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Heroïsme Victor Hugo

De l’héroïsme d’hier à aujourd’hui

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Riki Tikitavi : Une interprétation philosophique des commémorations

♦ Notre pays vient de commémorer coup sur coup deux dates particulièrement importantes pour son histoire. Toutes deux nous invitent à nous interroger sur notre relation à la nation et au don qu’elle peut, un jour, exiger de nous. Toutes deux nous invitent à l’héroïsme.

Le 11 novembre, c’est le souvenir de la Der des Der. Cette première guerre mondiale qui a englouti dans sa fournaise tant d’hommes mais aussi de femmes et d’enfants, qui a brisé tant de familles et mutilé tant de pays. Le 13 novembre, c’est le cri douloureux  des victimes des attentats de Paris et de tout un pays frappé par la folie islamiste.


Entre ces deux dates, quelque cent années. Seulement cent ans et pourtant un infranchissable fossé. Nos arrière-grands-parents ont été arrachés à leurs terroirs, à leurs familles, à leurs métiers et sommés de s’offrir en holocauste pour la sauvegarde de la nation. Ils l’ont fait dans l’honneur pour la plupart et même avec héroïsme pour beaucoup. Nos contemporains, eux, se sont vus retranchés de notre quotidien par l’irruption barbare d’une violence qu’ils ne concevaient pas, avec la peur et l’incrédulité pour seul bagage.

Là où nos aïeux sont morts debout, les armes à la main, pour défendre notre pays, nos contemporains sont morts en fuyant les balles, se terrant partout où la panique les poussait. Ce disant, je ne juge ni ne méprise ceux qui sont tombés pour la simple raison que je n’aurais sans doute pas fait mieux. En revanche, je critique notre époque et notre société qui nous a amollis à force de confort.

A trop avoir, on oublie d’être…

Je crains, hélas, que l’héroïsme soit passé de mode. Et cela vient toujours de la tête. Les plus téméraires de nos hommes politiques passent malheureusement leur temps à se défendre des procès en conservatisme que leur font des journalistes pusillanimes chantres d’un daladiérisme béat. Les autres, hélas, ont consenti il y a déjà longtemps à avoir le destin d’une feuille morte selon le mot de Jean Guitton.

Pourtant, cette époque nous donne encore de nombreux modèles. J’en citerai deux découverts le week-end dernier : celui du professeur Jérôme Lejeune et celui de Desmond Doss. Chacun d’eux, à sa manière, a démontré par sa vie que l’héroïsme est avant tout une noblesse d’âme qui irradie sur les actes de qui la possède.

Parce qu’il était au fait de sa gloire professionnelle mais qu’il percevait les dérives possibles de l’utilisation de ses découvertes, le généticien Jérôme Lejeune n’a pas hésité à rappeler à ses pairs que leurs devoirs de médecin devaient les conduire, en toute circonstance, à choisir et servir la vie. Cela lui a coûté, outre sa carrière, un Nobel qui lui tendait les bras.

Desmond Doss, quant à lui, s’est illustré sur le front d’Okinawa en 1944. Son histoire est le sujet du dernier film de Mel Gibson actuellement à l’affiche et que l’on réservera à un public adulte. Refusant de porter une arme par conviction religieuse, il sauvera en sa qualité d’infirmier, au nez et à la barbe de ses ennemis, 75 blessés dans des conditions extrêmement périlleuses.

La déshérence de notre pays fait que la France se cherche un sauveur. C’est ce qui explique paradoxalement l’engouement des Français pour la bataille politique et leur fuite éperdue devant toute forme de débat.

La tristesse des « débats » télévisés de la primaire de la droite et du centre est de ce point de vue-là très instructif. Si le débat s’entend de l’échange constructif d’idées entre plusieurs individus, alors les électeurs en ont été privés par des journalistes érigés en censeurs de grand oral ainsi que par des hommes politiques jouant ce jeu qui leur était imposé. A peine deux d’entre eux ont-ils rué tardivement dans les brancards.

Quand bien même ces personnes nous auraient offert un débat digne, constructif et enthousiasmant, les Français devraient se souvenir que jamais le salut de notre nation n’est venu de notre classe politique. Lors de la Grande Guerre, c’est à la vaste houle de cette humanité pétrie de la même argile de notre vieille France que nous sommes redevables de la victoire. C’est ce que nous redit, chaque 11 novembre, le chapelet  des noms gravés sur nos monuments aux morts.

Attendre l’homme providentiel c’est s’exposer à une immense déception. Sombrer dans l’apathie, c’est accepter de voir le château de Versailles balayé par des journalistes béotiens révolutionnaires. La France n’a qu’une issue : l’amour de ses enfants. Elle nous a nourris. A nous de prendre soin d’elle, sans plus attendre. Peut-être est-ce cela finalement l’héroïsme : s’efforcer d’être un homme à sa juste place !

Riki Tikitavi
20/11/2016

Source : Mauvaise nouvelle.fr

Correspondance Polémia – 21/11/2016

Image : l’héroïsme selon Victor Hugo