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Dominique Venner nous a montré les racines

Dominique Venner nous a montré les racines

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Pour que nos jardins fleurissent.

♦ En avant première du colloque consacré à Dominique Venner, qui se tiendra le 17 mai 2014 à la Maison de la chimie à Paris, Javier Portella, son ami, a envoyé à Polémia un texte philosophique et profond qui fait appel à la réflexion. Le voici.
Polémia


Voici un an un homme noble, grand, un homme qui ne semblait pas appartenir à un siècle qui, rejetant grandeur et héroïcité, ne rêve qu’à la commodité ; un tel homme – Dominique Venner – se donnait solennellement la mort, le 21 mai 2013, à la cathédrale Notre-Dame de Paris.

Pourquoi l’a-t-il fait ? Pour porter témoignage, pour contribuer à ce qu’un jour se réveillent aussi bien la grande masse des indifférents que ceux qui, tout en étant conscients de nos maux, sont incapables de bouger le petit doigt de leurs confortables et égoïstes mains.

Bouleversés par le sacrifice de notre ami, nous réfléchirons toujours sur les grands axes de sa pensée. Mais nous ne nous bornerons pas à les répéter. Reprenant ses enseignements, nous poserons les questions que Dominique Venner nous encourage à poser.

Celles-ci, notamment : D’où jaillit cet étrange espoir qui se trouve au cœur d’une pensée aussi profondément critique vis-à-vis de notre époque ? Comment celle-ci peut-elle porter en elle-même la possibilité de tout ce qui aujourd’hui nous fait si cruellement défaut ?

Ce qui nous fait défaut, c’est le sens de la grandeur et de la beauté, de la présence enracinée dans le temps, que seule une communauté, un destin collectif – non pas une addition d’atomes mus par des intérêts bas et immédiats – peut apporter. Comment de telles choses pourraient-elles charpenter un monde qui, privé de socle et de charpente, les répudie si résolument ? De telles choses peuvent charpenter le monde, répond Dominique Venner, parce qu’en réalité elles ne sont nullement disparues. Elles sont seulement « endormies », mais elles sont toujours là, dans les tréfonds mêmes de notre civilisation. « Et une civilisation, disait Fernand Braudel, est une continuité qui, lorsqu’elle change, même aussi profondément que peut l’impliquer une nouvelle religion, s’incorpore des valeurs anciennes qui survivent à travers elle et restent sa substance » (*).

Dominique Venner, Le Cœur rebelle, Les Belles Lettres, 1994, 202 pages

Dominique Venner, Le Cœur rebelle, Les Belles Lettres, 1994, 202 pages

Non, Dominique Venner n’est pas un illuminé. Il n’a rien à voir avec un de ces optimistes mus par la foi aveugle qui marque « l’homme du Progrès ». Il n’appartient pas à l’espèce du Yes, we can ! Vouloir, c’est pouvoir, et tout le reste. Jetant un regard percutant dans le fond de notre histoire millénaire, regardant tous les moments sombres où notre civilisation semblait prête à périr, Dominique Venner nous dit que ce dont il s’agit, ce n’est finalement que du retour sur le devant de la scène de ce qui se trouve aujourd’hui à son arrière. Il s’agit du resurgissement – sous des formes nouvelles, différentes, il va sans dire – de ce qui fait partie des archétypes mêmes de notre civilisation, ce terme que Dominique Venner identifie à celui de tradition : « La tradition, telle que je l’entends, nous dit-il, n’est pas le passé, mais au contraire ce qui ne passe pas et qui revient toujours sous des formes différentes. Elle désigne l’essence d’une civilisation sur la très longue durée. » Et « notre tradition, ajoute-t-il, survit dans notre inconscient alors que nous l’avons en partie oubliée. »

« La nature comme socle, l’excellence comme objectif, la beauté comme horizon » : l’homme d’aujourd’hui a oublié, certes, de tels principes. Mais ils nous parlent, ils battent toujours dans notre cœur – sinon ils ne nous diraient plus rien. Ce sont là nos racines, et, comme celles de toute civilisation, les racines sont « pratiquement indestructibles tant que n’a pas disparu (comme les Mayas, les Aztèques ou les Incas disparurent un jour) le peuple qui en était la matrice ».

Or, si nous ne voulons pas disparaître à notre tour, il ne suffit pas que nos racines restent enfouies de la sorte. Il faut qu’elles germent et portent leurs fruits. Il faut qu’à partir d’elles des arbres, des bois, des jardins fleurissent… Neufs, différents, exubérants : façonnant toute une nouvelle Cosmovision où les questions de toujours trouvent réponse pour l’homme du présent.

Une nouvelle Cosmovision, un nouveau Projet de monde… Or, voilà qui ne peut pas consister dans une simple contestation de la déchéance qui nous accable. Voilà qui ne peut pas se borner à dénoncer la ploutocratie et son usure, la laideur et sa vulgarité, le non-sens et son absurdité, l’égalitarisme et son inanité. Voilà qui nous oblige à montrer ce qu’il faut mettre à leur place.

Toute l’œuvre de Dominique Venner est un encouragement à entreprendre un tel questionnement. C’est autour de lui que se tiendra le Colloque « Dominique Venner, historien et écrivain au cœur rebelle » le samedi 17 mai, à 14h30, dans le grand amphithéâtre de la Maison de la Chimie, 28 rue Saint-Dominique à Paris VIIe.

 

Javier Portella
3/05/2014

Note :

(*)Toutes les citations appartiennent à D. Venner, Un samouraï d’Occident, Pierre Guillaume de Roux, Paris, 2013, pp. 122 à 125.

Correspondance Polémia – 8/05/2014