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L’art de la guerre idéologique décrypté par François-Bernard Huyghe

L’art de la guerre idéologique décrypté par François-Bernard Huyghe

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Par Laurène Jacquerez, étudiante en Grandes Ecoles ♦ « L’idéologie c’est la pensée de l’Autre » écrit Raymond Aron. Autrement dit, « l’enfer c’est les autres ». Est-ce certain ?
Pour François-Bernard Huyghe l’idéologie est partout, chez les conservateurs comme chez les progressistes. Cependant, pour asseoir sa domination et sa légitimité, elle avance sous le masque de la raison. Les idéologies s’opposent des arguments, des faits, en usant de stratégies incontestables ou fallacieuses ; il faut alors parler de véritable guerre de position. François-Bernard Huyghe souligne que cette guerre idéologique est remportée par la gauche progressiste depuis une génération. Mais par quels moyens s’est-elle propagée ? Telle est la question centrale que se pose l’auteur du livre L’art de la guerre idéologique, guide indispensable de l’analyse des doctrines de la pensée, et des mécanismes à l’œuvre dans leur propagation ou dépassement.


Qu’est-ce que l’idéologie ?

François-Bernard Huyghe définit l’idéologie comme un système d’idées alliant croyance et rationalité, dont nous sommes les tenants. Nous avons donc tendance à considérer l’autre comme délirant en voyant son refus de se plier à notre démonstration logique.

Les idées immanentes à l’idéologie, sont des armes aussi bien défensives qu’offensives. Elles sont le bouclier derrière lequel on se protège de la complexité du réel. Elles permettent son interprétation sans obérer la persistance du combat idéologique.

L’idéologie du groupe est par nature exclusive. Le « nous » communautaire lutte pour conquérir le pouvoir, pour imposer le corpus d’idées associées. Elle y accède en imposant son éthique à la majorité.

La recette de la conquête des cerveaux : beaucoup de communication et une dose de contrainte saupoudrée de dénonciation

« Les idéologies sont par nature expansionnistes » et en compétition, explique François-Bernard Huyghe. En effet, l’idéologie dominante se retrouve dans les mains de ceux qui ont le plus d’influence. Elle a donc l’obligation perpétuelle de convaincre les foules de son bien fondé. Et pour cela il lui faut conquérir les médias et les centres de formation comme l’université, monopoliser le temps de parole et s’efforcer de tenir toute voix dissonante à distance. L’idéologie doit donc rallier à sa cause les intellectuels et les journalistes afin que ces derniers relaient la pensée idoine. D’autres organes de contrôle comme le CSA moderne se chargent de punir les mauvais élèves qui la contredisent. L’ensemble de ces intervenants inféodés au pouvoir décide de ce qui fera ou non événement dans l’actualité. La propagande et la répression travaillent de concert pour imposer une idéologie unique, « la pensée unique ». Chacun s’y soumet en fonction de son degré de compromission avec le pouvoir. Déroger à la règle apparaît alors comme un suicide. Le consentement remplace la soumission forcée. Chacun est pris dans l’engrenage de la solitude face à la société et ses valeurs universelles relayées par les experts à la solde du pouvoir. L’individu, son libre arbitre une fois lézardé,se laisse gouverner et prend le relais du discours unique en dénonçant ceux qui ne s’y soumettent pas. Walter Lippmann dans L’opinion publique (1922) nomme ce phénomène de masse « la fabrique du consentement ». François-Bernard Huyghe, reprenant à son compte la thèse principale de Lippmann, affirme ainsi : « produire des idées c’est produire du pouvoir ».

De plus, la désinformation et les « techniques négatives » sont autant d’outils précieux pour affaiblir les adversaires. Le mot subversion, cité à de nombreuses reprises dans L’art de la guerre idéologique, désigne les opposants de tous bords et devient le leitmotiv des progressistes dont l’unique but est de disqualifier ceux qui résistent. L’avancée des populistes se mesure alors uniquement à l’aune de l’aveuglement des peuples, de leur peur,des tricheries de leurs leaders, voire des scrutins électoraux inadaptés ou des complices internationaux faussant les résultats des élections. Ces allégations des bien-pensants conduisent à un renforcement du pouvoir autoritaire entraînant une extension de l’arsenal de répression : multiplication des lois anti-fake news et anti désinformation (décembre 2018) ou la loi relative au renseignement promulguée en 2015 détaillée dans le lien ci-dessous qui nous fait basculer selon François-Bernard Huyghe, dans une société de surveillance généralisée.

Projet de loi renseignement : « On va regretter les écoutes de l’Élysée !»

Maniant la défense et l’attaque à l’envi, les idéologues progressistes jouent de la fourchette qui tue. Opposants en tout genre ne peuvent plus leur échapper. Par la stigmatisation psychologique, épistémologique, historique de l’autre, les penseurs universels entendent rétablir la vérité et écarter les passions fascisantes. Le mouvement des Gilets Jaunes se retrouve ainsi dans la nasse stigmatisante de l’anarchie, du fascisme, des idéologies opposées, de la violence, et ne rencontre aucun écho auprès les groupes d’influences affiliés au pouvoir.

De même les euro-dépendants souhaitent endiguer le Brexit en agitant le chiffon rouge de l’apocalypse. Le titre des Echos du 27/05/2019 confirme cette crainte : « Boris Johnson, le clown qui fait peur ». Cette phrase frappe comme un anathème alors même que la vraie question à se poser est celle du futur de l’Angleterre hors de l’UE.La parole des instances européennes, reprise par l’ensemble des médias occidentaux, prédit depuis trois ans le naufrage de l’Angleterre : la chute de la livre, la récession économique et financière, la hausse du chômage, l’envolée de l’inflation et des prix de l’immobilier, l’exode massif de sa population. La propagande massive et unanime ainsi répandue demeure dans les esprits alors même que la réalité des arguments énoncés avec assurance s’effondre inexorablement avec le temps. Le Brexit reste durablement du côté de la peur. Que l’on soit pour ou contre, l’effet dévastateur de la propagande a cannibalisé tous les aspects positifs du Brexit. Ce même mécanisme est à l’œuvre dans le traitement politico-médiatique des tentatives de destitution lancées par les Démocrates américains contre Donald Trump dès le lendemain de son investiture.

Le Figaro (03/12/19) : « Impeachment : le calendrier s’accélère pour Trump. »
20 minutes (03/12/19): « Procédure “d’impeachment” : L’enquête a rassemblé des “preuves accablantes” contre Donald Trump. »
Le Monde (18/12/19) : « Procédure de destitution de Donald Trump : un vote historique à la Chambre des représentants. »

Il n’y a aucun doute possible à lire ces articles : la destitution est en cours ! Et pourtant, après l’intox de la première heure, aucune n’aboutira. L’important ici est la rémanence de la rumeur « Trump = impeachment ». Le Parisien passe aux aveux dans l’article du 18/12/19 :« Même s’il sait qu’il ne sera pas destitué à l’issue de son procès au Sénat, où les Républicains sont majoritaires, Trump a bien conscience que cette tache sur son CV – l’humiliation d’un impeachment – ne s’effacera jamais ».

Cette tentative de destitution est donc politique et idéologique.

Néanmoins, comme la qualifie François-Bernard Huyghe, la « soft idéologie » progressiste perd du terrain. En surexploitant les canaux de la transmission de leur idéologie, les progressistes dévoient la démocratie et se détournent du peuple. Surfant sur ces trahisons, les Tories en GB, Donald Trump aux USA, remportent des victoires en renouant avec le peuple. La guerre des idées fait rage. Mais cette fois, la balle semble changer de camp.

Laurène Jacquerez
28/12/2019

Source : Correspondance Polémia

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