La guerre contre l’Iran révèle un visage de Donald Trump qui fait beaucoup parler. Notre chroniqueur Pierre Boisguilbert analyse ce tournant dans la présidence américaine.
Polémia
Les errements de Donald Trump
L’esprit critique se doit d’adapter son raisonnement à l’évolution des réalités. C’est ce que ne font jamais les médias encore dominants. Mais il faut bien admettre que leur détestation idéologique de Trump se nourrit plus que jamais, objectivement, des errements de langage et de comportement du président américain.
Quand on défend sa civilisation, on respecte celle des autres, quitte à la combattre. Confondre un régime ou un système avec une civilisation est une grave erreur. « Une civilisation entière va disparaître ce soir, pour ne plus jamais renaître », a écrit le président américain dans l’un de ses messages sur Truth Social. C’est une erreur fatale qui embarrasse tous les partis défendant l’héritage civilisationnel historique des nations.Quand Trump demande à la civilisation européenne de se reprendre face à l’immigration qui risque de la faire disparaître, il parle d’or. Mais lorsqu’il confond le régime islamique et la Perse, il se tire une balle dans le pied, et cette bombe verbale à fragmentation multiple ne nous épargne pas.
Un « bobardement » funeste, dirait le regretté ADG.
L’Iran est certes un État faisant partie du monde islamique, mais il était déjà une grande civilisation avant d’adopter, sous contrainte, l’islam. L’Iran, comme la Chine, avale ses conquérants et les digère, et l’islam chiite est la preuve que l’Iran a voulu rester perse tout en étant musulman, face à la conquête arabe.
Suite à ces nouvelles menaces, d’une violence inédite depuis le début du conflit en Iran, le vice-président américain, J. D. Vance, s’est toutefois dit « optimiste quant au fait qu’on parvienne à une bonne issue » et qu’« il allait y avoir beaucoup de négociations d’ici là ». « Le régime iranien doit savoir que nous avons des outils dans notre arsenal que, jusqu’ici, nous n’avons pas décidé d’utiliser », a-t-il ajouté, précisant que Donald Trump « décidera de les utiliser si les Iraniens ne changent pas de conduite ». Rien n’est terminé.
Donald Trump face à l’avenir
Cette guerre renforce le vice-président Vance, et ce sera peut-être son seul succès pour l’avenir. Car, pour le moment, la réalité ne plaide plus en faveur de Trump. Aucun objectif n’est atteint de manière sûre à 100 % — ni sur le régime, ni sur le nucléaire, ni sur la capacité de riposte et de nuisance des proxies. En réalité, on croyait tout de même le Hezbollah renvoyé à l’âge de pierre, mais il résiste et combat, et ce sont tous les Libanais qui sont sous les gravats des frappes israéliennes. Cela menace d’ailleurs le fragile processus de paix.
Reste Ormuz. Trump a raison : ce n’est pas capital pour les États-Unis, mais vital pour l’Asie et indirectement ravageur pour l’économie européenne. Comment les défenseurs du droit international, ou de ce qu’il en reste, peuvent-ils accepter que le principe sacré de la libre circulation des mers s’arrête au contrôle des Gardiens de la révolution sur le détroit ? Cette situation de chantage nécessite une opération internationale. Mais le problème est que, sans les États-Unis, la fameuse « communauté des États de droit démocratiques » n’a pas les moyens militaires de libérer le détroit. Il est bien loin le temps où l’Angleterre gouvernait les mers et où les empires coloniaux contrôlaient les voies maritimes de la planète.
Le droit sans la force n’est rien, mais la force sans la lucidité est une roulette russe
Pierre Boisguilbert
10/04/2026
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