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Retour à la case départ du patrimoine africain

Retour à la case départ du patrimoine africain

Par Françoise Monestier, journaliste pour Présent ♦ En 2013, Louis-Georges Tin, le très vindicatif président du Conseil représentatif des associations noires (CRAN) qui ne rate jamais une occasion de faire le procès de la colonisation française, signait une tribune dans le journal Le Monde. Il demandait, trois ans avant la demande officielle formulée par le Bénin , la restitution des trésors de la ville royale d’Abomey- royaume du Dahomey à l’époque- prise par le général Dodds le 17 novembre 1892 alors que Béhanzin, son roi esclavagiste musulman mettait le feu à son propre palais avant de prendre la poudre d’escampette. Les troupes françaises éteignaient l’incendie et emportaient les œuvres qui avaient échappé aux flammes et qui  se trouvent aujourd’hui au Musée du Quai Branly et au Louvre.
En 2016, Jean-Marc Ayrault, opposait une fin de non-recevoir aux exigences formulées par le  président du Bénin Patrice Talon, sachant très bien que les collections muséales  sont inaliénables, imprescriptibles et insaisissables.


Le 23 novembre dernier, Emmanuel Macron exauçait les vœux de Louis-Georges Tin et piétinait joyeusement le principe d’inaliénabilité des collections publiques qui existe  depuis le XVIe siècle en annonçant que « les mesures opérationnelles et, le cas échéant,  législatives seront prises pour que ces œuvres retournent au Bénin ». Le trésor royal d’Abomey va donc prendre la route du Bénin pour la plus grande joie des  collectionneurs africains en embuscade et de  ceux qui  ont encore des comptes à régler avec l’ancienne puissance coloniale.

La faute de Macron

Une telle décision n’est cependant pas surprenante quand on se rappelle le discours tenu à Alger par Macron sur la colonisation et  l’esclavage (en oubliant bien sûr  les dérives de l’islam en la matière) considérés comme un « crime contre l’humanité ». Alors pourquoi ne pas pousser le bouchon encore plus loin et considérer que le patrimoine africain conservé dans les musées français est assimilable aux peintures spoliées pendant la deuxième guerre mondiale ? C’est tout le sens du discours de Ougadougou prononcé le 29 novembre 2017  au cours duquel Emmanuel Macron s’est engagé dans un délai de cinq ans à restituer, de manière temporaire ou définitive, le patrimoine africain. Ce discours  suscita  l’agacement du monde de l’art et l’inquiétude justifiée des conservateurs de musée. Puis silence radio jusqu’au 22 mars 2018 date à laquelle il a confié  à deux universitaires anticolonialistes un rapport sur la « restitution » des œuvres d’art à l’Afrique subsaharienne, comme si elles étaient illégalement conservées dans notre pays.

Une drôle d’équipe

Bénédicte Savoy, professeur au Collège de France,  s’est aussitôt  déclarée favorable aux restitutions « dans la joie ». Pour elle, «  l’on ne peut pas jouir de ces musées en ignorant complètement cette face cachée qui est cette appropriation souvent violente…..ce très bel objet qui a été pris, avec un couteau dans la main, par quelqu’un qui l’a déchiré de son lieu d’origine ».  Quant au sénégalais musulman  Felwine Sarr,  proche des Indigènes de la République et indéfectible soutien de Tariq Ramadan, il a publié des tribunes sur le site musulman Oumma.com défendant le port du voile  islamique: « cette perception de l’autre, voilée par un européocentrisme refusant de voir le monde en relief, est souvent méprisante et insultante ».

Un rapport délétère

Dés le début, les auteurs du rapport sorti en librairie le jour même de sa remise au Président de la République, ne respectent pas  leur mission, ne consultent aucun marchand d’Art premier, aucun historien et se contentent de demander aux conservateurs  de dresser la liste et de « géo-localiser » les œuvres à restituer. Ils se satisfont d’une ou deux réunions avec les directeurs du Musée du Quai Branly, du Musée Dapper auxquels viennent s’agréger l’inévitable Louis-Georges Tin et l’incontournable Marie-Cécile Zinsou, présidente de la Fondation Zinsou  au Bénin et qui chasse le patrimoine africain en Europe et accessoirement en France et se fera sûrement une joie de pouvoir accueillir le trésor d’Abomey, faute de musées béninois  en état de le faire. Son père, Lionel  Zinsou, ancien premier ministre du Bénin est président des Amis du Musée du Quai Branly, banquier d’affaires et très proche de Macron qu’il a connu chez Rotshchild  et soutenu lors de la Présidentielle.

Ils annoncent la couleur dès le début : « Derrière le masque de la beauté, la question des restitutions invite en effet à mettre le doigt au cœur d’un système d’appropriation et d’aliénation, le système colonial, dont certains musées européens, à leur corps défendant, sont aujourd’hui les archives publiques ». Ils prétendent que plus de 90% du patrimoine africain serait conservé hors du continent. Ils mélangent dans leur inventaire aussi bien les objets acquis avant 1899, date de la première Convention de La Haye  codifiant les lois de la guerre que ceux vendus par les Africains eux-mêmes ou ceux qui proviennent de missions scientifiques. Autant dire que le musée Chirac pourra bientôt mettre la clef sous la porte à moins qu’il ne soit reconverti en une grande maison pour les migrants ! Mais n’est-ce pas un juste retour des choses  quand on se rappelle que Chirac  avait pratiqué l’ethnomasochisme en se félicitant « d’imaginer un lieu qui rende hommage à des peuples auxquels l’histoire a trop souvent fait violence…peuples brutalisés, exterminés par des conquérants avides et brutaux » ?

Le patrimoine en danger de mort

Les souhaits de restitutions définitives d’œuvres au Bénin, au Mali, au Cameroun ne sont que la traduction des propos présidentiels sur la colonisation.

Afin de parvenir à leurs fins et d’échapper au sacrosaint principe de l’inaliénabilité, les deux iconoclastes proposent une modification du code du patrimoine qui insérerait une section relative au patrimoine africain. Ils suggèrent également l’écriture d’un texte de loi autonome. Autant d’initiatives reçues cinq sur cinq par Macron mais qui ont jeté un sacré froid dans le monde du patrimoine, Jean-Jacques Aillagon affirmant que « les musées ont vocation à conserver leurs œuvres d’art africaines ».

Le précédent de l’Algérie

A la veille de l’Indépendance algérienne, les 300 œuvres d’art – dont des tableaux de Delacroix, Renoir ou Courbet ainsi que de nombreux sujets religieux- du Musée National des Beaux Arts d’Alger sont transférées au Louvre sur décision de Christian Fouchet, l’homme du Rocher noir. Aussitôt l’indépendance obtenue, les nouveaux maîtres du pays demandent la « restitution » de ces chefs d’œuvre. En dépit de nombreuses pressions, Maurice Couve de Murville et Michel Debré restent sourds aux exigences du FLN. En 1969 cependant, Maurice Schumann cédera au chant des sirènes algériennes en contravention aux règles régissant le patrimoine national. En 2012, François Hollande, en dépit d’une bronca dans les milieux militaires, offrira à Bouteflika les clés d’Alger. En 2010, à la veille du sommet G20 de Séoul, Nicolas Sarkozy avait contourné le code du patrimoine  dans l’affaire des manuscrits royaux coréens pris par la marine française en 1866 après l’assassinat de missionnaires français et de coréens convertis au catholicisme. Sous un habillage de prêt renouvelable tous les cinq ans, l’ancien Président ouvrait la route à la récente déclaration scandaleuse de Macron. Reste à savoir si les récentes revendications africaines ne vont pas faire tache d’huile en Afrique du nord, en Egypte et en Asie. Affaire à suivre.

Françoise Monestier
04/12/2018

Source : Correspondance Polémia


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