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Sa Majesté Mensonge

Sa Majesté Mensonge

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Par Julius Muzart, essayiste ♦ Le Roi Mensonge n’est plus simplement l’instrument de la politique : il en est devenu l’essence. J’aime les anecdotes. Parfois, une anecdote, c’est comme un cache-œilleton : c’est large comme une piécette mais, quand on la soulève, on découvre un monde.


Il y a quelques jours, je me disposais à descendre la rampe d’accès au parc de stationnement Italie. Un agent de sécurité, aimable et embarrassé, freina ma progression et me demanda « si cela ne m’ennuyait pas d’ouvrir le coffre de ma voiture ».

Je déférai bien volontiers à sa requête. Disons tout de suite que dans mon coffre de voiture, l’ordre ne règne pas. Ce jour-là, entre les sacs fournis par les magasins, quelques paquets cadeaux et l’outillage de base, c’était plutôt l’enchevêtrement. Plein de bonne volonté, le garde passa un détecteur au-dessus d’un monceau de sacs ; mais son arme de dissuasion ne lui dit rien. Souriant et soulagé, le préposé, avec une courbette, me laissa poursuivre mon périple vers le monde souterrain. Le détecteur de métaux était sans doute d’un naturel conciliant – ou particulièrement bien élevé : ni le cric, ni la pelle pliante, tous deux faits d’acier, ne purent l’émouvoir.

L’émotion se mit pourtant de la partie, de manière inattendue, et c’est moi qui l’éprouvai.

La scène n’avait pas duré cinq minutes et on serait tenté de la qualifier d’anodine. Et voilà qu’elle ouvrait grandes les portes d’un abîme : ce gardien aimable et gêné devenait le cerbère innocent d’un Hadès. Cet Hadès, c’est notre société sur laquelle règne en maître absolu le roi Mensonge. Le Mensonge despote, totalitaire. Le mensonge que rien ne tempère, le mensonge protéiforme qui guide nos vies et aspire à rendre nos pensées dociles.

Le Roi Mensonge qui n’est plus simplement l’instrument de la politique mais qui en est devenu l’essence

Ce que j’aperçus d’abord derrière le gilet fluorescent de l’agent de sécurité, ce fut la dépense faramineuse exposée pour rien par des commerçants parfaitement conscients de l’inanité de la mesure mais qui considéraient « ne pas pouvoir faire autrement ».

Et on les comprend ! L’exemple vient de haut.

Si l’on considère les régiments entiers de jeunes militaires déployés par groupes de trois devant les synagogues et les écoles confessionnelles, pense-t-on sérieusement que leur présence ait quelque chance d’empêcher les actes terroristes ou même de les dissuader ? La seule conséquence concrète de leur présence, c’est de les exposer eux-mêmes à un grenadage ou à une mitraillade qu’ils ne peuvent pas voir venir et auxquels ils ne peuvent répondre.

Ces déploiements relèvent uniquement du mensonge d’Etat que l’on appelle « communication » : il s’agit de faire croire à la population qu’elle est protégée. « Dormez tranquilles, bonnes gens, la garde veille ! ». C’est, pour être vulgaire, beaucoup plus coûteux que les vigiles des centres commerciaux, mais il est vrai que c’est le contribuable qui paie.

La machine à réfléchir une fois lancée, elle ne s’arrête plus : je me rendis compte que ces mensonges-là ne sont que de l’écume.

Chacun d’entre nous vient, sans nécessairement s’en rendre compte, de consacrer une partie de ses ressources à payer la note pharaonique d’une tout aussi pharaonique opération de com’. On ne sait pas encore combien ça a coûté au juste, mais n’ayons aucun doute : on le saura.

L’artillerie lourde médiatique pilonne depuis des mois. Les accents en furent goebbelsiens. Qui n’a pas entendu, deux cents fois et plus, les clowns tristes des chaînes de grosse télé dans leur numéro de perroquets savants « sauver la planète ! sauver la planète ! sauver… ». Entrez-vous bien ça dans la tête !

Sans rire, sans frémir, sans fléchir. Alors que les moins informés d’entre nous savent que les objectifs annoncés par le Monsieur Déloyal de ce cirque dénommé COP 21 ne peuvent pas être tenus, ne le seront pas, que c’est arithmétiquement inconcevable, simplement parce que la Chine et l’Inde ont déjà annoncé la couleur, et que leur seule « contribution » suffit à rendre vaines les déclarations de décembre 2015 :

– mais que, de surcroît, tout porte à croire qu’elles ne seront pas les seules à s’asseoir sur les « accords » pris ;

– mais qu’en outre à peu près tout le monde sait que ça n’a pas d’importance objective, parce que la condamnation du CO2 comme prétendu facteur majeur du réchauffement est bidon ;

– que, d’ailleurs, dans les « démonstrations » des prêtres du réchauffement, à peu près tout est bidon, et que les scientifiques sérieux le savent et le disent depuis longtemps ;

– qu’une éminente femme politique française, qui sait de quoi elle parle, traite de « connards » ceux qui ne communient pas dans la religion réchauffiste ne change rien à l’affaire. Car de toute évidence, à l’Académie des sciences de Paris, les « connards » foisonnent, particulièrement chez les géophysiciens. Et cette déclaration démontre seulement la permanence du principe de sophistique selon lequel le recours à l’injure est l’ultima ratio de ceux qui n’ont pas d’argument ;

– que le GIEC n’est pas un « groupe d’experts » ; qu’il a été pris en flagrant délit de mensonge sur plusieurs sujets (notamment la courbe en « crosse de hockey », que le GIEC lui-même a renoncé à soutenir, mais qui a été un des déclencheurs du grand cirque intergouvernemental planétaire) ;

– que le réchauffement, effectivement observé depuis la moitié du XIXe siècle, est le seul qui soit réellement prouvé, puisque les mesures systématiques de température n’étaient pas pratiquées auparavant ; que d’ailleurs il connaît une pause depuis 15 ans mais que personne n’en parle ;

– , compte tenu des multiples variables qui influent sur l’évolution des climats (dont une partie seulement est connue et d’ailleurs imparfaitement analysée), il n’y a à peu près aucune probabilité que les émissions de gaz carbonique soient à l’origine de ce réchauffement, et surtout pas qu’elles en soient le facteur unique ;

– que le principal « gaz à effet de serre » ayant une influence sur l’atmosphère terrestre, c’est la vapeur d’eau !

– qu’en conséquence, la représentation théâtrale mondiale qui s’est tenue à Paris s’est terminée sur un mensonge au premier degré…

…Mais qu’en ciblant 2050, nos gouvernants appliquent sciemment la célèbre formule de Keynes « A long terme, nous serons tous morts ».

Il est clair que Sa Majesté Mensonge ne règne pas seulement sur notre pays, mais qu’il établit, de plus en plus évidemment, sa dictature sur la planète. L’expression la plus globale (nous sommes passés du « particulier » de l’anecdote au « général » de la dictature mondiale du mensonge) en est la thèse de la « mondialisation heureuse ».

Les propagandistes des dictatures se réfèrent volontiers au principe « Plus c’est gros, plus ça passe ». Il semble bien qu’à cet égard une évolution soit en marche. Et que, n’en déplaise à nos Propagandastäffel contemporaines, la thèse de la mondialisation heureuse passe moins bien auprès des peuples.

Mensonge des mensonges, la mondialisation heureuse, suivie de ses déclinaisons (comme par exemple « l’Europe ou le déclin »), provoque désormais la perplexité des peuples. Chômage endémique, migrations invasives, concurrences déloyales, ce sont les peuples qui en font l’expérience et qui en souffrent dans leur quotidien.

Et quand leurs soi-disant « élites » viennent leur dire « mais non, c’est seulement une impression (souvenez-vous du « sentiment d’insécurité »), vous ne souffrez pas vraiment, vous angoissez à tort, ça va aller beaucoup mieux bientôt, nous vous emmenons vers un avenir radieux, ceux qui disent le contraire sont des populistes », les peuples, qui voient bien, eux, le contraire sur le terrain, commencent à se demander « Mais pourquoi nous mentent-ils ? Pourquoi persistent-ils à nous prendre pour des crétins ? »

D’ici à ce qu’ils se posent la bonne question, c’est-à-dire « A qui profite le crime ? » il n’y a qu’un pas. Et d’ailleurs certains Etats l’ont déjà franchi et les frontières ressurgissent.

Le Roi Mensonge, menacé, résiste : « Ne faites pas cela, malheureux ! Vous allez vers l’appauvrissement ! La libre circulation de tout et de tous, c’est la condition de la prospérité ! ».

Insolents, les peuples ne tarderont pas à répondre : « La prospérité peut-être, mais de qui ? Ce que nous voyons, nous, c’est la libre circulation de guerres dont nous ne voulons pas et qui nous sont étrangères ; ce sont nos emplois délocalisés là où ça vous coûte le moins cher ; ce sont nos rémunérations drastiquement tirées vers le bas par des migrants clandestins et des « travailleurs détachés » ; c’est notre protection sociale – issue de solidarités internes – amputée au bénéfice de non-cotisants et mise à mal par la réduction de ses ressources ; ce sont nos enfants et nos cerveaux qui fuient à la recherche d’emplois qualifiés que leur pays ne leur offre plus. Et tout cela au bénéfice de qui ?

Et le Roi Mensonge de répondre : « Mais, inconscients, si vous fermez vos frontières, vous importerez plus cher et vous n’exporterez plus autant ! ».

Les peuples réfléchiront et diront probablement : « C’est vrai, mais… »

Mais à qui ferez-vous croire que des frontières maîtrisées empêcheront les marchands de continuer à s’entendre de part et d’autre ? que les produits et services d’excellence cesseront d’être convoités achetés et vendus ? Mais surtout, pensez-vous vraiment que la baisse réelle de notre « pouvoir d’achat à l’étranger » ne vaille pas la peine d’être choisie quand l’alternative n’est autre que la baisse de notre pouvoir d’achat tout court ? Que, contraints de toute façon de choisir, nous optons pour un retour à un nouveau modèle de consommation, avec un renchérissement (peut-être) des gadgets en plastique bourrés d’électronique orientale, avec l’ardente obligation ––mais avec l’opportunité – de reconstituer un tissu productif, avec – n’ayons pas peur des gros mots – un retour à davantage d’autarcie.

L’alternative serait-elle même entre deux processus d’appauvrissement relatif, ne devrions-nous pas considérer qu’une austérité accompagnée de la maîtrise de notre destin est un meilleur parti à prendre que celui de la fusion de notre pays dans une grande misère mondiale partagée, pour le plus grand, mais pour le seul, profit d’une super-classe mondiale, définitivement dominante ?

Voilà ce qu’à peu près pourraient répondre les peuples au Roi Mensonge, qui ressemble fort à ce que doit être l’âme, déjà damnée, de ces élites qui les trahissent.

Julius Muzart
4/01/2016

Correspondance Polémia – 4/01/2015

Julius Muzart

Julius Muzart, ENA ; DES de Droit public. Ancien haut fonctionnaire (ER), enseignant en droit public. Essayiste, auteur des ouvrages « Le quatrième complice (ou : je vous mets en examen parce que je ne comprends pas…) », « Associations, subventions, compromissions », « Chroniques de la principauté de Grande Gabegie ». Contributeur régulier de Polemia.

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