer l’utopique ‘vivre ensemble’ »

par | 12 mars 2019 | Géopolitique, Politique

Par Bernard Lugan, historien et spécialiste de l’Afrique ♦ Découvrez ci-dessous l’éditorial du numéro 111 (mars 2019) de L’Afrique Réelle, lettre d’information proposée par Bernard Lugan.


Le sentiment anti-français en hausse au Mali

En dépit de l’élimination par l’armée française le 21 février 2019 de l’Algérien Yahia Abou al-Hamman, chef de « l’émirat de Tombouctou », et qui était l’un des trois principaux chefs de la coalition jihadiste sahélienne GSIM (Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans), la situation se complique au Mali.

Le sentiment anti Français y a même explosé le 10 février 2019 quand, à Bamako, devant plusieurs dizaines de milliers de partisans, l’imam wahhabite Mahmoud Dicko a déclaré : « Pourquoi c’est la France qui dicte sa loi ici ? Cette France qui nous a colonisés et continue toujours de nous coloniser et de dicter tout ce que nous devons faire. Que la France mette fin à son ingérence dans notre pays. » 

Un singulier remerciement pour tout ce que nos Armées ont fait pour son pays…

Les 3 erreurs de la France

La vérité est que, face à la grande complexité des réalités maliennes, l’erreur française fut triple :

1) En 2013, il aurait fallu subordonner la reconquête de Gao, de Tombouctou et du nord Mali par Serval à la reconnaissance préalable par Bamako d’une nouvelle organisation constitutionnelle et territoriale prenant véritablement en compte les spécificités nordistes, ce qui n’a pas été fait.

2) Au lieu de cela, Paris imposa une fois de plus l’aberrante solution électorale. Or, comme l’ethno-mathématique a automatiquement donné la victoire aux plus nombreux, c’est à dire aux sudistes, la revendication touareg a donc été « démocratiquement » délégitimée..

3) Les autorités françaises ont refusé de voir que pour Bamako, l’ennemi principal est le séparatisme touareg et non l’islamo-jihadisme combattu par Barkhane.

Au lieu de partir du réel ethno-racial sahélien, aveuglés par leur idéologie, les dirigeants politiques français ont voulu imposer l’utopique « vivre ensemble ». Ils imaginaient sans doute que la fée électorale allait, d’un coup de baguette magique, faire accepter à des nomades berbères ou arabes de se soumettre au bon vouloir des agriculteurs noirs sédentaires que leurs ancêtres razziaient, et aux sudistes de cesser de prendre leur revanche sur ceux qui, avant la colonisation libératrice, réduisaient leurs ancêtres en esclavage.

Par la faute de nos gouvernants, Barkhane se trouve donc désormais prise entre le marteau et l’enclume avec des possibilités de manœuvre réduites en raison de la multiplication des mines posées sur les axes de communication obligés.

Certes, de brillantes opérations permettent de liquider les têtes du jihadisme mais il faut bien voir que, de plus en plus fixée sur des emprises coupées des populations, comment Barkhane dont l’essentiel des moyens est désormais utilisé à son auto-protection pourrait-elle répondre aux problématiques régionales millénaires ?

D’autant plus que ses cadres ne reçoivent plus de formation africaniste, depuis que les véritables enseignements en cette matière ont été supprimés, tant à Coëtquidan qu’à l’Ecole de Guerre…

Au sommaire du numéro :

Actualité
Algérie : derrière les élections, le naufrage économique

Dossier : Libye, le général Haftar maître du jeu
– Le coup de pied du général Haftar dans la fourmilière du Fezzan
– Haftar-Russie-Turquie contre Fayez el-Sarraj et les Occidentaux

Dossier : Le fragile verrou tchadien
– La terre, les hommes et leurs conflits
– Les nouvelles guerres du nord (2019)

Histoire et justice
Rwanda : un non-lieu valant accusation…

Bernard Lugan
12/03/2019

Source : L’Afrique Réelle

Crédit photo : Institut Iliade

Cet article vous a plu ?

Je fais un don

Soutenez Polémia, faites un don ! Chaque don vous ouvre le droit à une déduction fiscale de 66% du montant de votre don, profitez-en ! Pour les dons par chèque ou par virement, cliquez ici.

Je m'abonne

Trois fois par semaine dans votre boîte aux lettres électronique, la Lettre de Polémia.
 

I-Média n°319 – Islamisme : la prise de conscience médiatique ?

Comme chaque semaine, I-Média décrypte l’actualité médiatique en déconstruisant le discours...

Bruno Mégret sur l’islamisme : « Ce que devrait dire le président de la République »

Par Bruno Mégret, polytechnicien, haut fonctionnaire, essayiste ♦ L’horrible assassinat du...

En 2017, un livre choc avertissait des ravages de l’islamisation à l’école

Par Camille Galic, journaliste et essayiste… ♦ En 2017, dans son ouvrage Tarek, une chance...

Assimilation, séparation ou remigration ?

Par Paul Tormenen, juriste et spécialiste des questions migratoires ♦ Le prochain Forum de...

Alain de Benoist : « Trump, faute de mieux »

La date de l'élection américaine se rapproche à grands pas. Le choix entre Donald Trump et Joe...

Insécurité. Interdiction des feux d’artifice… et du bon sens ?

Par Michel Geoffroy, auteur de La Super-classe mondiale contre les peuples et La Nouvelle guerre...

I-Média n°318 – Couvre-feu : les journalistes au garde-à-vous

Comme chaque semaine, I-Média décrypte l’actualité médiatique en déconstruisant le discours...

Covid-19. Le point sur la situation du Général Delawarde – Octobre 2020

Par le Général (2S) Dominique Delawarde – Ancien chef « Situation-Renseignement-Guerre...

États-Unis. Les enjeux énormes de l’élection présidentielle américaine

Par Michel Leblay, patron d’émission à Radio Courtoisie ♦ Encore plus que celle de 2016,...

Sophie Pétronin : le retour de la convertie

Par Pierre Boisguilbert, journaliste spécialiste des médias et chroniqueur de politique étrangère...