Dans Polémia, il y a conflit. D’où de nombreux textes assumant clairement la dissidence par rapport à la doxa. Mais le conflit doit aussi conduire à publier des articles qui peuvent diverger les uns des autres. Sur l’enlèvement de Maduro par la force Delta américaine, nous avons publié deux textes (celui-ci et celui-là) soulignant l’atteinte à la souveraineté d’un État au nom des visées impériales des États-Unis. L’article qui suit apporte un point de vue différent. Il considère que l’évocation du narcotrafic comme justification de l’intervention ne relève pas seulement du narratif trumpien, mais repose sur une réalité sud-américaine : l’alliance de gouvernements progressistes, de narcotrafiquants et de l’extrême gauche. Un point de vue développé ici par Charles Granfeu, un essayiste qui connait très bien l’Amérique du sud pour l’avoir sillonnée, qui y vit aujourd’hui et qui vient de publier Brésil, un mensonge global, ouvrage où il décrit la dictature judiciaire du Suprême Tribunal fédéral présidé par Alexandre de Moraes.
Polémia
Une intervention de recomposition géopolitique
Alors que l’on tente de nous convaincre que la capture de Nicolas Maduro, durant la nuit du 3 janvier 2026, est principalement motivée par la volonté de prendre possession des ressources pétrolifères du Venezuela, ou encore d’une réserve de terres rares, il est temps d’argumenter contre cet archaïsme analytique et d’étudier les véritables raisons de cette intervention.
Lesdites raisons sont évidemment diverses, mais elles participent toutes d’une volonté politique qui consiste, dans un contexte géopolitique mondial en complet remaniement, à reprendre la main sur la zone d’influence naturelle qu’est l’Amérique latine. Durant ces 40 dernières années, le continent sud-américain fut fort négligé, et les conséquences de cette inconséquence sont considérables.
Pourquoi les USA ont-ils choisi d’opter pour l’enlèvement d’un dictateur qu’ils prétendent livrer à la justice américaine ? La réponse remonte à février 2021, lors de la capture en Espagne du chef des services secrets de Maduro, Hugo Carvajal, et à son extradition aux U.S.A. en juillet 2023. Carvajal avait pour principale mission d’organiser toute l’articulation du narcotrafic depuis la région amazonienne vers les États-Unis et l’Europe ; cette articulation intégrait l’armée, des gangs et factions armées, et les relations avec certains acteurs du terrorisme international comme l’Iran, le Hamas et le Hezbollah.
Outre le financement de l’État vénézuélien, il s’agissait, par le narcotrafic, de mettre en place un immense réseau d’influence et de corruption qui permettrait, via le lavage de l’argent sale, de financer la gauche sud-américaine lors de ses campagnes électorales et durant ses mandats, pour établir un État profond de la gauche révolutionnaire dans toute l’Amérique latine, mais aussi au-delà. Carvajal mentionne notamment le Mouvement 5 étoiles en Italie, Podemos en Espagne, mais il y aurait d’autres bienheureux : une certaine gauche française en aurait-elle bénéficié ? Suspense !
Hugo Carvajal est en détention aux États-Unis, où il a négocié un accord de délation. Lentement mais sûrement, les États-Unis tissent une toile juridique pour dévoiler un immense réseau international de corruption et de narcotrafic mondial aux ramifications politiques multiples, dont le pouvoir d’influence va au-delà de toute imagination. Or, justement, on ignore totalement en Europe cet aspect de la question : le dévoilement de cet énorme réseau d’influence aux multiples facettes (narcotrafic, terrorisme international, corruption d’État, lobbying politique international, fraude électorale, alliance avec le crime organisé, infiltration des médias, des administrations dans toute l’Amérique latine et sans doute ailleurs) nous oblige à retracer ici, brièvement, l’origine de ce processus.
Le Forum de São Paulo, la corruption et l’économie du narcotrafic
En 1990, juste après la chute du mur de Berlin, Lula et Castro fondent le « Forum de São Paulo ». Par la suite, ils seront rejoints par tous les leaders de la gauche révolutionnaire sud-américaine. L’objectif de ce forum, qui fut pendant plus de 15 ans confidentiel, pour ne pas dire clandestin, et qui aujourd’hui comporte 123 partis membres dans 27 pays, était de mettre en place une stratégie collective de conquête de tout le continent sud-américain, pour y établir progressivement un processus révolutionnaire qui devrait prendre le relais face à l’échec fracassant de l’Union soviétique.
Cette stratégie passera progressivement par la mise en place d’un énorme réseau de corruption dans tous ces pays, qui permettrait de financer la corruption de tous les agents d’État et du personnel politique, de financer les campagnes électorales pour prendre le pouvoir et, au-delà, d’infiltrer les États-Unis. Ce projet percera au jour au Brésil, par la révélation de divers scandales de corruption et de blanchiment d’argent aux valeurs milliardaires, et qui, jusqu’à ce jour, continuent d’engendrer de nouveaux épisodes.
Ce sera d’abord le scandale du « Mensalão » (achat du vote des députés du Congrès brésilien en leur versant de copieuses mensualités), puis celui de « Petrobras » (détournement et blanchiment d’argent), puis ceux de la « Poste » et de la Banque de développement BNDES, et encore celui de la plus grande usine hydroélectrique du monde, à la frontière Paraguay-Brésil, « Itaipu », toujours pour les mêmes motifs. Depuis la réélection de Lula au Brésil en 2023, ce sera le scandale de la « caisse de retraite », dont la spoliation milliardaire depuis 20 ans compte avec la participation du frère et d’un des fils de Lula. Plus récemment, ce fut encore le scandale de la Banque Master, qui implique Alexandre de Moraes, le célèbre et sinistre juge du Suprême Tribunal fédéral, mais aussi l’infiltration du crime organisé à la Bourse de São Paulo, et ce, pour ne parler que des plus grosses affaires.
Parce que Lula avait réussi à y être indéboulonnable et qu’étant le pays le plus riche d’Amérique latine, il avait les moyens d’arroser tout le continent de cet argent sale, le Brésil a toujours eu le principal rôle financier dans ce projet de pouvoir continental.
Cependant, parallèlement à ce régime de corruption qui fondait un État profond transnational sud-américain, le narcotrafic s’est avéré aussi indispensable pour assurer la pérennité du projet révolutionnaire, notamment lorsque la gauche perdait les élections. De ce point de vue-là, le Venezuela de Chavez, puis de Maduro, devint le principal acteur de l’articulation entre État et narcotrafic.
Venezuela, Colombie et Brésil forment ensemble le majeur complexe de production et de diffusion mondiale de la cocaïne et autres venins psychotropiques (si l’on excepte la Bolivie, du chef des cocaleros, le président Evo Morales). On remarquera aussi que cette région amazonienne, à la géographie inextricable, avec ses reliefs et forêts tropicales d’une rare densité, est devenue, par le poids de l’histoire, le lieu où nombre de factions et milices armées ont trouvé refuge, notamment durant les 50 années de guerre civile en Colombie.
On comprendra alors pourquoi et comment cette région est devenue la terre d’élection d’un monstre tentaculaire qui réunit narcotrafic, terrorisme international, milices révolutionnaires et crime organisé de tous genres. Au fur et à mesure que s’échafaudait le projet politico-mafieux du Forum de São Paulo, sont venus se greffer des acteurs du terrorisme international comme l’Iran, des organisations telles que le Hamas, le Hezbollah et certaines ramifications d’Al-Qaïda ; on retrouve le même genre d’acteurs à la triple frontière entre Brésil, Argentine et Paraguay, mais aussi au Mexique.
L’alliance entre des forces de gauche révolutionnaire au pouvoir, le crime organisé et le terrorisme international en Amérique latine représente le surgissement d’une nouvelle puissance qui redéfinit un nouvel enjeu géopolitique mondial aux portes des États-Unis.
Il faut aussi, pour terminer cette relation superficielle, mentionner l’arrivée fracassante de la puissance économique chinoise en Amérique latine et aussi ses discrets, mais très réels, projets de projections militaires, qui, au Venezuela, impliquent une alliance avec la Russie, l’Iran, Cuba, la Colombie et le Brésil. Cet aspect militaire est une autre facette incontournable pour comprendre la capture de Maduro.
Militarisation, « cubanisation » et guerre non conventionnelle
Le Brésil de Lula, toujours prompt à faire des siennes, a financé, durant le mandat de Dilma, la construction du port de Mariel à Cuba. Le financement de cette opération eut lieu via le BNDES (Banque nationale de développement brésilienne), impliquée dans nombre de scandales avec l’entreprise Odebrecht, qui est, elle, une des plaques tournantes du détournement et du blanchiment d’argent du gouvernement Lula. Ceci expliquant cela, le tout, évidemment, aux frais du contribuable brésilien.
On invoquait alors la générosité brésilienne pour développer l’île de Castro, mais, en fait, il s’agissait, déguisé sous un projet de développement, de la construction d’un port en eau profonde capable d’accueillir les sous-marins nucléaires russes. Dans cette région, ce genre de projet est à l’image d’une activité de projection militaire discrète mais efficace ; ainsi, au Venezuela ont eu lieu, et à plusieurs reprises, des manœuvres militaires entre les forces chinoises, russes, iraniennes, cubaines et vénézuéliennes, stigmatisant dans toute l’Amérique du Sud une collaboration militaire très active avec la Chine.
Peu à peu, le pays de Chavez et Maduro est devenu une place forte d’une stratégie militaire multipolaire, qui visait à pouvoir déstabiliser les USA sur leur propre continent, en miroir à l’implantation des bases américaines dans le monde entier. On se demande comment les administrations Bush, Obama et Biden n’ont pas réagi avant. En 2024, lors des élections fraudées par Maduro, on a vu des soldats de Wagner, des soldats colombiens et cubains réprimer les foules révoltées par la spoliation des élections ; immédiatement, Maduro construisit deux prisons de haute sécurité pour emprisonner plus de 4 000 personnes raflées dans les rues.
Dans la continuité, signalons aussi la « cubanisation » de l’armée vénézuélienne, dont une partie non négligeable du haut commandement est maintenant occupée par des gradés cubains, chargés d’idéologiser le personnel militaire et de le former aux techniques de guérilla et autres réjouissances. Plus de 50 000 soldats cubains sont au Venezuela.
Dans le même temps, un autre phénomène extrêmement inquiétant a pris corps dans l’antre chaviste : la collaboration très active entre l’armée et le crime organisé, afin de former des gangs armés sous commandement militaire, qui s’exportent à l’extérieur et qui représentent une espèce de projection militaire non conventionnelle aux États-Unis, pour véroler le colosse américain par l’insécurité, le communisme wokisé et le trafic de drogue.
Les plus célèbres de ces gangs sont : le « Trem de Aragua » et le « Cartel de los Soles » (se référant aux généraux bolivariens comme « los soles », les soleils). Ils sont constitués comme de véritables troupes armées chargées de semer le chaos aux USA.
Selon Victor Avula, agent spécial à la retraite du HSI/ICE, auteur du livre Agent sous la menace, leur organisation est très hiérarchisée, très disciplinée : ils agissent selon des stratégies et des modes très sophistiqués, ils sont soutenus par une intelligence de type militaire, et leur action fut si rapide, si bien planifiée, qu’avant même que l’on comprenne de quoi il s’agissait, ils étaient présents dans tous les États-Unis. Les factions de ces gangs ont investi 22 États, plus de 30 capitales, et on retrouve des traces de leurs attaques contre la population jusque dans les coins les plus reculés de l’Amérique profonde, comme à Bozeman, au Montana.
Tout cet ensemble de données doit faire comprendre que nous n’avons pas affaire ici à un phénomène de délinquance, mais bien à des actions coordonnées d’une guerre non conventionnelle, planifiée avec des buts politiques et militaires. À Chicago, la situation fut si chaotique que la police n’en venant pas à bout, les gangs des Hells Angels et des Black Panthers, habituellement ennemis jurés, se sont alliés le temps d’affronter ces gangs qui terrorisaient toute la population.
Toujours selon Victor Avula, ces cartels sont très idéologisés et ils ont infiltré les États-Unis à travers les flux de migration de masse. La question se pose de savoir si cette émigration massive qui eut lieu durant l’administration Biden n’a pas été en partie provoquée, dans l’idée de pouvoir faire passer l’ensemble des éléments d’une armée non conventionnelle. À titre indicatif, on estime que le cartel du « Trem de Aragua » se compose d’une masse d’environ 10 000 membres. Cela devrait convaincre ceux qui doutent encore de la nature de ce phénomène.
Aucun gang au monde ne réunit autant de membres, à moins de se constituer dans une optique de guerre et d’appartenir à une infrastructure qui dispose d’un financement milliardaire, en d’autres termes un État ou une organisation capable de rivaliser avec une structure étatique. Au-delà de ses actions de guerre non conventionnelle, ces gangs pratiquent le narcotrafic en diffusant partout dans leur sillage des quantités énormes de drogue : cocaïne, héroïne, méthamphétamine et le sinistre fentanyl, qui, rappelons-le, est principalement fabriqué en Chine et diffusé aux États-Unis à partir des cartels du Mexique, dont une partie du commandement est infiltrée par la mafia chinoise, elle-même directement liée au gouvernement du même pays.
Les détracteurs de l’action de Trump au Venezuela sous-estiment (volontairement ou non) la puissance, l’organisation et la volonté de nuisance des cartels, leurs visées politiques, la nature idéologique et maléfique de leur projet. Pour en donner une idée, relatons ici la découverte, au Mexique, d’un mini-camp d’extermination, avec une infrastructure comparable à celle des camps de la mort nazis : usine d’incinération des corps, recyclage de biens des personnes éliminées ; plus de 400 paires de chaussures empilées et autres effets furent retrouvés.
Notre monde s’apprête à changer et il est temps de comprendre par quelles transformations les forces du mal se sont recyclées.
Objectifs américains, cadre légal et conséquences attendues
Bien qu’il y ait encore d’autres aspects à évoquer, on comprendra que cet ensemble décrit un danger vital pour la sécurité des États-Unis, et si l’on y ajoute, sur tout le continent sud-américain, la pénétration économique chinoise, on comprendra que la réaction de Trump est celle in extremis d’un empire américain qui n’aura bientôt plus l’opportunité d’inverser la situation.
Dans ce contexte, la capture de Maduro ne doit pas seulement s’entendre comme la tentative de déstabilisation d’un régime pour le faire changer, mais d’abord comme une opération de renseignement qui cherche, après la capture de Hugo Carvajal, à approfondir une opération gigantesque, pour démanteler tous les réseaux d’influence qui travaillaient à mettre en place une stratégie de sabotage progressif des États-Unis à partir de l’Amérique latine : réseau de narcotrafiquants dirigés par une intelligence militaire, collaboration et soutien logistique au terrorisme moyen-oriental (Iran, Hezbollah, Hamas…), pour lequel Venezuela, Brésil et Colombie servent de plus en plus de base arrière ; collaboration et mise en commun des méthodes, expériences et stratégies révolutionnaires cubaines et bolivariennes avec celles de la Chine, de la Russie, de l’Iran ; pénétration économique du sous-continent : autant de lignes qui, de fait, visent l’écroulement américain.
Ce qu’il faut comprendre synthétiquement de cet ensemble d’informations, c’est qu’il s’agit de faire face à un immense projet de renseignement imaginé originellement par les deux piliers fondateurs du Forum de São Paulo : le régime castriste de Cuba et celui de Lula au Brésil. D’un côté, Cuba, devenu le centre de renseignement, d’espionnage et d’exportation de la guerre non conventionnelle de ce projet ; de l’autre, le Brésil, qui est devenu le pourvoyeur financier et le corrupteur de toute l’Amérique latine. Cuba et Brésil représentent les deux facettes de l’idéologie et de l’action révolutionnaire en Amérique latine et au-delà du Sud global.
De ces deux amants est né le régime chaviste dont Maduro est la progéniture. De fait, le Venezuela est dominé par le régime cubain ; ainsi, la garde personnelle de Maduro était cubaine et, en ses temps troubles, elle le protégeait autant qu’elle le surveillait. Lorsque la force Delta américaine capture Maduro, elle tue au moins 80 gardes militaires : ils étaient tous cubains…
Les Américains accumulent depuis environ 3 ans des renseignements sur toutes ces activités antiaméricaines. Elles allient stratégies d’États ennemis et méthodes non conventionnelles, stratégie militaire et crime organisé, diplomatie et corruption, et il est fort à parier que les conséquences qui en découleront seront fracassantes. On parle déjà, dans les couloirs du Parlement américain et du Sénat, de l’implication dans ce projet d’un certain cercle démocrate. On comprendra donc ici qu’il s’agit aussi de politique interne.
Le risque que Trump a pris vis-à-vis des midterms, en déclenchant cette opération au Venezuela, est donc calculé : c’est quitte ou double. La capture de Maduro a des implications que l’on mesure mal en Europe : les révélations qu’il fera, en s’additionnant avec celles de Carvajal, cherchent à mettre au jour un réseau criminel qui implique tous les leaders de la gauche sud-américaine : Cristina Kirchner, Lula, Gustavo Petro, Maduro, Evo Morales, Dias Canella, et aussi des démocrates américains… Elles peuvent aussi permettre de connaître en détail toute l’infrastructure de ce projet, et de le mettre à mal militairement avec une grande précision. C’est à la lumière de toutes ces informations la raison pour laquelle on doit bien considérer l’intervention américaine comme une opération de renseignement.
Enfin, du point de vue stratégique, le choix que Trump a fait de capturer Maduro n’est pas un hasard. Contrairement à ce que l’on a beaucoup entendu, Trump n’avait pas besoin de l’autorisation du Congrès pour déclencher cette opération, parce qu’il agit dans le cadre d’une loi qui autorise l’exécutif à monter des opérations en sol étranger dès lors qu’il traite d’un danger terroriste qui implique la sécurité intérieure des USA. Or, nous sommes exactement dans ce cas de figure : le terme « narcoterroriste » employé par Trump n’est pas un effet de communication, c’est une référence à la loi qui légitime son action.
À ce titre, il faut mentionner la demande que Trump avait faite à Lula de catégoriser comme organisations terroristes : le PCC (Premier Commandement de la Capitale) et le CV (Commandement rouge), les deux plus gros cartels brésiliens, parmi les plus puissants d’Amérique latine. Lula a refusé, car il ne voulait pas favoriser une intervention américaine sur le sol brésilien. Trump le comprit comme un aveu de complicité, d’autant que, lors d’une visite officielle, le commandant américain des armées du Sud s’était vu refuser la visite de certains territoires suspects, en Amazonie brésilienne…
Dans cette continuité « légaliste », le très lourd dispositif de la marine américaine en mer des Caraïbes cherche à organiser un blocus complet, sur les mers et dans les airs, non pas dans l’idée de préparer une invasion, mais pour servir de base à des interventions sporadiques bénéficiant, grâce aux informations recueillies, d’une précision et d’une efficacité mortelle pour la machine bolivarienne, et ce, sans prendre le risque de l’enlisement d’un conflit conventionnel.
Le contrôle des airs et des mers ne laisse plus au régime vénézuélien que les voies terrestres ; mais, au nord, elles sont presque impraticables et finissent sur le goulet d’étranglement panaméen, très facile à contrôler, interdisant ainsi toutes les voies d’accès au territoire des U.S.A. Au sud et à l’est, le Brésil et la Colombie, ces alliés naturels de Maduro, auront du mal à fournir quelque support politique ou logistique ; du moins, la tâche en sera fort compliquée.
D’autre part, pour pouvoir mener à bien sa réélection et, en embuscade, son projet d’un régime dur à la cubaine via le pouvoir judiciaire, Lula avait besoin de pérenniser son théâtre démocratique. Soutenir Maduro trop radicalement le mettrait en mauvaise posture, et il sait d’ores et déjà qu’à travers les procès Carvajal et Maduro exploseront des révélations qui démontreront qu’au-delà de la corruption et du narcotrafic, il est impliqué dans la stratégie de déstabilisation des États-Unis aux côtés du Venezuela, de la Chine, de l’Iran, du Hamas et du Hezbollah, et plus récemment de la Russie. De ce fait, il sait que la pléthore des violations des droits de l’homme et les innombrables persécutions de l’opposition qu’il commet avec l’aide d’Alexandre de Moraes (le juge du Suprême Tribunal fédéral) ne pourront pas continuer à être tues indéfiniment.
Comme on le voit, il faut comprendre l’enlèvement de Maduro comme le déplacement d’une pièce qui change toute la donne sur l’échiquier de la géopolitique du continent américain. Enfin, la mollesse des réactions russes et chinoises démontre qu’en coulisse des accords ont été conclus au préalable.
Pétrole, terres rares et réalité des acteurs énergétiques
On pourra donc nous barber avec le pétrole et les terres rares vénézuéliennes : certes, elles ont leur place dans l’affaire, mais elles sont loin, très loin d’être les motifs principaux de l’intervention américaine. D’ailleurs, en ce qui concerne le pétrole, il s’agit plus d’empêcher la Chine et la Russie de monopoliser les ressources vénézuéliennes et de contrôler le flux du pétrole en Amérique latine que de profiter du pétrole en soi.
Le pétrole vendu aux Chinois et aux Russes l’était à un prix modique de « camarade » et n’enrichissait que la caste au pouvoir, en alimentant toutes sortes de projets occultes et d’enrichissements personnels ; l’économie du pays, elle, n’en a jamais profité. En 2000, ExxonMobil et ConocoPhillips étaient expulsées du pays par Chavez, sans indemnités pour leurs investissements ; Chevron sera la seule compagnie américaine qui restera. Il n’est pas inutile, à cet effet, de mentionner les actuelles compagnies qui exploitent le pétrole vénézuélien, ce qui devrait remettre en perspective la réalité du pays sous Maduro :
Petróleos de Venezuela SA (PDVSA) (Venezuela) — 200 milliards de barils
Sinopec Group (Chine) — 2,8 milliards
Roszarubezhneft (Russie) — 2,3 milliards
CNPC (Chine) — 1,6 milliard
Chevron (USA) — 900 millions
PetroVietnam (Viêt Nam) — 600 millions
Eni (Italie) — 500 millions
CT Energy Holding (Venezuela) — 300 millions
Repsol (Espagne) — 200 millions
Suelopetrol (Venezuela) — 100 millions
Conclusion
En conclusion, et quoi qu’on en dise, l’intervention américaine est d’abord une opération de renseignement qui vise à bouleverser l’échiquier géopolitique sud-américain, et cela aura des implications mondiales sans précédent.
L’intervention américaine aura eu aussi l’avantage de rappeler à l’opinion que le Venezuela vivait dans un cauchemar totalitaire depuis plus de 20 ans, et ce, sans que le martyr de son peuple n’émeuve quiconque : entre 8 et 9 millions de réfugiés, des milliers de prisonniers politiques et d’assassinats politiques, une corruption généralisée, une économie à l’os où le peuple vit au gré de crises sanitaires déplorables, des fraudes électorales grossières et une persécution sanguinaire de l’opposition, sans compter des enrichissements personnels scandaleux, à l’exemple de Maduro qui possède 111 tonnes d’or en Suisse ! Et ce n’est là qu’une parcelle de son « patrimoine ».
On se demande aussi s’il faudra une autre intervention, cette fois au Brésil, pour que les médias se décident à parler de la dictature en cours d’installation, fruit de la collaboration infernale entre Lula et Alexandre de Moraes, le sinistre juge du Suprême Tribunal fédéral brésilien. On se demande aussi s’il faudra une autre intervention pour parler de Bolsonaro, que l’on assassine à petit feu, dans une cellule où il croupit pour des crimes imaginaires, que les médias ont abondamment relayés.
Récemment, après s’être évanoui (dit-on) et s’être fracassé le crâne contre un meuble (dit-on), il est resté pendant 24 heures inconscient et sans secours, malgré les demandes du médecin… Tout cela dans le silence sépulcral de la communauté internationale.
Il est temps de se demander si notre système d’information est encore digne de ce nom, et de répondre à cette question avant d’en être nous-mêmes les victimes sans retour.
Charles Granfeu
20/01/2026


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