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« Lèpre populiste » : la révolte des peuples contre les oligarques

Affaire Benalla. Macron a-t-il été lâché par ses soutiens médiatiques ?

4ème Forum de la Dissidence le 17/11 à Paris : la billetterie est ouverte !

Par Camille Galic, journaliste, essayiste ♦ L’affaire Benalla n’en finit pas de faire réagir l’ensemble de la classe politico-médiatique, même en plein milieu de l’été. Pour Polémia, Camille Galic évoque l’incroyable déroulé de cette affaire d’Etat et évoque, plus important encore, les causes profondes d’un possible « lâchage » des soutiens influents d’Emmanuel Macron.


Apparu blême et défait au Sénat où, le 24 juillet, il était cuisiné sur « l’affaire Benalla qui est en réalité l’affaire Macron » (cf. Marine Le Pen), le Premier ministre bafouilla qu’en effet, « cette question posait beaucoup d’interrogations » — auxquelles Edouard Philippe ne répondit pas, peut-être parce qu’il ignorait les réponses.

Benalla, le Concini de la République

Au premier rang de ces interrogations, la trajectoire météorique d’un « gamin des cités », en l’occurrence celle de la Madeleine à Evreux où il naquit en 1991 d’un père marocain, peut-être sous le nom de Lahcène Benahlia.

Comment Alexandre Benalla, grenouillant dès ses 16 ans au parti socialiste, dans le service de sécurité de Martine Aubry, a-t-il obtenu un mastère de droit ? Comment réussit-il en mars 2015 à participer à une formation du très recherché Institut national des hautes études de la Sécurité et de la Justice et, l’année suivante, à décrocher un poste de « conseiller chargé des jeunes et de la banlieue » auprès du boxeur antillais Jean-Marc Mormeck lui-même nommé délégué interministériel pour l’égalité des chances des Français d’outre-mer ? Comment, ayant entamé en 2010 une formation de gendarme de réserve citoyenne, se retrouve-t-il sept ans plus tard, à 26 ans, lieutenant-colonel de réserve la gendarmerie, corps où l’avancement est lent et les places très chères ?

Beaucoup plus qu’à celui des généraux de Bonaparte promus sur les champs de bataille, cette « ascension fulgurante » assortie des « privilèges exorbitants » pointés au Sénat par Le Républicain Bruno Retailleau évoque le précédent de Concini, favori de Marie de Médicis qui, après avoir offert le marquisat d’Ancre à cet obscur nobliau italien, fit de lui le premier gentilhomme de la Chambre, le surintendant de sa maison et le gouverneur de PéronneRoye et de Montdidieravant, apothéose, de le faire élever à la dignité de maréchal de France. Mais comme la roche Tarpéïenne est proche du Capitole, Concini finit peu après. Assassiné à l’entrée du Louvre.

Des parrains de haut vol

C’est Emmanuel Macron qui offrit à Benalla son bâton de maréchal en le bombardant adjoint au chef de cabinet de l’Elysé en avec jouissance d’un vaste appartement (remis à neuf pour la bagatelle de 180 000 euros selon L’Express) dans un immeuble de la République quai Branly, là même où François Mitterrand avait logé sa seconde famille et où Mazarine et Ali Baddou (lui aussi marocain) entamèrent leur idylle, d’un véhicule de fonction avec gyrophare, d’une habilitation « H » lui permettant d’accéder aux locaux les plus exclusifs de l’Assemblée nationale dont il appréciait la salle de sports réservée aux députés (susceptibles d’enrichir encore son carnet d’adresses) et en l’investissant d’une autorité dont il usa et abusa : « Le préfet, je l’emmerde ! » « Casse-toi » lancé à un commissaire sont encore dans les mémoires de ses interlocuteurs. Mais, auparavant,à quelles bonnes fées le jeune allogène dut-il sa carrière ?

On sait qu’il fut au début de l’actuelle décennie très proche de Karim Achoui, fondateur de la Ligue de défense judiciaire des musulmans et surnommé « l’avocat des truands », ce qui lui valut d’être radié du barreau de Paris. Autre proche : le lieutenant de gendarmerie de réserve Sébastien Lecornu, fidèle de Bruno Le Maire et, converti comme ce dernier au macronisme, en fut récompensé en 2017 par un secrétaire d’État auprès du ministre de la Transition écologique et solidaire dans le gouvernement Édouard Philippe.

On sait moins qu’il fut l’un des poulains du très actif et très influent Stéphane Fouks, militant trotskiste et organisateur du premier concert de SOS Racisme devenu ponte du groupe de publicité et de communication EuroRSCGet, à ce titre, grand manitou de la campagne présidentielle de Dominque Strauss-Kahn avant la catastrophe industrielle de l’hôtel Sofitel à New York qui mit un terme aux ambitions politiques de DSK — ainsi qu’à son mariage avec la richissime Anne Sinclair. C’est Fouks, par ailleurs membre directeur depuis 2013 du Conseil représentatif des Institutions juives de France, qui, ayant soufflé à François Hollande l’idée de nommer  Mormeck délégué interministériel pour l’égalité des chances des Français d’outre-mer, fit intégrer Benalla dans cette délégation bidon, pas décisif vers les allées du Pouvoir où le fringant jeune homme allait s’ébrouer avec tant d’aplomb qu’aujourd’hui il lui « arrive de tutoyer Macron », comme il s’en est vanté le 29 juillet dans Le Journal du dimanche qui lui a offert sa Une. Le même Macron qui, au nom de la « verticalité » de sa fonction, morigénait récemment un adolescent coupable de crime de lèse-majesté : l’impudent l’avait appelé Manu.

Convenons qu’il est pardonnable de se croire tout permis après une telle ascension, et de si prestigieuses protections, auxquelles il faut ajouter celle d’Ismaël Emelien, ancien collaborateur de Fouks à EuroRSCG (devenu Havas Worldwide) et, malgré son jeune âge, 31 ans, promu à l’Elysée conseiller spécial politique de Macron dont il serait « le deuxième cerveau ». D’où l’équipée du 1er mai à la Contrescarpe où, muni (grâce à qui ? tout le monde se renvoie la patate chaude) d’une habilitation, d’un casque et d’un brassard de la police, Benalla se mêla aux CRS et les court-circuita pour tabasser deux manifestants… que les CRS durent protéger de sa violence. On imagine si Dupont simple flic avait ainsi perdu les pédales : mise à pied et enquête de l’IGPN auraient suivi avant l’exclusion mais là, ainsi que l’a expliqué un officier de CRS, « comme il venait de l’Elysée, personne n’a osé le contrarier ».

Un mauvais coup de l’Hyperclasse ?

Comment la bande vidéo de cette intervention musclée parvint-elle au Monde et pourquoi le scandale prit-il une telle ampleur cinq semaines plus tard, chassant Emmanuel Macron du petit nuage où il se prélassait depuis la victoire des Bleus (en fait : 14 blacks sur 23 joueurs) au Mondial de foot au point qu’on a pu parler d’« hystérie médiatique », y compris dans l’audiovisuel d’Etat ?

De la part de ce dernier, qui s’est d’ailleurs calmé depuis, une telle réaction était logique. La révélation de l’affaire, le 18 juillet, a en effet coïncidé avec la confirmation que France Télévisions devrait faire 400 millions d’économies d’ici à 2022 et supprimer  deux chaînes de la TNT, France 4 et France Ô, d’où la perte de plus de 1.900 emplois, soit un cinquième des effectifs. On comprend ainsi mieux la nouvelle sévérité des journalistes du public à l’encontre d’un président qu’ils avaient tant contribué à porter au pouvoir par haine de « l’extrême droite ».

Le choix du Monde de privilégier ce scoop est plus étrange. Certes, de la part de tout organe de presse, la volonté de sortir une exclusivité est légitime, surtout quand ledit organe ne cesse de perdre des lecteurs, comme c’est le cas du quotidien dit de référence. Mais qui sont les propriétaires du Monde ? Matthieu Pigasse, directeur général de la Banque Lazard pour la France et l’entrepreneur Xavier Niel. Deux homme qui, depuis l’annonce de la candidature de Macron, avaient mis toute leur énergie et tout leur réseau d’influence au service de l’ancien ministre de l’Economie, qui renvoya l’ascenseur :  on se souvient dans quelle pompe, et quelle « fraternité d’armes », se déroula le 28 juin 2017 à la Halle Freyssinet l’inauguration par le nouveau chef de l’Etat de Station F, un espace de 34 000 mètres carrés destiné par son promoteur Xavier Niel à abriter le « plus grand campus de start-up au monde ».

Pourquoi donc le virage du 18 juillet ?

En fait, des coups de semonce avaient été lancés dès le début du mois par deux autres parrains de Macron, l’ex-chef économiste du FMI Olivier Blanchard et l’économiste libéral Alain Minc. Assistant le 6 juillet aux Rencontres économiques d’Aix-en-Provence, le premier, toujours en poste au Peterson Institute de Washington, reprocha aux « élites politiques et économiques » de ne pas « s’être assez préoccupées de la montée des inégalités » et d’avoir « trop fait confiance au capitalisme et au “consensus de Washington”, selon lequel le marché serait toujours bon », ajoutant qu’en France, « les effets collatéraux du capitalisme n’ont pas été corrigés par la redistribution ou l’aide à la reconversion pour les salariés » et concluant que « l’ouverture totale des économies, sur le marché des biens comme sur le marché des capitaux, n’est peut-être pas la meilleure des options ». Plus direct, Minc revenait dans Libération le 9 juillet sur la montée « insoutenable » des inégalités Macron regnante et prophétisait : « En tout état de cause, on ne peut pas continuer comme cela, l’inégalité est trop forte. On risque l’insurrection. » Ou le « populisme », hantise des élites autoproclamées et auquel pense à l’évidence Olivier Blanchard quand il estime que « le véritable danger est aujourd’hui de nature politique ».

L’hyperclasse mondialisée n’a bien sûr pas encore lâché l’actuel président, auquel elle ne voit d’ailleurs aucun remplaçant plausible ici et maintenant, mais elle n’a plus pour lui — trop jeune, trop arrogant, enivré de sa puissance et de la valeur qu’il s’attribue et donc ingérable — les yeux de Chimène. Le scoop du Monde a-t-il été un avertissement sans frais ?

La « République inaltérable » ? Mais une image très avilie

Mais, hélas ! pas sans conséquences, même si, vacances aidant, l’affaire se tasse. Certes avortée, la commission d’enquête parlementaire constituée à l’Assemblée nationale et surtout la commission sénatoriale, menée avec une grande rigueur, ont montré l’ampleur des contradictions, la gravité des mensonges et des compromissions auxquels de hauts personnages se sont prêtés, y compris et surtout à l’Elysée, où nul dans l’entourage du chef de l’Etat n’avait osé contester l’importance prise par Alexandre Benalla et les passe-droit exorbitants qui lui avaient été accordés.

Alors que celui-ci passait pour avoir été suspendu quinze jours sans solde en mai, son chef direct, le préfet Patrick Strzoda, chef de cabinet du président de la République après avoir officié auprès du Premier ministre Bernard Cazenave, a dû avouer que le chargé de mission avait « perçu l’intégralité de son salaire » en mai. Après avoir confirmé par deux fois, en réponse à des question de Marine Le Pen, la présence de Benalla à « toutes les réunions destinées à sécuriser la présence du président de la République dans la capitale entre le 4 et le 19 mai », Alain Gibelin, directeur de l’ordre public et de la circulation à la préfecture de police de Paris, a dû se rétracter le lendemain en indiquant avoir cru «  en toute bonne foi » que la présidente du Rassemblement national l’interrogeait sur… les réunions de juillet !

Préfet de police de Paris, Delpuech a invoqué pour sa part des « copinages malsains ». Entre francs-maçons, le grand maître de Grande Loge Nationale Française ayant dû concéder l’initiation de Benalla au sein de la Loge « Les Chevaliers de l’Espérance » en janvier 2017 sous «  le matricule 106161 » ou à des échelons bien plus élevés ?

La haute hiérarchie de la gendarmerie est atteinte qui, devant l’indignation croissante de ses membres, a dû diffuser une note interne pour assurer que le grade de lieutenant-colonel n’avait attribué au Maghrébin « qu’à titre temporaire ». La police qui, tétanisée par l’importance prise par Benalla à l’Elysée, n’avait osé s’opposer à ses initiatives, est elle aussi discréditée — y compris sur le terrain ainsi que le révèlent les témoignages remontant de la base —, de même que la haute fonction publique, elle aussi paralysée par le palladium dont se prévalait Benalla.

Et que dire du chef de l’Etat lui-même qui a atomisé sa personne et sa fonction en se croyant obligé de proclamer, face au tsunami de rumeurs et à la stupéfaction des médias et des chancelleries étrangères, « Non, Benalla n’est pas mon amant », quelques jours après avoir déclaré la « République inaltérable » ?

De minimis non curat praetor, mais c’est justement dans ces détails minimes que se cache le diable et ce sont eux dont se souviennent les électeurs. Les gracieusetés de François Hollande à l’endroit de la gamine et délinquante tsigane Leonarda (qui lui tint la dragée haute) lui furent fatales, de même que sa présence au chevet du « martyr » Théo Luhaka soi-disant violé par un policier. Au-delà du tabassage de la Contrescarpe, ce sont la genèse puis la gestion de l’affaire qui ont frappé l’opinion.

Y compris celle des banlieues où Jawad Bendaoud, le « logeur des djihadistes » du Bataclan était déjà devenu un héros pour avoir déclaré, à l’issue de son procès de l’hiver dernier où il avait décroché une relaxe à force dejouer les rigolos : « J’ai niqué la justice. »
Au fait, Bendaoud est très pote avec Makao, le gorille congolais de 2,13 mètres qui, pendant la campagne présidentielle, veillait sur le couple Macron. Or, qui avait recruté Makao ? Benalla, habitué comme lui de la salle de boxe de Mormeck.

A quand Benalla idole des « quartiers » pour avoir, lui, niqué la France ?

Camille Galic
30/07/2018

Sur Stéphane Fouks, Pigasse, Niel et Minc, voir Les Medias en servitude édité par Polémia.

Source : Correspondance Polémia

Crédit photo : Elysée.fr

Camille Galic

Camille Galic

Diplômée des Langues orientales, directeur de l’hebdomadaire Rivarol de 1983 à 2010, Camille Galic a aussi collaboré à des publications comme Le Spectacle du monde et Le Crapouillot. Sous son pseudonyme Claude Lorne, elle a rédigé en 2012 Les Médias en servitude pour la Fondation Polémia, dont elle est une contributrice régulière depuis 2011. Chroniqueuse au quotidien Présent, elle a publié en 2013 un Agatha Christie (éd. Pardès, coll. « Qui suis-je ? »).
Camille Galic

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