Articles

François Valerie

L’ouragan Trierweiler et les Mistral : le 3 septembre ou la journée des bombes

Print Friendly

Chronique politique et mondaine de Camille Galic.

♦ «C’est Vénus tout entière à sa proie attachée…» Non, on ne fera pas à Phèdre et à Aphrodite l’injure d’un amalgame avec Valérie Trierweiler car c’est plutôt à un chien privé de son nonosse que fait penser la dame, si justement surnommée Rottweiler par de fins psychologues dès son arrivée à l’Elysée. Mais les causes les plus domestiques peuvent produire les plus grands effets – et les plus dévastateurs pour l’image d’un pays, en l’occurrence la France.


Un « cri de souffrance » qui rapporte gros

La «bombe» avait éclaté au matin du mercredi 3 septembre avec la publication dans Paris Match (dont elle est salariée) des bonnes feuilles du témoignage de la concubine répudiée, d’ailleurs avec une rare muflerie, le 25 janvier dernier. Toutefois, les passages retenus de Merci pour ce moment (éditions des Arènes), portaient essentiellement sur la vie intime de l’ex-couple présidentiel et les états d’âme de la «victime».

Mais le livre au titre si innocemment trompeur arrive à 16 heures à l’Elysée, où François Hollande et ses conseillers auliques prennent connaissance de l’intégralité de la charge dirigée non seulement contre l’amant volage mais surtout contre l’homme politique et le président, «froid, calculateur, déshumanisé», indifférent au sort des autres et «cynique» dans la conduite tant des affaires publiques que de sa vie personnelle. Et ils mesurent l’ampleur du désastre. Encore ignorent-ils que l’opus, imprimé clandestinement en Allemagne et tiré à deux cent mille exemplaires, sera épuisé dès le lendemain matin dans les librairies, notamment dans les FNAC qui en écoulent quinze mille en quelques heures, et même sur Amazon, qui indique ne pouvoir le fournir avant le 18 septembre.

Selon Le Figaro, Mme Trierweiler «aurait reçu un à-valoir de 100.000 euros, et devrait toucher progressivement 10, 12, puis 14% du prix de vente sur chaque ouvrage vendu : 10% pour les 15.000 premiers, 12% sur les 30.000 suivants, et 14% sur les 170.000 restants». Elle peut donc se frotter les mains. Après le très favorable arrangement financier dont elle avait bénéficié après la rupture de janvier, voici sa fortune durablement assurée puisque, sans parler de la traduction dont la publication est prévue à la mi-octobre aux Etats-Unis, son Moment devrait lui rapporter la bagatelle de 600.000 euros. La vengeance est peut-être un plat qui se mange froid, mais il est encore meilleur servi bien chaud, et accompagné d’une riche sauce. On peut être une «femme blessée», «atteinte pour toujours» par sa plongée (volontaire) dans le «vivier vipérin de la politique», et n’être pas désintéressée pour autant.

Panique à l’Elysée : un contre-feu à plus de 2 milliards d’euros

Après la «clarification» (théorique) résultant de la démission du premier gouvernement Valls et de la constitution du second, puis l’Université du PS prétendant à un semblant d’unité du parti, c’est avec un certain optimisme que le premier ministre envisageait le vote de confiance du 16 septembre et le président sa conférence de presse du 18. Mais Le Moment chamboule ce calendrier. Surtout qu’une échéance est plus proche encore : celle du sommet de l’OTAN réunissant pour deux jours une soixantaine de chefs d’Etat et de gouvernement à Newport, au Pays de Galles, et se clôturant comme à l’accoutumée par une conférence de presse. Comment éviter que François Hollande n’y soit bombardé de questions gênantes et ridiculisé encore davantage sur la scène internationale ?

Il faut d’urgence allumer un contre-feu.

Un peu avant 18 heures, à l’issue d’un Restricted meeting of the Defense Council (en anglais dans le texte bien que son résumé figure dans la rubrique «International, Développement et Francophonie»), la présidence de la République annonce donc officiellement que, «malgré la perspective d’un cessez-le-feu qui reste à confirmer et à être mis en œuvre, les conditions pour que la France autorise la livraison du premier BPC (Bâtiment de projection et de commandement) ne sont pas à ce jour réunies» car «les actions menées récemment par la Russie dans l’est de l’Ukraine contreviennent aux fondements de la sécurité en Europe».

Une décision très lourde de conséquences puisqu’elle réduit la parole de la France à un chiffon de papier et porte de ce fait un coup mortel à nos industries de l’armement et notamment à nos chantiers navals, en même temps qu’elle va grever nos finances déjà étiques. Si le premier des deux Mistral commandés par le président russe Medvedev à son homologue d’alors, Nicolas Sarkozy, n’est pas livré le 1er novembre comme prévu, il nous en coûtera 1,2 milliard d’euros pour le remboursement et jusqu’à 1 milliard de pénalités supplémentaires, compte tenu des frais déjà engagés par Moscou.

Si cette décision avait, comme on l’espère en raison de sa gravité, été mûrement réfléchie, comment expliquer qu’elle n’ait pas été annoncée plus tôt, en tout cas dès le matin du 3 septembre à l’issue du traditionnel conseil des ministres, sinon par la nécessité vitale d’une gesticulation apportant une utile diversion à la tempête du Moment ?

D’aucuns jugeront cette hypothèse aventurée puisque, avec les menaces de l’Etat islamique sur l’Irak et la Syrie, la situation en Ukraine devait justement être le gros morceau du sommet de l’OTAN de Newport. De plus, selon le spécialiste des questions militaires Jean-Dominique Merchet cité le 4 septembre par le Bulletin de Réinformation de Radio Courtoisie, «la Russie est bien moins attachée qu’on ne le croit ici à la livraison des Mistral» et «c’est une véritable sanction que les Etats-Unis et l’Allemagne infligent à la France plus qu’à la Russie» en obligeant la première à renoncer, en tout cas provisoirement, à la livraison des bâtiments «parce que c’est notre pays qui devra s’acquitter de fortes pénalités financières». Sans compter qu’«aucune piste sérieuse n’existe concernant la reconversion des Mistral destinés à la Russie. La marine en est déjà équipée. Les pistes de l’OTAN et du Canada semblent peu sérieuses.»

Sa terreur : être la risée de la presse internationale

Si François Hollande a réellement agi sous la contrainte de Washington et de Berlin, cela confirmerait, une fois de plus, que la «souveraineté nationale» dont nous nous rengorgeons tant n’est qu’un mythe. Mais, si elles sont un jour avérées, les intentions et les tentatives de pression prêtées à Barack Obama et à Angela Merkel ne datent sans doute pas d’hier. Alors, encore une fois, pourquoi le président français a-t-il attendu aussi longtemps pour lancer sa propre «bombe» ?

Sans doute dans l’espoir que, se focalisant sur la non-livraison des porte-hélicoptères et la nasarde à Poutine, les journalistes ignoreraient peu ou prou l’ouragan s’abattant sur l’Elysée à l’initiative de la nouvelle «putain de la République», comme aurait dit Christine Deviers-Joncour.

En mai 2012, le nouveau président avait fait sa première sortie officielle à l’étranger à l’occasion du sommet du G8 à Camp David aux Etats-Unis où la présence de la «First Girlfriend» avait éclipsé la sienne propre, la presse internationale en général et anglo-saxonne en particulier glosant à l’infini sur cette exception culturelle si française. Et les railleries avaient redoublé quelques semaines plus tard après l’affaire du tweet de soutien de Valérie Trierweiler à Olivier Falorni, adversaire de Ségolène Royal pour les législatives à La Rochelle. Caricatures à l’appui, les New York Times, The Guardian et autres Daily Telegraph ironisèrent alors lourdement sur ce catfight (combat de chattes hystériques), certains parlant même de «Dallas à l’Elysée» (*).

Contre «les riches»… et contre les «sans-dents» ?

Ce Dallas ayant désormais pris les proportions d’un Pearl Harbor, on imagine le feu roulant attendant à Newport le président «normal» devenu l’anti-héros d’une grande première mondiale puisque aucune compagne, légitime ou pas, d’un chef d’Etat n’avait encore réglé ses comptes publiquement par voie de livre pendant qu’il est encore en exercice, attaquant l’infidèle sur les ambiguïtés de sa personnalité mais aussi sur ses orientations et son parcours politiques ainsi que sur sa garde rapprochée, le premier ministre Valls ou le nouveau commissaire européen Moscovici n’échappant pas plus au jeu de massacre que l’abhorrée Ségolène Royal.

Se présentant comme une «Cosette» élevée en HLM alors qu’elle est la petite-fille du banquier Massonneau ayant juteusement vendu son établissement au Crédit de l’Ouest en 1950, Valérie Trierweiler n’accuse-t-elle pas en effet François Hollande de détester et de «mépriser les pauvres», que, «très fier de son trait d’humour», il surnommerait cruellement les «sans-dents» ? N’affirme-t-elle pas que le «syndrome du gagnant» lui a fait perdre «clairvoyance et lucidité» au point qu’il trahit ses électeurs ?

Un chien crevé qui suit le fil de l’eau

Pour l’honneur de la France, et l’avenir si précaire des personnels des chantiers de Saint-Nazaire suspendu à de nouvelles commandes dorénavant bien hypothétiques – et dont les salariés révoltés par la volte-face présidentielle organisent ce dimanche une manifestation de protestation – on voudrait croire que c’est en son âme et conscience que le président a décidé de dénoncer le contrat avec la Russie après s’être entouré des conseils les plus autorisés et en ayant pesé tous les enjeux de ce tournant de Weltpolitik. Et surtout sans céder aux pressions de partenaires étrangers, sans chercher à opposer un dérisoire écran de fumée à la vindicte de la furie qui l’avait enlevé en 2005 à la mère de ses quatre enfants et que, par faiblesse et pour préserver son confort personnel, il avait laissée s’imposer à l’Elysée sept ans plus tard.

Mais le doute n’est, hélas, pas permis. Si le portrait brossé par Valérie Trierweiler constitue par sa violence une atteinte à l’honneur et à la considération du chef de l’Etat et donc du pays qu’il préside, la réalité est moins reluisante encore. La personnalité et la politique du premier magistrat de France si asservi à la «tyrannie médiatique» sont celles du «chien crevé qui suit le fil de l’eau», selon la fameuse apostrophe d’André Tardieu à Aristide Briand. Lequel, à côté du nain Hollande, ferait aujourd’hui figure de géant.

 Camille Galic
5/09/2014

Note :

(*) Lire «Presse/politique : les liaisons dangereuses», article Polémia du 14 juin 2012,

Correspondance Polémia – 5/09/2014

Image : «Car si le président n’est pas marié, il n’est pas entré à l’Elysée seul. Le 15 mai 2012, c’est en couple qu’il a raccompagné les Sarkozy-Bruni sur le perron de l’Elysée.»