« On pensait qu’ils allaient perdre des plumes dans la séquence, mais ils en gagnent », constate, un brin dépité, le député socialiste Boris Vallaud après avoir pris connaissance des incontestables succès des Insoumis au premier tour des Municipales. Jean-Luc Mélenchon, qui s’est autodiabolisé et n’a rien cédé depuis la mise à mort de Quentin Deranque par les militants de la Jeune Garde, profite indirectement, grâce à l’électorat des banlieues et aux « bobos » des grandes villes formatés depuis des lustres à l’idéologie gauchisante, puis au wokisme, des effets désastreux de la guerre déclenchée en Iran par Trump et son complice Netanyahou. Il bénéficie également du manque de colonne vertébrale de certains qui sont tombés dans les filets de l’extrême-gauche et n’ont pas assez défendu la mémoire du jeune catholique Quentin Deranque, transformé par un tour de passe-passe de Mediapart et de L’Humanité en militant néo-nazi. L’ancien trotskiste met en pratique les leçons apprises dans son adolescence quand il militait à l’OCI lambertiste avant de rallier le Parti socialiste et de devenir ministre délégué à l’Enseignement professionnel dans le gouvernement de Lionel Jospin — éliminé en 2002 par Jean-Marie Le Pen au premier tour de l’élection présidentielle.
Françoise Monestier
Le ralliement des combinards
Avec succès, Mélenchon exploite pleinement la bêtise de la droite la plus bête du monde et de la Macronie qui lui ont apporté leur aide et leur soutien aux Législatives 2024 afin de faire barrage à Marine Le Pen et d’empêcher ainsi l’élection d’un nombre encore plus important de députés nationaux. Enfin, il récupère sur un plateau d’argent — et alors que leur patron Olivier Faure jurait ses grands dieux qu’il n’y aurait pas le moindre accord « national » avec LFI, le ralliement local des socialistes qui, souvent, sont arrivés derrière les candidats insoumis, comme à Toulouse par exemple. « Ils ne vont pas nous coûter trop cher à acheter » prophétisait Mélenchon, voici quelques jours, en raillant ces « gros combinards » qui ne veulent pas voir disparaître « l’assiette au beurre », symbole des caricaturistes de la défunte IIIème république et en utilisant la grosse ficelle du fascisme.
Alors que depuis l’assassinant de Quentin, il avait passé son temps à défendre les miliciens de la Jeune Garde, à se moquer copieusement de leur victime et à courir l’hexagone afin de distiller le poison du racialisme antiblanc et la défense de la cause palestinienne, le pape de La France Insoumise s’est soudainement mis en retrait à la veille du scrutin. Il pouvait se reposer sur ses lauriers et jouir des effets de sa redoutable stratégie.
Il a donc cédé sa place à Manuel Bompard qui a récité, au soir du premier tour des municipales, la sempiternelle antienne antifasciste, rappelant qu’il faut à tout force empêcher ce qu’il appelle l’extrême-droite de gagner d’autres villes que les 24 communes conquises dès le premier tour par les équipes de Bardella et de Marine Le Pen, et plus particulièrement Nice, Marseille, Toulon et Menton où l’héritier Sarkozy — qui pontifie chaque semaine dans Valeurs actuelles — a suivi les consignes du patron de LFI en fusionnant avec les listes arrivées derrière la candidate mariniste. Un message reçu cinq sur cinq notamment par Gérard Larcher, le président du Sénat, Rachida Dati, Christian Estrosi, mais également par tous les socialistes ou écologistes qui, de Toulouse à Tours en passant par Limoges, Clermont-Ferrand ou Strasbourg notamment, ont décidé de faire alliance avec le diable afin de conserver leurs avantages municipaux.
Pire, les socialistes d’Avignon — terre d’élection du député insoumis Raphael Arnault qui a pris la poudre d’escampette depuis le meurtre de Quentin Deranque dans lequel sont impliqués trois de ses plus proches collaborateurs — n’ont pas hésité à signer l’accord de la honte afin de sauver leurs prébendes et de continuer à promouvoir un festival à la solde de l’anti-France.
À noter également que ce premier tour a été marqué par une forte abstention. Les électeurs des petites listes ont-ils voulu protester contre l’abandon du panachage possible jusqu’alors avec comme résultat une seule liste dans plus de 24.000 communes ?
Une nouvelle ceinture noire ?
L’ancien ministre socialiste utilise à fond la carte de l’antifascisme et de l’antiracisme, tout comme d’ailleurs Retailleau, Gabriel Attal ou Edouard Philippe. Mais avec plus de réussite, car il a à sa main un puissant électorat composé à la fois de Français de souche, favorables au « vivre-ensemble » et de nouveaux Français, voulant en découdre avec l’ancienne France. Il a, en effet, réussi à fédérer la « nouvelle France » en chantant les louanges d’une France métissée et créolisée et en osant affirmer, par exemple, à propos de la construction de la cathédrale de Paris : « Les penseurs de cette époque ont profité du savoir des musulmans et des croisades. ». « Tous ceux qui, comme moi, viennent du Maghreb le savent. Quand on va au bled, on est un Français, quand on revient ici, on est un Arabe » a-t-il aussi osé clamer. Grâce à cette démagogie nauséabonde consistant également à traiter de « petit bourgeois visqueux » le candidat socialiste dionysien, il a réussi à faire élire, dès le premier tour comme maire de Saint-Denis, où se trouve la nécropole des Rois de France, Bally Bagayoko appartenant à la communauté malienne comme la redoutable Assa Traoré qui se revendique comme « 100% française et 100% malienne ». A peine élu, l’ancien militant communiste qui connaît sur le bout du doigt la dialectique marxiste – il a longtemps tété la mamelle communiste – a été on ne peut plus clair : « Nous disons ici le territoire de Saint-Denis et Pierrefitte est un territoire insoumis où l’extrême-droite n’aura jamais sa place », ajoutant : « Nous ne serons jamais du côté de ceux qui veulent gentrifier une population et faire en sorte que nous populations historiques quittent le territoire. »
En clair, le grand remplacement dénoncé depuis des lustres par Renaud Camus ou Jean-Yves Le Gallou est bien là et le vote des habitants de Saint-Denis, originaires en majorité du Maghreb ou d’Afrique noire en est la preuve. Youyous, tam-tam, tambours et fumigènes ont ponctué la victoire du nouvel élu, porté en triomphe par ses frères de race et qui s’est promis de désarmer la police et de supprimer les vidéos de surveillance.
Soupçonné d’être un de ses soutiens et alors qu’il aurait exploité une boîte de nuit clandestine Ahmed Doumbia, condamné à plusieurs reprises pour trafic de stupéfiants et menaces de mort envers des policiers, a été interpellé à la sortie de la réunion de soutien au nouveau maire et présidée par Jean-Luc Mélenchon la semaine dernière. Il a été placé en garde à vue et déféré au Parquet de Bobigny.
Quid du sort qui sera réservé par Bagayoko à la Maison d’Education de la Légion d’Honneur qui occupe le cloître de l’ancienne abbaye royale proche de la basilique et destinée aux descendantes des décorés de la Légion d’Honneur ? Réponse dans quelques semaines quand la nouvelle équipe municipale sera à la manœuvre et s’appropriera le patrimoine millénaire de la ville — on pense plus particulièrement aux sépultures des rois de France qui y reposent.
Le maillage des Insoumis
« Dans une semaine, la nouvelle France entre au beffroi », a clamé crânement Lahouria Addouche, candidate mélenchoniste à la mairie de Lille, employant ce terme à dessein comme pour montrer que les beffrois ne sont plus un rempart contre les invasions, mais bien une appropriation de la « nouvelle France ». La victoire du grand remplacement, on la trouve également à Roubaix, vieille cité textile du nord où le député, français pur jus, David Guiraud, soldat politique insoumis et fils de l’ancien maire socialiste des Lilas qui a bouffé de l’anticapitalisme et de la haine du bourgeois dès le berceau, a parachevé son implantation de parachuté en obtenant plus de 44 % des suffrages. Ses électeurs ? Principalement des musulmans qui, au fil des années, ont façonné une nouvelle ville vivant au rythme des prières et des prêches des mosquées, obligeant bientôt les Ch’tis à plier armes et bagages et à se réfugier ailleurs — pourquoi pas dans les villes gagnées par le RN ? s’ils ne veulent pas perdre définitivement leur identité gauloise et leur âme. Comme le dit l’Insoumise et eurodéputé Rima Hassan qui fustige un « Etat raciste » : « Il n’y a qu’une seule façon de s’affranchir de ces chaînes : élire ceux qui nous ressemblent. » Le message est clair et le prosélytisme islamique n’est pas près de s’éteindre, surtout avec les derniers événements du Moyen-Orient et l’embrasement du Liban par l’Etat hébreu.
La victoire de Terra Nova
Fondé en 2008 par Olivier Ferrand, ce laboratoire d’idées, proche du parti socialiste, est dirigé par le banquier béninois Lionel Zinzou, proche d’Emmanuel Macron qu’il a connu chez Rothschild où ils ont travaillé tous les deux. Ancien rédacteur des discours de Laurent Fabius quand ce dernier était Premier ministre, il avait été approché par François Hollande pour présider une Fondation pour la mémoire des traites et de l’esclavage, qui n’a finalement pas vu, le jour. Autant dire que cet ancien premier ministre éphémère du Bénin a le profil idéal, comme Juliette Medeal, ministre de la Ville en 2024 choisie par le chérubin Macron, pour présider ce bidule. Un bidule qui est à l’origine de la promotion conjointe du bobo des villes et des minorités immigrées comme cœur de cible de l’électorat visé par ces hauts fonctionnaires ou responsables politiques de gauche. « Sans les travailleurs immigrés, une partie essentielle de notre économie s’arrête », pouvait-on lire sous la plume de Lionel Zinzou dans un article du Monde du 12 mai 2025. Les mélenchonistes sont les premiers à avoir consciencieusement appliqué les consignes de Terra Nova qui recommandait aux responsables du Parti Socialiste de ne plus partir à la chasse des suffrages de la classe ouvrière passée au Front national grâce au travail accompli notamment par François Duprat et Jean-Pierre Stirbois, mais de cibler « plutôt les diplômés, les jeunes et les minorités ».
Le premier tour des Municipales a mis en pleine lumière la fracture ouverte entre les grandes métropoles acquises à l’extrême-gauche et peuplées d’un mélange de cadres, fonctionnaires supérieurs, d’étudiants déclassés réduits aux CDD et autres écologistes et de populations créolisées qui répondent massivement aux messages de haine distillés par l’extrême-gauche et la France des territoires ruraux et des villes moyennes qui votent massivement pour le Rassemblement national. Autant de phénomènes qu’ont décrits Christophe Guilluy (dans Fractures françaises, 2010) et Jérôme Fourquet (dans L’Archipel français en 1019) en analysant cette nouvelle géographie sociale, ces deux France et ces deux mémoires qui cohabitent tant bien que mal, avec un Mélenchon en embuscade et en passe de ressusciter la ceinture rouge (virant d’ailleurs plutôt vers le noir) qui cernait Paris et de créer de multiples territoires hors de contrôle des traditions gauloises.
Un racialisé assumé
En focalisant la campagne des municipales sur la créolisation qu’il définit comme le « brassage méditerranéen des populations », le patron des Insoumis donne le ton et s’empare, à l’image de Jean-Marie Le Pen, de l’identité, thème central du Front national pendant longtemps. Il s’est également approprié – toute honte bue — le thème camusien du « grand remplacement » qu’il a fait sien et subverti, n’hésitant pas à dire que notre pays est une communauté de « races » concurrentes entre elles. Des « races » qu’il entend mettre dans sa besace en dénonçant la colonisation (il oublie celle pratiquée depuis l’Hégire par les Arabes) et réunir sous une même bannière. Comme le signale l’historien Marc Lazar, « Mélenchon défend un nationalisme ouvert autour d’une nouvelle France créolisée » lui opposant le RN qui, selon lui, « s’inscrit dans un nationalisme fermé, avec une identité française figée à la fin du XIX° siècle » pendant que Pierre -André Taguieff décèle, au sein, de LFI, une forme de « racialisme » qui inclut délibérément la couleur de peau dans l’identité et ajoute que le compagnon de Sophia Chikirou « croit aux identités raciales et est frappé d’une obsession identitaire », dès lors qu’il ne s’agit pas des Européens.
Les élites financières
Analysant les différences entre les deux forces qui s’opposeront en 2027 à la présidentielle, Marc Lazar distingue un « Rassemblement national hostile aux élites mondialisées responsables de grandes mutations humaines » alors que LFI est « hostile aux élites capitalistes et financières ». Et c’est bien là le nœud du problème, ces élites financières apportant à LFI leur potentiel et leur richesse électorale. Même phénomène quand on voit le financier Mathieu Pigasse qui contrôle notamment Le Monde, Le Nouvel Obs ou Télérama, publier la veille du premier tour des municipales, sur son compte X, une tribune sur la « capitulation des élites face à l a droite et à l’extrême droite ». Ce même Pigasse qui possède Radio Nova et les Inrocks a financé — quand on aime, on ne compte pas — le manuel Combat contre l’extrême droite, « indispensable pour mener la bataille idéologique ». L’Humanité qui vit aux crochets au contribuable français est dans le coup comme Street Presse qui bénéficie des largesses du milliardaire américain George Soros et n’a jamais caché ses liens d’amitié avec la Jeune Garde et son chef Raphael Arnault. En octobre 2023, Mathieu Molard, rédacteur en chef de cet organe intervenait au côté du futur député d’Avignon dans un colloque organisé par l’Institut La Boétie, ancien « institut des transitions citoyennes » créé en 2020 pour soutenir la candidature de Mélenchon à la présidentielle de 2022. La boucle est bouclée.
Verra-t-on en 2027 Mélenchon bénéficier de l’aide de certains financiers cosmopolites à l’image de Lénine (Armand Hammer et Paul Warburg notamment), qui déclencha en 1917 la révolution bolchévique ? Réponse dans un an.
Françoise Monestier
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