Le journaliste Édouard Chanot dirige l’émission Chocs du monde sur TVL après avoir été rédacteur en chef chez Sputnik Paris et RT France. Dans son dernier livre, Brèche dans le mainstream — L’âge des alternatives médiatiques (Éditions La Nouvelle Librairie, 96 pages, 9 euros), préfacé par le président de l’Observatoire du journalisme Claude Chollet, l’auteur s’intéresse à la révolution numérique en cours qui offre des opportunités certaines aux acteurs de la « réinformation » pour combattre la « pensée unique », malgré les censures diligentées par la caste médiatico-politique.
La Charte de Marseille
En avril 2025, à l’occasion des Assises méditerranéennes du journalisme, une trentaine de médias signent une charte déontologique inspirée par des journalistes et des chercheurs marqués à gauche. Outre le média de service public France Médias Monde, plusieurs d’entre eux sont subventionnés par l’État comme L’Humanité, Politis, La Marseillaise ou Rue89Lyon. Les syndicats SNJ, SNJ-CGT, CFDT-Journalistes et les écoles de journalisme de Lannion, Tours et Cergy sont également signataires [concernant ces établissements, nous recommandons l’essai de Xavier Eman, Formatage continu — Tour de France des quatorze principales écoles de journalisme (Éditions La Nouvelle Librairie)].
Cette Charte de Marseille a pour vocation « de répondre [avec rigueur et humanité] aux défis journalistiques liés aux migrations », en insistant sur la dignité des personnes migrantes, la lutte contre les stéréotypes et la nécessité de contextualiser les faits migratoires, notamment dans les affaires judiciaires impliquant des individus d’origine étrangère.
Comme le souligne le préfacier, « dans les faits, c’est une véritable liste à la Prévert de consignes visant à brider encore davantage l’information sur l’immigration », d’autant que les signataires s’engagent à cacher ou à ne pas insister sur la religion ou l’origine des étrangers incriminés. La Charte enjoint les journalistes à être « vigilants sur les termes employés » afin d’« éviter amalgames et approximations » et leur recommande, entre autres, de participer à des formations incluant des partenariats transfrontaliers et des collaborations avec des ONG tels que France Terre d’Asile ou SOS Méditerranée.
Une remise en cause de la caste
« Covid, guerre à Gaza, en Ukraine et, avant cela, Gilets jaunes : durant ces crises — qui sont celles d’un monde qui se redessine —, le besoin d’entendre une voix dissidente s’est fait sentir et n’a été comblé par aucun média dominant. »
La pensée unique « libérale-libertaire » — caractérisée par la fusion de l’extrême centre et de l’ultragauche (dans sa dimension sociétale plutôt que sociale) — répond de moins en moins aux attentes de la population en matière d’information.
En janvier 2025, le baromètre La Croix/Verian/La Poste évalue à 62 % le nombre de Français qui expriment une défiance quant à « ce que disent les médias sur les grands sujets d’actualité », un chiffre en augmentation de cinq points par rapport à 2023.
Dans le même temps, les journaux télévisés des grandes chaînes perdent régulièrement des parts d’audience en raison de la concurrence des chaînes d’information continue et des réseaux sociaux et des médias alternatifs (notamment les vidéos) très populaires chez les jeunes.
La revue de presse d’un youtubeur comme Hugo Décrypte est consultée au moins une fois par semaine par 40 % des moins de 35 ans. « Les influenceurs sont les figures incontournables de la décennie 2020, et leurs méthodes ont infusé jusque dans les médias. Ainsi, les nouveaux codes informationnels mêlent l’objectivité — théorique — du journalisme et la subjectivité — totalement assumée — des influenceurs. »
La nomenklatura défend ses positions
« De nouvelles figures et de nouveaux médias sont apparus, oxygénant l’atmosphère ambiante » et conduisant de nombreux journalistes en place à déplorer l’infiltration de l’extrême droite dans le paysage médiatique, bien que ce renouvellement concerne également la gauche avec des médias comme Blast (qui bénéficie de financements publics), QG ou Off Investigation.
Comme l’illustre la Charte de Marseille, les médias de grand chemin persistent et signent dans l’expression de leur idéologie libérale-libertaire, tout en cherchant à censurer ou à discréditer leurs opposants en les désignant comme des adeptes du fascisme, du populisme, du complotisme, etc.
Certaines banques accompagnent volontiers ces mesures liberticides en fermant des comptes sans justification, comme l’ont été ceux de TVL en 2025.
« Bien entendu, l’Arcom n’est pas en reste. L’affaire C8 de février 2025 a rappelé que la censure est un procédé toujours d’actualité, appliqué dans ce cas précis par des juges non élus qui ont expulsé du champ de l’acceptable un média pour de mauvaises plaisanteries et une supposée absence de pluralisme — ce dernier n’étant, évidemment, pas exigé sur une radio comme France Inter. »
« À l’été 2025, Aurore Bergé, la ministre chargée de l’égalité entre les femmes et les hommes, a annoncé la mise en place d’une coalition d’une dizaine d’associations LGBT et/ou dites “antiracistes” chargée de faire remonter à l’Arcom les “contenus haineux”. » (Pour mémoire, le président de cette autorité publique indépendante est nommé par le Président de la République.)
L’arrivée de l’IA
Édouard Chanot est persuadé que toutes ces réactions révèlent une perte d’influence des médias de grand chemin, comme le confirme le peu de crédibilité accordée à des fact-checkers qui prétendent rétablir les faits tout en cachant maladroitement une volonté de contrôle des opinions politiquement divergentes.
« Cette pression a commencé à diminuer avec la libéralisation de la parole due au rachat de Twitter/X par Elon Musk, ce qui a permis, par la même occasion, l’essor d’une vérification de l’information plus neutre exercée par l’IA. »
Plus neutre ne veut bien sûr pas dire infaillible, comme le confie un journaliste dans le livre : « Un jour, j’écrivais un papier sur les réactions françaises à une annonce de Zelensky. J’ai demandé à l’IA de me les lister… elle a tout inventé. Tout était cohérent, reflétant parfaitement ce que Marine Le Pen ou Mélenchon aurait pu en dire, mais elle a eu tout faux, pour la simple et bonne raison qu’ils n’avaient pas encore réagi ! »
[L’IA va pourtant devenir indispensable et c’est la raison pour laquelle Polémia vient de lancer Polém’IA, entraînée uniquement avec des sources identitaires et appelée à monter en puissance durant les prochains mois.]
Enfin, comme le souligne Édouard Chanot, l’indépendance des médias alternatifs réside dans les contributions généreuses de « plusieurs milliers de donateurs [qui] offrent quotidiennement à leurs rédaction leur liberté de ton, […] créant par là même une troisième voie, aux côtés du modèle de médias publics et de celui des grandes fortunes »…
Johan Hardoy
07/01/2025
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